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INTERVIEW
David Mach
David Mach

David Mach sculpte en allumettes, en cintres et en collage. Sa nouvelle série utilise les icônes médiatiques pour tenter de créer un langage qui va au-delà des mots. Il combat la paresse des gens à regarder.


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David-Mach-<i>Barbie<-i>-2007-<br>Assemblage-d-allumettes-45-x-36-x-40-5-cm-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-©-David-Mach

David-Mach-<i>Buddha<-i>-2007-<br>Assemblage-d-allumettes-53-x-37-x-42-5-cm-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-©-David-Mach

David-Mach-<i>Johnny-be-Good<-i>-2007-<br>Collage-182-9-x-182-9-cm-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-©-David-Mach

David-Mach-<i>Joker<-i>-2007-<br>Collage-152-4-x-152-4-cm-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-©-David-Mach

David-Mach-<i>Mao<-i>-2007-<br>Assemblage-d-allumettes-52-x-42-x-44-cm-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont-©-David-Mach

  
Par Pierre-Evariste Douaire
Traduction de l’anglais par Betty Damhers

De quoi parle votre nouvelle exposition «Iconography»?
David Mach. «Iconography» aborde une nouvelle problématique axée sur les images des personnes connues. Toutes les pièces de l’exposition sont nouvelles. Depuis longtemps je voulais travailler en volume et arrêter la série des masques. J’ai transféré la problématique des collages dans les sculptures en allumettes.

Pourquoi choisir des icnes françaises ?
David Mach. Je tiens compte du goût du pays, je m’adapte à ses mœurs et à son marché. Johnny Hallyday est une icône spécifiquement et uniquement française. C’est un cas intéressant, au même titre que Cliff Richard en Angleterre. Savoir si ce sont de bons musiciens ne m’intéresse que moyennement, en revanche leur aura est fascinante à observer. J’analyse les images médiatiques en fonction de leur portée nationale et internationale. Johnny, à ce titre, est plus local que global.

Faites-vous une différence entre une icône et une star ?
David Mach. La distinction entre une icône et une star est évidente. Je ne suis pas un expert, mais après avoir passé un temps fou à regarder autant de portraits, j’en ai vu des millions, j’ai acquis une solide expérience en la matière.
Madona, par exemple, n’est ni une icône, ni une star, elle est juste quelqu’un de très connu. Par contre Hitler, Staline, Mao, malgré leurs crimes, sont des icônes. Que vous les aimiez ou non, leur image résiste aux attaques du temps. Une icône transgresse le temps et le langage, pour s’imposer à tous comme une évidence, elle va au-delà des mots. En tant qu’artiste, c’est précisément ce qui m’intéresse de traiter. Je tente de trouver un langage plastique qui comprenne et interprète le flux médiatique.

Parlez-nous de vos collages.
David Mach. De mon temps, pour avoir une image correcte sur le poste de télévision, il fallait trifouiller les boutons et l’antenne. Avec les collages je tente de faire la même chose. Je réalise un portrait à partir d’une seule image. J’achète en plusieurs exemplaires une carte postale unique, que je découpe en morceaux. Pour le collage de Johnny je me suis servi d’une carte d’Elvis. C’est à la marge de l’image recomposée que le King devient visible. Au centre de la composition il est impossible de le reconnaître. Johnny et Elvis apparaissent tour à tour au sein de la même image, d’abord au centre et ensuite à la périphérie. Ce va et vient est très important à mes yeux, il incite les gens à regarder.

Pourquoi utilisez-vous des cartes postales pour vos collages ?
David Mach. Une carte postale représentant la Chine joue sur le même principe que le visage de Mao. Dans les deux cas, un pays, un personnage se réduisent à une image. La carte postale parvient à simplifier une complexité. Cette simplification est un moyen de comprendre un pays, une ville, une personnalité. Continuer à utiliser des cartes postales à l’heure d’internet est paradoxal. Nous croulons sous les images, mais elles tirent leur épingle du jeu. Mes premiers collages utilisaient des magazines, je poursuis la même démarche avec ce nouveau matériau. Les collages fonctionnent sur le même principe que les «Iconography» en allumettes.

Votre travail joue beaucoup sur la répétition ?
David Mach. Je suis accro à la répétition, mais je préfère encore plus l’exagération. La société nous impose un comportement approprié alors que l’art autorise les artistes à l’extravagance et la démesure.

Pourquoi utilisez-vous des matériaux simples dans vos sculptures?
David Mach. Je ne travaille pas avec des matériaux nobles comme l’argent ou l’or, je préfère utiliser les objets de la vie quotidienne jetables, comme les allumettes ou les cintres du pressing. Ce sont des déchets en sursis. Leur durée de vie est courte. Après avoir servi, ils rejoindront les poubelles. Ce sont également des objets banals et très bon marché. Au-delà de ça, ce sont des objets qui ne représentent rien. Les utiliser comme matériaux pour des sculptures est sans doute très orgueilleux. C’est assez gonflé d’obtenir, avec tellement peu, de tels résultats !

Vous cherchez à transcender les objets que vous utiliser ?
David Mach. La combinaison de ces objets sans vie se transforme en énergie créatrice. A partir de rien il est possible de faire apparaître une forme. Avec de la patience et un peu de chance, une transformation est possible. Une sculpture en cintres me donne la chair de poule, elle provoque des réactions autant physiques que morales. Ces sentiments me submergent totalement. Les sculptures en cintres sont aussi fragiles que vacillantes. Il suffit de les toucher pour qu’elles se mettent à bouger, à onduler.

Quel type de réaction cherchez-vous à obtenir ?
David Mach. Les gens sont paresseux, ils ne regardent pas. Alors que notre quotidien nous impose de prendre des décisions toutes les minutes : comment s’habiller, se coiffer, etc. Le public reste indécis devant une œuvre d’art, son libre arbitre disparaît devant une sculpture. Les matériaux que j’utilise, comme les allumettes et les cintres, renforcent la difficulté de voir. J’oblige les gens à regarder, à se poser des questions. Je défie leur paresse à observer, qu’ils aiment ou pas ne vient que dans un second temps.

Vous aimez que l’on s’intéresse aux matériaux que vous utilisez ?
David Mach. C’est important de reconnaître les matériaux que j’utilise, j’étais attaché à cette idée à mes débuts. Il ne fallait pas que les objets se dissolvent, disparaissent dans la sculpture, mais qu’ils restent apparents, accessibles, compréhensibles.

Comment travaillez-vous ?
David Mach. Je me sers de tout mon corps pour travailler. Mon cerveau, mes yeux, mes mains, mes bras, mes jambes, mes pieds me permettent de comprendre ce que je

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