filmique où toute l’attention se concentre sur l’image-unité avec sa valeur graphique et structurelle, son articulation et sa variation spatio-temporelle sur l’ensemble du segment. Par cet arrêt sur images, le mouvement cinématographique est rompu au profit de la représentation photographique. Celle-ci constitue un relevé du geste filmique qui échappe à l’œil dans la mobilité de l’image projetée.
Que présentez-vous dans l’exposition «Nuages fig.1» et quel est le statut de ces propostions ? M. G. : Dans «Nuages fig.1», je présente un mélange des deux séries dont j’ai parlé précédemment («Paysages sur commande» et «Remote Control»,
NdR). Il s’agit d’images parmi les plus abstraites de mon travail, où le décor n’apparaît presque plus, il n’y a plus que des structures dont on a du mal à savoir ce qu’elles représentent. J’apprécie en particulier dans le dispositif cette forme qui permet une lecture trouble des images et permet de questionner le rapport ambigu entre artifice et réalité.
C. R. : Il s’agit de quelques images d’une série intitulée «Country Klub». C’est un travail de diapositives très classique par son outillage, élaboré lors de promenades et questionnant nos mythologies paysagères. Que construit-on? Que sème-t-on? Que range-t-on? Les espaces en devenir et déjà là depuis un certain temps. Le désir d’idylle. Le repos. La poursuite d’un horizon léger. La campagne: fantasmes et fictions.
C. V. : Des œuvres très formelles, aux contours «pop» et très graphiques, basées sur une gestuelle et une cohérence plastique, un jeu avec le lieu. Donner à voir des espaces fictifs, dont l’existence ne dure que le temps d’un regard. Une souplesse... des possibles.
M. D. : Une question qui me taraude souvent est en effet celle du statut de l’œuvre dans un contexte donné.
Pour «Nuages fig.1» cela est un peu différent. D’abord je suis venu avec des diapositives qui étaient effectivement conçues comme des points d’interrogation: on y retrouve les questions de la reproductibilité, les limites du discours moderniste (sur la spécificité du médium), la question de l’espace même de l’image, du hors champ … et puis, moins évident mais bien plus intéressant pour moi, la question du rapport qu’entretient l’image avec le pouvoir.
Mais dans le cadre de «Nuages fig.1», les questions étaient posées d’avance par le dispositif que le Bureau/ a eu le mérite de penser. C’est un peu comme une compo déjà écrite où j’ai simplement senti que je pourrais y faire entendre une ou deux notes personnelles.
M.-A. M. : Trois ou quatre images seront à voir dans cette exposition sans œuvres.
La première, intitulée
La Valeur de l’absence qui a valeur d’œuvre, est un simulacre réalisé sur commande par Le Bureau/ pour l’exposition «Nuages fig.1» à partir des images de la salle d’exposition envoyée par le Bureau/… donc, une œuvre qui n’existe pas en tant qu’œuvre, mais en tant qu’image. L’image en question laisse voir une
Peinture en forme de flaque de peinture au sol, pendant qu’au mur une légère tache blanche signale discrètement l’absence d’un tableau. Là encore, une peinture qui n’est pas ou qui n’est plus. La Véronique – véritable icône – est représentée montrant un linge avec l’impression du visage du Christ après avoir essuyé sa sueur. Cet exemple historique d’image dans l’image revient sans cesse dans l’enregistrement des œuvres-images. Dans mon image «fausse» – y a-t-il des images vraies de nos jours? – le
white cube et l’absence de tableau équivaudraient à une Véronique avec un linge blanc.
Les deux suivantes sont des enregistrements photographiques réalisés par Daniel Kovak lors de l’exposition «Tableaux ratés» au Centre d’Art du 10neuf à Montbéliard.
La quatrième est un «enregistrement life». Une photographie prise sur le vif qui a pour moi un statut de croquis. Un exercice sans prétention d’observation au quotidien.
Y. K. : Je présente une série de photogrammes issus de plusieurs de mes films en Super-8 réalisés dans différentes villes ainsi qu’une série de diapositives retravaillant les photogrammes d’un film où s’entrecroisent procédés argentiques et analogiques.
Pour cette exposition, comment avez-vous appréhendé la question de l’inscription dans le lieu ? Et dans le format diapositive ? M. G. : Puisqu’il est question de visionneuses, la question du lieu ne se pose plus avec la rigidité classique de l’accrochage sur fond blanc. Ici, le système d’accrochage (les visionneuses suspendues au plafond) permet de rejouer la question entre artifice et réalité et d’y introduire une forme de souplesse et d’humour.
C. R. : Comme un espace mental. Un cabinet de curiosité. À saisir. La diapositive est un médium courant dans mon travail… mais plus sous la forme de projection.
Là, elle devient un objet... j’ai pensé à la télé-souvenir, à la collection d’images, ou la carte postale.
C. V. : Créer un jeu visuel aussi bien au niveau des formes (échelles, dispositions, matériaux, éclairages...) que sur les propriétés du lieu d’exposition. Reformuler le travail grâce à ce système de visionneuses, seul élément visible dans l’espace.
M. D. : C’était un dispositif séduisant, qui a montré comment il est possible d’étendre facilement les limites de l’espace donné. Mes images extraites de la série «Nouveau Monde» ont trouvé une bonne résonance dans cet accrochage à la fois ludique et pas idiot.
M.-A. M. : Ces deux questions faisaient partie des «règles du jeu» proposé par le Bureau/. L’inscription dans le lieu fait partie de mes habitudes… Quant au dispositif de visionnage des diapositives, il m’intéresse particulièrement dans le sens où le spectateur est partie active, devenant voyeur et regardant d’un œil l’image présentée dans la visionneuse. L’idée que seul un œil puisse regarder une image en même temps me plaît.
Y. K. : Les Stratoscopies – du latin