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INTERVIEW
Dominique Renson

A l’occasion de son exposition Autobiographisme, à la galerie Bertin-Toublanc, dans le 8ème arrondissement, Elisabeth Couturier a rencontré l’artiste Dominique Renson.


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Dominique-Renson-<i>Dominique-Renson<-i>-sans-date-Huile-sur-toile-73-x-50-cm-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

Dominique-Renson-<i>Roland-dans-sa-boite<-i>-sans-date-Huile-sur-toile-120-x-65-cm-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

Dominique-Renson-<i>Catherine-Robegrillet<-i>-sans-date-Huile-sur-toile-73-x-50-cm-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

Dominique-Renson-<i>Claude-Roland<-i>-sans-date-Huile-sur-toile-73-x-50-cm-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

Dominique-Renson-<i>Ali-Mahdavi<-i>-sans-date-Huile-sur-toile-73-x-50-cm-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

Vue-de-l-exposition-de-Dominique-Renson-a-la-galerie-Bertin-Toublanc-du-6-juin-au-15-juillet-2007-a-Paris-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

Vue-de-l-exposition-de-Dominique-Renson-a-la-galerie-Bertin-Toublanc-du-6-juin-au-15-juillet-2007-a-Paris-Courtesy-galerie-Bertin-Toublanc-Paris

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Interview
De Dominique Renson
Par Elisabeth Couturier


Depuis combien de temps peignez-vous? Quelle est votre formation?
Je peins depuis environ 20 ans. J’ai fait une école d’arts appliqués, l’Ecole Duperré. Je suis entrée ensuite aux Beaux-Arts, mais je n’y suis pas restée longtemps. Je trouvais qu’il ne s’y passait rien… En fait, j’avais surtout envie d’écrire des poèmes. Je voulais être poète. Mais ma mère a refusé que je rentre dans un lycée et que je fasse
du Grec et du Latin…

Savez-vous pourquoi?
Je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais su pourquoi. J’étais une super élève, j’avais plusieurs années d’avance… Ça m’a révolté. Alors je suis partie de chez moi à 16 ans. J’ai fait une fugue, une grande fugue, je suis allée jusqu’en Turquie. Interpol me recherchait. On m’a retrouvée au bout de 6 mois. Un psy a dit à ma mère: «Mais votre fille c’est une artiste, qu’est-ce qu’elle aime faire? Faut la placer quelque part». Elle m’avait vu vaguement dessiner donc je suis rentrée à Duperré à 16 ans et j’en suis sortie diplômée à 20 ans.

Qu’est ce que vous y avez appris?
En fait ce qui me plaisait le plus, c’était des cours d’Histoire de l’Art, des cours de dessin… Mais c’était une école d’Arts appliqués. Tout était ramené à la fonction, à l’usage, au décoratif, et moi je cherchais l’art avec un grand A. J’avais déjà une très haute idée de l’Art…

Enfant, l’art faisait-il partie de votre environnement?
Pas du tout. D’une manière très spontanée, très jeune, j’ai eu envie d’aller dans les musées. À l’époque, ils étaient très peu fréquentés. Au musée d’Art Moderne, je me souviens notamment d’avoir vu Rouault comme ça, dans une salle absolument vide. J’allais aussi beaucoup au Louvre. Les musées étaient les seuls endroits qui me rassuraient… Où je me sentais à ma place.

C’est-à-dire?
Toutes mes angoisses, toutes mes peurs étaient apaisées… Dans un musée, au milieu des œuvres, j’avais l’impression d’être propre, d’être lavée de tous les excès et de toutes les bêtises que je faisais. Je pouvais y rester des heures, il y avait quelque chose qui m’amenait vers un ailleurs et qui correspondait à une quête de spiritualité, d’absolu.

Vous traitez la peinture à travers des sujets assez récurrents et somme toute classiques: portraits, autoportraits ou nus. Pourquoi ce choix?
Parce que je ne cherche pas l’originalité à tout prix. J’aime travailler sur la réalité. Je ne veux pas créer d’effets. L’anecdote ne m’intéresse pas. Je ne souhaite pas raconter d’histoires… C’est la vérité de la personne ou des personnes que je peins qui m’intéressent.

À ce propos, quels sont vos maîtres en art?
J’en ai eu beaucoup ! Il fut un temps où la présence d’un livre ouvert me rassurait. J’avais besoin de travailler avec un livre assez loin, mais qui était comme une sorte de livre ami et qui me donnait une forme de courage, qui m’aidait à vaincre ma peur de peindre. Ces livres amis sont toujours là, en moi et dans mes peintures. Un de mes premiers livres amis, ça a été Frans Hals parce que je trouvais qu’il avait une manière absolument extraordinaire de peindre les mains … Il avait en fait une touche presque à la Lucien Freud. Très souvent les gens rapprochent mon travail de Lucien Freud, on dit: «Ah, ça fait penser à Lucien Freud!» Et au bout du compte, je ne me sens pas du tout proche de Lucien Freud, je me sens beaucoup plus proche de Frans Hals!…J’ai toujours été attirée par les peintres espagnols, comme Vélasquez, El Greco, ou Goya.

Le Goya des années 1810-1830, celui des visions cauchemardesques, des séries comme «les désastres de la guerre» ou les «peintures noires»?
Oui, je me souviens, quand j’étais petite, qu’un de mes premiers dessins était inspiré par un géant qui mange ses enfants, le tableau de Goya intitulé Saturne dévorant un de ses enfants (1815)!

L’ombre de Bacon semble planer au-dessus de votre travail, notamment en ce qui concerne la série de nus installés dans des boites. Bacon fait-il également partie de votre panthéon?
Oui, Bacon, ça reste une sorte de permanence. Quand j’ai voulu cerner des espaces sur mes fonds blancs, je suis retournée vers Bacon. On retrouve, chez lui, une manière symbolique de travailler la perspective. Et c’est un peintre qui a toujours revendiqué l’influence de la grande peinture espagnole sur son travail.

N’avez-vous pas l’impression de nager à contre-courant d’une avant-garde qui a mis au rencard les pinceaux et qui revendique une sorte de distance ironique, voire humoristique par rapport à la réalité?
Quand j’ai commencé à peindre, je l’ai fait parce que ça correspondait à un désir, je n’ai pas cherché à explorer un concept… Mais il est vrai que je me suis sentie quelques fois très isolée. Et malheureuse. Et puis de temps en temps, j’ai fait des rencontres réconfortantes, comme avec le critique d’art Bernard Lamarche-Vadel, aujourd’hui disparu. Je lui avais montré des peintures abstraites, un peu dans l’air du temps, car je me posais beaucoup de questions. Et puis aussi ce qui était déjà mon obsession: une série de portraits. Il m’a dit: «mais restez avec ça, c’est tellement plus avant-garde». Donc sur mon chemin, j’ai toujours rencontré, comme ça, des gens qui m’ont aidé, qui m’ont permis de continuer… Aujourd’hui, je me fiche un peu d’être ou non à contre-courant. Mais, à chaque fois que je vois mon travail au milieu d’expos collectives, j’ai toujours une espèce de choc, parce que je trouve que c’est toujours un peu décalé.

On a le sentiment, en regardant vos toiles, que vous peignez à l’arrachée. Vous laissez apparaître les coups de pinceau. C’est comme si on voyait à travers la peau des personnages. On devine les veines, le sang qui circule. Que cherchez-vous à transmettre?
Je suis un peu barbare quand je peins. Il y a

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