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NUMÉRIQUE

Fred Périé. S-ICI ?

Installation multimédia interactive fondée sur la captation et l’analyse des mouvements du public et la transformation en temps réel de l’image captée, l’œuvre S-ICI ? de l’artiste Fred Périé suscite sous des dehors ludiques et poétiques une interrogation sur l’image, le spectacle et notre rapport à la représentation.


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Fred-Perie-<i>S-ICI-<-i>-2007-Installation-video-Dimensions-variables-Courtesy-[ars]-numerica-©-Fred-Perie

Fred-Perie-<i>S-ICI-<-i>-2007-Installation-video-Dimensions-variables-Courtesy-[ars]-numerica-©-Fred-Perie

Fred-Perie-<i>S-ICI-<-i>-2007-Installation-video-Dimensions-variables-Courtesy-[ars]-numerica-©-Fred-Perie

  
Par Evelyne Bennati

A l’occasion de l’inauguration à Montbéliard de la scène numérique à [ars] numerica, rattaché au pôle multimédia de Franche-Comté, l’artiste Fred Périé présente pour la première fois S-ICI ?, dans le lieu même de sa création.

Dans une petite salle, des chaises attendent les spectateurs face à un écran. Une fois installés, ceux-ci voient apparaître sur l’écran les chaises sur lesquelles ils sont assis, mais vides. Les spectateurs sont des fantômes : la
caméra sur pied, visible face public, ne capte pas leur image.
Rien n’advenant, les spectateurs commencent à bouger. Leurs mouvements génèrent alors l’apparition de leur image sur l’écran. Celle-ci n’est pas déjà là ni donnée comme reflet de la réalité. Elle émerge de la présence dynamique des spectateurs, alors que le spectateur passif, prêt à absorber les images, fait face, lui, au vide de l’écran blanc.

Ce retournement au regard de l’attitude traditionnelle pose la question des attentes du public par rapport au spectacle et réintroduit le spectateur dans le jeu. De fantôme, il devient acteur de la représentation. Très vite se développe l’interaction entre les personnes et leur image : elles peuvent l’effacer de leurs mains, toucher à celle de leurs voisins ; puis entre les spectateurs eux-mêmes. D’abord désordonnés et individuels, les mouvements se font plus amples, créant des figures sur l’écran : forêt d’arbres blancs qui se ploient aux mouvements du public, texte manuscrit grignoté par ses gestes... Comme si ces images sortaient de son imagination.

La fascination de l’image s’exerce, d’autant que le dispositif implique une interaction du public avec la projection. Mais elle est mise à jour car elle laisse place à la conscience, pour les spectateurs, de l’ici et maintenant de la représentation.
Cette double perception — narcissique pour l’image de soi sur écran et concrète par la présence dans la salle de projection — est renforcée par le décalage inopiné de quelques secondes entre le vécu immédiat et l’image projetée des spectateurs, suscitant un bégaiement du temps et de l’espace. Une expérience rare du temps comme succession de présents éphémères.

Cette fascination devant l’image et particulièrement la sienne propre doit céder ensuite face à sa dégradation de visu jusqu’à sa complète désintégration : au charme stérile de sa propre apparence succèdent des polyèdres reliant les personnes entre elles, comme de possibles rapprochements, le « nous » des spectateurs à construire.

A la fin, sur l’écran, une ampoule s’éteint sur un bruit de verre brisé. Noir. Fin du spectacle, fin des images, mais le public est encore bien présent dans la salle. Que fait-on de cette liberté ?

Sites :

www.listefrouge.net

www.ars-numerica.net

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