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INTERVIEW
Space Invader

Space Invader développe depuis cet hiver le Rubikcubisme. Son exposition en Allemagne intitulée Bad Men permet de découvrir cette nouvelle méthode qui mélange rubikcubes et pixels. A mi-chemin entre ordinateur et casse tête chinois, ce nouveau souffle le propulse légitimement en galerie. A suivre de très près.


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Space-Invader-<i>Alias-NY-73<-i>-2001-Courtesy-de-l-artiste-Space-Invader

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Atelier-de-l-artiste-Space-Invader-Courtesy-de-l-artiste-Space-Invader

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Interview
De Space Invader

Par Pierre-Évariste Douaire

C’est quoi le Rubikcubisme?
Space Invader. Je travaille sur le Rubikcubisme depuis deux ans. C’est à la fois une évolution dans mon travail et une nouvelle direction. J’utilise des rubikcubes comme matière première. Je les prends pour concevoir des œuvres artistiques. Le Rubikcubisme est la combinaison des rubikcubes et du cubisme. C’est la fusion entre un jeu des années 1980 et un courant artistique du XX
siècle. Au départ je me contentais de réaliser des Space Invaders en rubikcubes. Je faisais des sculptures, des tableaux. Au fil du travail je me suis orienté vers‚ le portrait. En complexifiant la technique, j’ai inventé un nouveau vocabulaire. Le défi à relever est intéressant car l’objet, à la base, ne se prête pas à cette manipulation. Depuis je me suis jeté dans cette aventure à corps perdu.

Comment est né l’idée du Rubikcubisme?
Space Invader. J’ai toujours ramené des rubikcubes de mes voyages. Je pensais que je pourrais en faire quelque chose un jour. Il m’a fallu quatre ans pour en amasser neuf. Rangés dans un coin de mon atelier, ils attendaient d’être utilisés. C’est en 2004 que j’ai créé la première pièce, elle s’appelait Rubik Space One. En jouant sur les couleurs et manipulant les cases, j’ai réussi à dessiner l’image d’un Space Invader. La première sculpture était née. Elle était composée de mes neuf cubes glanés ici et là. Elle a été présentée en 2005 chez Patricia Dorfmann.

Tes portraits nécessitent des centaines de cubes qu’il faut manipuler. Il faut bousculer l’ordre établi pour avoir les bonnes couleurs aux bons endroits. Comment fais-tu ? Quand tu étais petit, tu étais un as de ce jeu?
Space Invader. Ce travail s’apparente à celui du peintre qui mélange ses couleurs. Cette manipulation me prend énormément de temps. Je passe des heures à faire tourner des rubikcubes pour composer mes portraits. Pourtant je n’ai jamais été un champion, il m’est même arrivé de décoller les étiquettes pour terminer une partie. A l’époque tous les gamins ont eu recours à ce subterfuge. Aujourd’hui c’est autre chose car je m’exerce. Au fil du temps cet exercice est devenu artistique.

Tes tableaux en rubikcubes sont à la fois des tableaux et des sculptures. Il sont très épais. Tu en profites pour jouer avec le devant et le derrière du châssis.
Space Invader. Les cubes forment un tableau car ils sont collés les uns aux autres. Mais en construisant le châssis, ils dessinent un portrait et forment une image. Avec l’épaisseur du cube, le visage a un devant, mais aussi un dos. Tout personnage possède un côté pile et un côté face. L’image apparaît en positif et en négatif. Le versant caché est la version buggée de l’avant. Néanmoins cette version parasite n’échappe pas aux lois du rubikcube qui associe les couleurs entre elles. Le vert devient bleu, l’orange devient rouge et ainsi de suite. Le reflet n’est pas tout à fait exact, car il arrive que les cubes soit tournés. Les formes ainsi créées sont intéressantes. Dans la mesure du possible j’expose les tableaux dans des positions qui permettent de voir cette double lecture.

Pour travailler autant avec cet objet, il doit te fasciner?
Space Invader. Le rubikcube est à la fois mystérieux et scientifique. C’est un casse-tête étrange qui s’ancre sur un socle mathématique. Il offre pas moins de 43 milliards de configurations possibles. C’est en cela qu’il est cousin du pixel, car lui aussi est une machine à compter. L’ordinateur, par son mode de fonctionnement binaire, n’est rien d’autre qu’une machine à calculer. Suivant les applications, il peut autant servir aux équipes de la Nasa qu’à distraire des joueurs sur console de salon. Comme l’ordinateur le rubikcube est sérieux et ludique à la fois. Mais au-delà de ces considérations, il est emblématique de ma génération. C’est un objet que j’avais quand j’étais gosse. Il me rappelle les années 1980. Il évoque toute une époque. Il fonctionne un peu comme une madeleine. Par ses couleurs, sa simplicité et sa complexité il est fascinant. Avec ce matériau si particulier, je prolonge l’idée du readymade. Comme l’urinoir de Duchamp, c’est un objet détourné de sa fonction première. En le manipulant et en l’assemblant je parviens à créer des formes et des visages.

Tes portraits en rubikcubes, à la différence de tes mosaïques, trouvent naturellement leur place en galerie.
Space Invader. Ce type d’œuvre a été pensé spécifiquement pour la galerie. Poser des Space Invaders dans la rue est légitime et cohérent. Ils prennent place naturellement dans le tissu urbain. La présence de rubikcubes dans la rue n’est pas aussi évidente. Je dis ça en connaissance de cause car je m’y suis déjà essayé.

Ta première exposition rubikcubiste s’intitule «Bad Men». Elle se tient en Allemagne, tu peux nous en parler?
Space Invader. J’aime travailler en série. Avec les Bad Men je trace l’inventaire de tous les méchants de l’humanité, qu’ils soient réels ou fictionnels. J’aime à l’intérieur de cette liste noire contraster avec les couleurs pop des rubikcubes. Dans les deux ans à venir, j’espère réussir le portrait de deux cents méchants. C’est un travail de tous les instants qui a commencé véritablement l’hiver dernier. Pour l’exposition de Cologne je me suis adapté au contexte et à l’histoire du pays. J’ai cherché des méchants allemands et je me suis plongé dans les premières années de la Fraction Armée Rouge (RAF). En travaillant sur le sujet je me suis passionné à la lecture de leur histoire.

Quel a été la réaction du public allemand?
Space Invader. C’est un sujet toujours sensible. La première Bande à Bader [du nom d’Andreas Bader] attire encore la sympathie d’un certain nombre de gens, à l’inverse des vagues postérieures. Ils jouissent encore d’une image romantique,

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