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INTERVIEW
Dan Graham
Dan Graham

Pionnier de l’art vidéo et de l’art conceptuel, Dan Graham est un théoricien de la culture rock et de l’art urbain, ses constructions en miroir sont le versant critique de ses positions architecturales. Deux «pavillons» transparents et réfléchissants sont actuellement exposés à la galerie Marian Goodman, et à la Porte de Versailles dans le cadre de la commande publique du nouveau tramway.


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Dan-Graham-<i>Waterloo-Sunset-for-Hayward-Gallery-Foyer-Extension<-i>-2002-2003-Concu-par-Dan-Graham-en-collaboration-avec-Haworth-Tompkins-Architects-Courtesy-galerie-Marian-Goodman-Paris

Dan-Graham-<i>Ying-Yang<-i>-1997-2002-Miroir-sans-tain-acrylique-bois-plomb-Courtesy-galerie-Marian-Goodman-Paris

Dan-Graham-<i>Mannerism-Rococo<-i>-2007-Miroir-sans-tain-inox-240-x-330-x-720-cm-Courtesy-galerie-Marian-Goodman-Paris

Dan-Graham-<i>Mannerism-Rococo<-i>-2007-Miroir-sans-tain-inox-240-x-330-x-720-cm-Courtesy-galerie-Marian-Goodman-Paris-New-York

Dan-Graham-<i>Two-Way-Mirror-Triangle-with-One-Side-Curved<-i>-1996-Nordscape-Project-Norway-Courtesy-galerie-Marian-Goodman-Paris

Quentin-Douaire-<i>Dan-Graham<-i>-2007-Photographie-noir-et-blanc-Courtesy-Quentin-Douaire

  
Propos recueillis par Pierre-Évariste Douaire
Traduction de l’anglais : Betty Dahmers et Julien Pain
Photographie : Quentin Douaire


Pierre-Évariste Douaire. Votre pavillon Mannerism/Rococo, exposé en ce moment à la galerie Marian Goodman, est-il un hommage à Bruce Nauman?
Dan Graham. Manierism/Roccoco n’est pas un hommage à Nauman. Notre modèle à tous les deux reste Dan Flavin.

Mannerism/Rococo ne serait-il pas mieux à l’extérier?
Mannerism/Rococo a été pensé pour être exposé près du nouveau tramway parisien. Néanmoins je pensais qu’il aurait sa place à l’intérieur d’une galerie, même si effectivement il donne le meilleur de lui-même à l’extérieur.

Que recommandez-vous à un spectateur ? D’aller en galerie ou d’aller admirer vos pavillons en extérieur?
Le problème avec mon travail c’est qu’il ne se vend jamais. J’ai souvent eu des pièces refusées dans des expositions faute d’argent. Les réalisations ont souvent buté sur cet aspect financier, mais vous pouvez trouver mes œuvres aux quatre coins du monde. Il y en a une trentaine qui sont disséminées dans autant de pays. Je vous encourage à aller les voir. En tant qu’artiste, il est important de rester visible. Se montrer, exposer est le meilleur moyen pour continuer à avancer et à aller de l’avant. Je suis très peu visible à New York car je n’y suis pas apprécié. Le passage en galerie donne accès par la suite à des réalisations en plein air. Ce que j’aime dans la galerie Marian Goodman, c’est qu’elle n’est pas une boutique, contrairement aux autres galeries parisiennes.

Vous êtes à Paris pour quelques jours, êtes-vous allé à la Porte de Versailles regarder votre dernier pavillon From Boullée to Eternity?
Hier en allant m’y balader j’ai été content de voir que la place vivait. Beaucoup de gens se pressait sur le parvis. Chacun prenait des photos. Les familles s’attardaient et les enfants jouaient à l’intérieur du pavillon. C’est avec étonnement que j’ai constaté qu’un grand nombre de touristes composaient la foule. Ordinairement on les retrouve plus du côté de la Tour Eiffel ou de Notre Dame. Il était midi et le résultat me plaisait. Cet hiver, lors de l’inauguration du tramway, la buée sur les parois vitrées gênait le jeux des transparences.

Vous aimez que vos œuvres reflètent les changements climatiques et temporels.
Je vous recommande un très bon livre de T.J. Clark sur l’œuvre de Nicolas Poussin, The Sight of Death. Il s’attarde sur la temporalité de son œuvre, il s’attache à décrire des instants particuliers. Mon pavillon rend compte de ces changements climatiques et des heures qui passent. Au couché du soleil il se transforme.

Quand est née l’idée de From Boullée to Eternity?
C’est en 1988 que l’idée de ce pavillon m’est venue. Je travaillais à la fois sur le parc de la Villette, et sur le Children’s Pavillion avec Jeff Wall. C’est en voyant les enfants jouer sur la butte du terrain vague , qui allait devenir le cinéma de la Géode, que j’ai pensé à Boullée et à Ledoux, deux architectes utopistes français du XIXe siècle.

Comment avez-vous abordé ce chantier?
J’ai dessiné deux projets mais celui qui avait ma préférence n’a pas été retenu. Il présentait l’inconvénient d’être trop étroit. Sa forme en entonnoir interdisait les mouvements de foule. Il contraignait la circulation et imposait un passage au compte goutte. Une seule personne pouvait y accéder. Chacun avait peur des conséquences, nous appréhendions tous qu’il soit cassé. Même excentré sur le parvis, il reste au milieu du passage. Il est situé entre le parc des expositions, la station de tramway et la sortie de métro.

Avez-vous conçu votre œuvre en fonction des détériorations qu’elle pourrait subir? du vandalisme dont elle pourrait souffrir?
Les graffitis, les griffures ne m’effraient pas du tout. Par contre prendre le risque de voir disparaître mon travail m’est insupportable. En Belgique j’ai beaucoup souffert de la destruction complète d’un pavillon. L’installation a été littéralement rasée car son implantation a été précipitée. Les habitants n’étaient pas préparés à la recevoir. Le quartier de la place Saint-Jean à Anvers était à l’époque trop populaire. Encore quelques années et l’acceptation de telles initiatives ne posera plus de problèmes. Le quartier va même devenir branché.

Comment avez-vous pris en compte le contexte de la ville?
J’avais déjà préparé les croquis avant de découvrir le lieu. J’avais cependant compris que la porte de Versailles était un lieu ouvert. Deux éléments essentiels pour moi étaient présents: d’une part la vue était dégagée à 360°, et de l’autre on pouvait voir les gens circuler.

Vous avez changé vos plans en découvrant le lieu?
Très légèrement. Initialement le pavillon devait comporter un toit. Je voulais créer une salle d’attente. J’éprouve toujours le besoin de concevoir des lieux utilitaires, mais le toit avait l’inconvénient de donner prise au vandalisme.

C’est important pour vous de travailler in situ ?
Je pars toujours du site, je travaille toujours à partir de lui.

La porte de Versailles est une frontière sociale. C’est une ligne de démarcation qui tourne le dos à la banlieue. Avez-vous pris en compte cet aspect ?
J’ai comme souvenir que la Fiac y avait ses quartiers, qu’elle y drainait le tout Paris, qu’elle était un îlot au bout de la ville.

Mais depuis cette année la Fiac a regagné les ors du Grand Palais.
Le Grand Palais est un endroit épouvantable où il est impossible de respirer. Ce grand hall est la résurgence d’un modèle inventé et abandonné depuis le XIXe siècle. C’est un lieu d’exposition daté qui remonte à l’époque où Paris était la capitale mondiale des arts. Aujourd’hui c’est un

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