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INTERVIEW
Eric Pougeau
Emmanuelle Antille et Eric Pougeau
26 mai 2008
A l’occasion de l’exposition L’Infamille organisée à Metz (Frac Lorraine) par Béatrice Josse et Hélène Guénin, les artistes Emmanuelle Antille et Éric Pougeau dialoguent à l’initiative de Maud Benayoun et Agnès Vannouvong et nous offrent un aperçu de l’esprit brut et décapant de cette proposition.
 


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-Eacute;ric-Pougeau-<em>-Les-Enfants<-em>-2005-Encre-et-papier-Courtesy-Galerie-Olivier-Robert-Paris-©-Eric-Pougeau

-Eacute;ric-Pougeau-<em>Les-Enfants<-em>-2005-Encre-et-papier-Courtesy-Galerie-Olivier-Robert-Paris-©-Eric-Pougeau

-Eacute;ric-Pougeau-<em>Les-Enfants<-em>-2005-Encre-et-papier-Courtesy-Galerie-Olivier-Robert-Paris-©-Eric-Pougeau

Gillian-Wearing-<em>-Sacha-and-Mum<-em>-1996-Vid-eacute;o<br->
-nbsp;-©-Maureen-Paley-London
Photo-Remi-Villaggi

Emmanuelle-Antille-<em>Wouldn-t-it-be-nice<-em>-1999-Vid-eacute;o-Collection-Frac-lorraine-©-Droits-reserves
Photo-Remi-Villaggi

  
La directrice du Frac Lorrain, Béatrice Josse, dirige sa programmation contre les valeurs néo-pétainistes qui ont cours aujourd’hui. En juin 2007, elle avait présenté un manifeste féministe et transgenre 2 ou 3 choses que je sais d’elles en pleine remontée du machisme. Cette année, avec l’Infamille, elle s’en prend à ladite «cellule familiale», première structure d’enfermement et de suveillance, première instance de la police sociale, courroie de transmission aussi efficace qu’inaperçue de toutes les normes, lieu de développement des névroses et des violences de l’intime.
Béatrice Josse propose peu d’œuvres dans un espace sobre qui permet la lenteur et la réflexion. Des œuvres du Frac documentant des actions de Gina Pane et des performances éphémères de Kovanda.
Elle montre également Eric Pougeau qui dénonce la perversité des liens de possession dans l’intimité familiale, mais aussi Gillian Wearing et Salla Tykkä qui soulignent l’artificialité des normes, Agnès Varda et le travail du deuil dans le couple, Emmanuelle Antille et ses vidéos de repas familial où se nouent et se dénouent les mythes et légendes du microsocial.
Agnès Vannouvong et Maud Benayoun ont demandé aux artistes de dialoguer entre eux sur cette exposition. L’entretien ci-dessous est la réponse de Eric Pougeau et Emmanuelle Antille à cette proposition.

Eric Pougeau.
Par rapport aux films que j’ai vus de toi, j’aimerais qu’on parle de la sphère privée. Peux-tu me dire ce qu’elle révèle pour toi ? Quels en sont les enjeux?

Emmanuelle Antille. Quand j’ai commencé mon travail vidéo il y a une dizaine d'années, je me suis d'abord filmée moi-même (par timidité /pour mieux cerner mes intentions) en développant un personnage que j'ai intitulé My Blood Sister, une sorte de double, de personnage sans nom ni passé, prêt à incarner tous les désirs, toutes les pulsions des spectateurs. En parallèle à ce travail, j’ai commencé à mettre en scène tous les membres de ma famille dans de petites fictions axées sur le fonctionnement et le quotidien des femmes au sein de la famille. Ces films ont tout de suite eu pour moi un caractère “alien” se situant à la limite du documentaire et de la fiction. Par rapport à la sphère privée, cet aspect m'intéresse beaucoup. Quelle est la limite entre les deux ? A quel moment commence l'un et finit l'autre? Ça parle aussi de l’artificialité des rôles que l’on se donne tous dans une famille, leur sur-représentation mêlée à une très forte intimité.
En commençant ce travail, j’ai d’abord eu envie de m'attaquer à la chose qui me semblait être à la fois la plus simple et la plus proche de moi, la plus universelle aussi.
Mais au-delà de tout ça, ce qui m’intéresse et me touche beaucoup dans ton travail, ce qui nous réunit aussi je pense, c’est la question de la moralité, de l’amoralité et de l’immoralité. Je crois que beaucoup de gens ne font pas vraiment la distinction entre ces trois notions, et notre travail ou notre devoir (même si c’est un mot que je déteste) en tant qu’artiste est de sans cesse les requestionner. En travaillant sur un sujet aussi banal, simple et universel que la famille, en en triturant les rôles, les codes et le langage, en en déconstruisant le fonctionnement, j’aime à me dire que nous proposons d’emblée au spectateur un postulat, une vision dans laquelle il peut se projeter immédiatement. A lui de l’accepter ou de totalement le rejeter selon son propre système de valeurs, son éducation, son background. D’ailleurs, qu’un spectateur ou une spectatrice se sente proche ou, au contraire, soit choqué/e ou haïsse la vision de la famille que je propose, dans tous les cas, mon but est atteint.

Eric Pougeau. Je crois avoir vu dans ton travail une grande attention aux gestes comme symptôme de déplacement d'un excès à venir. Est-ce que tu places le geste sur une ligne particulière comme un préambule à un débordement ou peut-être comme une forme d'animalité?

Emmanuelle Antille. Le geste est effectivement très important pour moi. Il s'inscrit d'ailleurs très souvent dans des rituels. Le geste, les rituels m'intéressent, car ils me permettent d'abord d'évacuer la parole, qui à mon sens n’est qu'une explication ou une justification d'un état. Le geste, souvent répété et décalé, permet de transmettre une émotion, un sentiment, de manière plus percutante. Par exemple, lorsque, dans Wouldn't It Be Nice, je filme une action aussi simple que se laver les mains, cela peut paraître banal. Le spectateur peut facilement s'identifier à ce geste qu'il effectue lui-même très souvent. Mais lorsque cette même action est répétée, décalée et effectuée par deux personnes en même temps (dans le film, ma mère et sa soeur se lavent

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