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INTERVIEW
Patricia Dorfmann (galeriste)

Patricia Dorfmann conçoit son rôle de galeriste comme un acte engagé, l’art vivant doit être visible et montré à tous. Son rôle ne se limite pas seulement à vendre, elle se considère un peu comme une “artiste”, position qu’elle revendique et assume. Loin de toute stratégie et de tout marketing, depuis quinze ans, elle privilégie les rencontres et la confiance pour tisser des liens étroits et durables avec ses artistes.


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Nicola-L-<i>Terre-et-collage<-i>-1965-1966-Toile-de-coton-terre-76-x-106-cm-Courtesy-galerie-Patricia-Dorfmann-photo-paris-artcom

Raphael-Boccanfuso-<i>Sans-titre-1<-I>-2001-Photo-couleur-©-Bule-et-Raphael-Boccanfuso-courtesy-galerie-Patricia-Dorfmann

Zong-De-An-<i>Le-Temps<-I>-1998-Papier-bleu-82-x-180-cm-Courtesy-galerie-Patricia-Dorfmann-photo-paris-artcom

Zong-De-An-<i>Le-Temps<-I>-1998-Feuilles-de-papier-vert-et-papier-rose-156-x-400-cm-Courtesy-galerie-Patricia-Dorfmann-photo-paris-artcom

  
Interview
Par Pierre-Évariste Douaire

Pierre-Évariste Douaire. Depuis combien d’années existe la galerie ?
Patricia Dorfmann. J’ai ouvert la galerie en 1990, rue de Charonne, près de Bastille. A l’époque j’avais beaucoup d’amis galeristes et artistes, je fréquentais beaucoup le milieu, c’était mon univers. Après la mort de mon ami Raymond Cordier, qui était galeriste, j’ai eu envie de montrer ses artistes. Nous avions envie de continuer cette aventure, de la prolon
er en travaillant ensemble. J’avais envie de montrer des artistes dont je connaissais le travail mais qui n’étaient pas exposés. Je trouvais cette situation triste et je voulais y remédier. C’est très naturellement que les choses se sont faites ensuite, j’ai trouvé un ancien atelier d’ébenisterie et nous nous sommes installés là avec un ami qui a très vite arrêté.

A l’époque Bastille concentrait l’art contemporain, pourquoi ensuite décider d’aller dans le Marais, juste derrière le BHV ?
Ce sont des raisons d’ordre administratives qui m’ont poussées à venir rue de la Verrerie en 1994, et à occuper cette ancienne imprimerie.

Comment fonctionnez-vous pour choisir les artistes de la galerie ?
Souvent on associe la programmation de la galerie avec des jeunes artistes mais il n’y pas de volonté programmée de ma part. Je privilégie les rencontres avant tout. Actuellement nous exposons Raymond Hains, et pour moi, c’est aussi un jeune artiste. Il suffit de regarder la vidéo placée à l’entrée de la galerie pour comprendre la vitalité et la pertinence de son travail.

Comment rencontre-t-on des artistes ?
Lorsque Ora Ïto a exposé à la galerie, il est venu avec plusieurs artistes. Lors de cette manifestation Zevs a affiché un autoportrait. Je le trouvais très puissant, c’était un tirage noir et blanc ; mais à part cette œuvre, je ne connaissais rien de lui. J’ai rencontré Space Invader de la même manière. Ensuite je n’ai plus eu de nouvelles, je n’ai pas cherché à les revoir. Par la suite on m’a parlé d’eux, j’ai commencé à découvrir plus précisément ce qu’ils faisaient. Je suis devenue amie avec Zevs en le croisant quelques temps après dans la rue. Comme je connaissais mieux son travail je lui ai proposé une collaboration mais sans le brusquer, j’ai senti que c’étaient des artistes qu’il ne fallait pas étouffer. Ma démarche vers eux consistait à leur dire que la porte de la galerie était ouverte et que nous pouvions envisager de travailler ensemble.

Cette amitié est le ciment qui vous attache à vos artistes ?
Oui, avec Zevs, une vrai amitié est née ainsi qu’avec la majorité des artistes de la galerie, avec Yann Toma c’est pareil. Je peux aussi avoir un vrai coup de foudre pour un travail ou pour un artiste, mais généralement les choses se font progressivement.

Les artistes qui viennent déposer leurs Books n’ont pas de chance d’être pris ?
Cela s’est produit deux fois seulement, et je ne me suis pas trompée, cela a donné de belles rencontres, avec Chohreh Feyzdjou et Thierry Agnone par exemple. Ce genre de démarche existe, il n’y a pas un mode d’emploi précis et rigide pour entrer dans une galerie.

Je restais dans l’idée que comme, il y avait tellement de dossiers déposés chaque semaine, cette situation était ingérable pour la galerie.
Je n’ai pas d’a priori à ce sujet, par contre je regarde les Books uniquement par curiosité personnelle, je ne peux pas intégrer ces nouveaux artistes à la programmation de la galerie, mais je les garde en mémoire.

La galerie c’est un lieu d’exposition ou de création ?
La galerie c’est d’abord ma création et ça j’y tiens beaucoup, c’est un vrai engagement, cela peut paraître prétention mais je me considère un peu comme une « artiste ». J’assume cette position malgré les remarques. Au début, certains me l’ont même reproché en soulignant que je n’étais pas artiste et que je devais me limiter à la vente. Au delà de l’importance de l’argent, je considère la galerie comme un réel engagement politique, c’est important de pouvoir avoir des endroits où l’on puisse montrer les œuvres, rencontrer les artistes, discuter avec eux. N’importe qui peut entrer dans une galerie et rencontrer les artistes et c’est gratuit ! C’est vraiment extraordinaire et on ne le dit pas assez. Tous les matins en entrant ici je mesure la chance que j’ai de pouvoir vivre au quotidien avec les œuvres et les artistes. Par cette porte on accède directement aux œuvres, l’artiste donne une part de lui-même, il faut bien mesurer cette dimension qui est unique et exceptionnelle.

Que représente la galerie pour les artistes ?
C’est un lieu qui les accompagne. Les projets y mûrissent pendant très longtemps. Tout se passe doucement pour que les artistes puissent arriver à finaliser leurs projets.

On ne peut travailler avec les artistes qu’à long terme ?
Je suis confiante vis à vis de mes artistes, mais je ne me projette pas dans le futur. Il y a une telle confiance entre eux et moi que nous sommes engagés tacitement. Sans se le dire, nous savons que nous allons travailler ensemble pendant longtemps, notre collaboration s’élabore sur le long terme, c’est une évidence. C’est entre l’engagement moral et l’aventure artistique, nous sommes liés par une conviction commune. Nous parlons beaucoup avec les artistes, nous échangeons nos idées, nos points de vue, plusieurs mois avant la finalisation de l’exposition. Il y a un véritable échange.

Devez-vous dans cette discussion intervenir comme galeriste et poser des limites ?
Depuis quelques années les artistes sont très réalistes, très pragmatiques, ils connaissent les contraintes et les limites de la galerie. Quand j’ai commencé, au début des années 1990, ils étaient sur certains plans très exigeants, ils ne tenaient pas compte des problèmes

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