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INTERVIEW
Olivier Mosset
Olivier Mosset

Olivier Mosset présente dans trois espaces à Rennes une série de monochromes ainsi que deux sculptures. Son œuvre, trop souvent résumée aux années critiques BMPT, s’interroge sans interruption depuis quarante ans sur le devenir de la peinture faisant de l’artiste suisse un véritable «historien des formes».


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Olivier-Mosset-<i>Sans-Titre<-i>-2007-Glace-180-x-180-x-240cm-(c)Mathieu-Harel-Vivier

Olivier-Mosset-<i>Sans-Titre<-i>-2007-Beton-180-x-450cm-(c)Mathieu-Harel-Vivier

Olivier-Mosset-<i>Sans-Titre<-i>-2006-Ensemble-de-six-tableaux-acrylique-sur-toile-480-x-240cm-(c)Mathieu-Harel-Vivier

Olivier-Mosset-<i>Sans-Titre<-i>-2000-Trois-tabelaux-acrylique-sur-toile-315-x-315cm-(c)Mathieu-Harel-Vivier

  
Par Paul Bernard

Paul Bernard : Vous êtes identifié comme un peintre radical. On connaît beaucoup moins votre oeuvre sculpturale. A Rennes, vous en présentez deux. Pouvez vous nous parler de votre rapport à la sculpture?
Olivier Mosset: Disons que j’ai fait des pas de côté dans la troisième dimension, mais je crois quand même les avoir faits avec une réflexion de peintre. J’ai fait des trucs, des décorations artistiques, et à partir de ça, j’ai été amené à travailler sur une sulpture qui est la même que celle que je présente ici dans le petit jardin à coté du Musée des beaux-arts. Mon idée au départ était de la faire à l’intérieur du musée, mais comme c’est des trucs lourds, des modules en béton, ready-made, j’avais laissé tomber. Et puis Christophe Viart [commissaire de l’exposition] a persisté, ça a donc donné cette pièce dans le jardin.
Dans le même temps comme on avait décidé de ne pas la faire, j’avais prévu autre chose, une autre sculpture, ici en glace, que j’avais déjà faite plusieurs fois : en carton une première fois et en bois peint deux ou trois fois. Je l’avais déjà faite une fois en glace pour une exposition à Saas Fe dans les montagnes en Suisse, où il y avait un glacier. On a pris un bloc du glacier puis on l’a taillé. Je l’avais refaite à Bâle, où elle s’était écroulée assez vite. Je l’ai refaite encore une fois dans la cour de la galerie "Les filles du calvaire" pour une exposition qui s’appelait Minimal Pop, en 2006. Là, comme c’était l’hiver, elle a tenu tout le temps de l’exposition et même au delà. Ce qui est drôle, c’est qu’elle se transforme. C’est toujours la même sculpture, mais enfin, elle fond. Ici, je trouvais intéressant de la faire à l’intérieur du musée, entourée de ces sculptures du dix-neuvième.

Le module de base, le « toblerone », est un bloc anti-char...
Le module de base, la première fois que je l’ai présenté, c’était à Sion dans un endroit qui s’appelait l’Arsenal. On en avait mis une quarantaine, c’était une vraie installation. En Suisse, on trouve ces barrages anti-chars un peu partout dans la campagne, encore maintenant. J’en ai d’ailleurs acheté à l’armée. C’est quelque chose entre le land art et la sculpture minimale dans le genre de ce qu’a pu faire Tony Smith. C’est ça qui m’intéresse: un regard un peu formel sur des formes qu’on ne comprend pas très bien, à moins d’être un spécialiste de barrages anti-chars. D’ailleurs, on ne comprend pas très bien pourquoi ils sont placés là où ils le sont. Quand j’ai pensé à en acheter, j’avais demandé une carte de leur emplacement à l’armée. Elle m’a été refusée...
Voilà, je ne sais plus très bien pourquoi, mais je sais que cette forme m’a intéressé, avec cette histoire de land art déjà tout fait. Le land art joue en général avec le paysage, que ce soit Michael Heizer qui occupe une tranchée ou des gens comme Nancy Holt. Ici, c’est une construction qui, au contraire, va à l’encontre.

Ca reste chargé de significations quand même
Si les gens le savent, oui peut-être, mais enfin c’est anti-char, disons que ça protège le musée.

Vous exposez ici à Rennes dans les mêmes endroits que John Armleder, que vous connaissez bien, il y a un peu moins d’un an. Je vous avais vu lors du vernissage. Quand on regarde votre stratégie d’exposition on a presque l’impression que vous le prenez à contre pied...
Ce sont les mêmes lieux, mais c’est pas tout à fait pareil. D’abord parce que John est plus post-moderne que moi. Il a un champ dans lequel il peut travailler qui est beaucoup plus vaste. Dans l’expo de John il y avait un côté installation, moi c’est moins ça, bien que je pense qu’un accrochage soit toujours une installation.

Mais contrairement à lui vous n’avez pas cherché à agir directement sur le lieu. Alors que vous l’aviez déjà fait dans le passé.
Pas souvent, mais effectivement je l’ai fait. Une fois j’ai peint un mur en jaune, je ne sais pas si les gens étaient tellement contents. Je suis intervenu plusieurs fois sur le lieu, notamment une fois au Musée Migros à Zurich. Bon, je crois que l’on ne peut pas échapper au rapport de ce qu’on met dans un espace avec l’espace qui le contient, mais il y a des gens qui se concentrent beaucoup plus là dessus. Pour ma part, je travaille dans mon atelier en Arizona et après je déplace les peintures. L’espace m’intéresse aussi, mais contrairement à Buren par exemple, ça n’est pas ce qui détermine mon produit. Le produit a pour moi une autonomie, une autonomie relative parce que toujours dépendante d’autre chose, mais quand même. Quelque part, je fais de la peinture de manière traditionnelle, je n’ajoute pas d’animaux empaillés [allusion à l’utilisation qu’en a fait John Armleder pour l’exposition "Encore" à Rennes en 2006]

Pour revenir sur vos peintures, vous évacuez toute allusion mystique dans vos monochromes. En pleine année Yves Klein, je trouve que ça prend un certain sens.
Oui, ce côté là ne m’intéresse pas, c’est un travail matériel, voire matérialiste. On peut retourner l’idée du sublime pour tomber dans quelque chose d’un peu plus concret. Stella est déjà celui qui avait ce discours. C’est de mon temps, mais c’est compliqué parce que, si c’est vrai que chez Mondrian par exemple, il y avait la théosophie, chez Yves Klein, l’espace, etc., il y avait également un discours un peu plus concret. Mondrian use parfois de formules qui le font se rapprocher de quelqu’un comme Van Doesburg et Yves Klein, c’est quand même le Nouveau Réalisme. Quand je vois un monochrome bleu, je vois un monochrome bleu: je regarde comment c’est fait, si c’est fait au rouleau, etc.… J’ai le sentiment que les discours qui sont extérieurs sont souvent là pour donner de la valeur à un truc qui au fond ne vaut rien. En même temps, ça ne vaut pas rien. Je me rappelle avoir une fois passé une douane avec des toiles en disant que cela ne valait rien. Le douanier m’a répondu

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