Communiqué de presse
Sean Snyder, Darren Almond, Allora et Calzadilla, Jean-Luc Moulène, Alberto Garcia-Alix, Yorgos Sapountzis, Melik Ohanian, Thomas Hirschhorn, Anri Sala, Moshe Ninio, Fikret Atay, Hassan Khan
Land Marks
Sean Snyder : Cette photographie, faisant à l’origine partie de l’installation intitulée « Script for Dallas Southfork in Hermes Land », Slobozia, Romania, 2001, montre au second plan un modèle de Tour Eiffel, dont on ne saurait définir l’échelle, posée sur un vaste terrain herbeux laissé à l’abandon ou en attente d’être occupé. « Southfork Dallas in Hermes Land », à mi-chemin entre le parc d’attraction et la réplique (en une fois et demi plus grand) du ranch texan de la série télévisée Dallas, a été aménagé dans les années 1990 par le milliardaire roumain Alexandru juste après le chute du régime communiste de Ceausescu. Dans la décennie précédente, cette série était le seul programme américain autorisé à la télévision roumaine, principalement dans le but de démontrer la corruption du système capitaliste occidental. Sean Snyder, en un travail qui oscille entre documentaire et fiction, poursuit sa quête de mise en lumière des inconsistances et des incongruités de certaines réalités urbaines, conséquences comme dans le cas présent de « court-circuits » idéologiques.
Ici, la tour Eiffel est à la fois icône de l’architecture urbaine, et spectre dans ce paysage déserté.
Darren Almond : La série des « Below » découle d’un travail cinématographique et photographique réalisé au cours d’un voyage en Antarctique où l’artiste fut invité à participer à la mission scientifique« Antarctica » au début de l’année 2002. Ces photographies, transférées sur papier millimétré, évoquent la navigation de la mission autour de ce vaste territoire de glace. Darren Almond est fasciné par le statut de « degré zéro » du pôle sud dans notre système géographique. L’Antarctique est à la fois le dernier continent découvert, mais il est aussi le premier, celui auquel ont été autrefois rattachés tous les autres. Pour l’artiste, l’Antarctique représente « l’axe du temps et de l’espace, l’axe de tout ». Tout comme ces œuvres sont une tentative futile de quantifier et de maîtriser ces notions : apposer un diagramme sur ce vaste paysage blanc dont aucun élément familier à l’homme ne permet de fournir une échelle, un point de repère. Images qui renvoient aussi au tableau de bord du navire, dans l’illusion d’un imperceptible mouvement vers ce territoire inhumain. La fusion du temps et de l’espace.
Allora et Calzadilla : La série des photographies « Land Marks »(foot prints) est la continuation d’une collaboration entre les deux artistes et différents groupes activistes rassemblés en 2001-2002 sur l’île de Vieques, à Porto Rico, pour protester contre son occupation par l’armée américaine. Les militaires se livrait depuis plus de 60 ans à des essais de bombardements et autres technologies chimiques. Les artistes ont réalisé des semelles en caoutchouc avec des pictogrammes exprimant les idéologies des individus les portant et de courts messages sur leur opinions quant à l’aménagement de l’île (réserve naturelle, centre commercial, etc…). Les empreintes laissées dans le sable de Vieques sont la matérialisation de leur contestation. Ces traces revêtent une signification d’autant plus forte que la seule présence des activistes sur le sol de Vieques entraînait, grâce aux détecteurs de la police militaire, l’arrêt forcé des bombardements. La multitude des empreintes, qui se superposent et se parfois se brouillent, présage aussi de l’avenir incertain de l’île.
Jean-Luc Moulène : « 02 05 18, Opel, Berlin » et « 02 10 06, France, Paris » sont deux cibachromes sous diasec de la série des Documents. Jean-Luc Moulène photographie des habits votifs thaïlandais. Ces chemises et ces pantalons en papier s’ornent de motifs surprenant tels que des marques de réseaux de téléphonie mobile, de voitures ou encore des références aux équipes internationales de football. Cette association contradictoire, presque improbable étonne. La société de consommation empiète sur le territoire funéraire. L’insolite qui caractérise ces deux photographies nous invite à découvrir à la fois des pratiques funéraires traditionnelles et ancestrales mais aussi une consommation à outrance, qui suit l’individu même dans la mort.
La sculpture « East-West », exposée pour la première fois à la biennale de Taïpeï en 2004, se compose de deux scies suspendues dans l’espace et flottant