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INTERVIEW
Gianni Motti

«Il y a une espèce de nouvel ordre mondial dans l’art, il faut rester dans les rangs. Finalement, moi, je n’aime pas trop rester dans les rangs».


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Entretien téléphonique réalisé le 9 septembre 2002 depuis Paris par Eléonore Saintagnan avec Gianni Motti dans son appartement de Genève.

Certains artistes parlent d’art d’attitude. Te considères-tu comme un artiste d’attitude ?
J’ai une attitude à moi. Chacun est comme il est. Moi, je ne peux pas faire uniquement des belles choses, visuelles, formelles, pour mettre dans une galerie ; ça ne m’intéresse pas. C’est comme passer sa vie à chanter des litanies d’amour, des
iaiseries, ça ne m’intéresse pas. C’est ce qui s’est passé pour «Dommages collatéraux». Normalement, on attend d’une guerre des armes, des choses pathétiques ; ces photos sont de beaux paysages, elles parlent de la guerre, mais sans les morts, les visages, l’émotion, tout ça. A Perpignan, ils ont fermé mon exposition. Ils disaient que j’aurais dû retoucher les photos.

C’est ce que tu as fait, non ?
Je les ai juste recadrées un peu. En plus on les a payées, ils avaient dit qu’ils nous les donnaient bon marché parce que de toutes façons, ils ne les utiliseraient pas, qu’ils ne pouvaient pas représenter la guerre avec ça. Ils nous les ont données sur un CD grand format. Je les ai invités à l’exposition, ils étaient étonnés de voir beaucoup de monde s’intéresser aux photos. C’était l’unique pièce qui parlait de la guerre sans mettre du pathétisme : on voyait d’abord quelque chose de beau, et ensuite on se rendait compte que quelque chose n’allait pas de soi. Alors le directeur est intervenu. Il y a une espèce de nouvel ordre mondial dans l’art, il faut rester dans les rangs. Finalement, moi, je n’aime pas trop rester dans les rangs. Sinon tu ne fais pas l’artiste, tu fais autre chose.

C’est ce qui est intéressant dans ton travail. Tu prends des risques. Pour ton faux enterrement à Ribarteme…
Ce n’était pas un faux enterrement. L’enterrement était vrai. J’ai annoncé dans la presse, à la page nécrologique, mon enterrement.

Mais peut-on se faire enterrer le jour de la fête de Santa Marta, où la coutume est que les personnes ayant frôlé la mort dans l’année circulent à cercueil ouvert pour remercier la sainte de les avoir sauvés ?
Quand quelqu’un est soigné d’une maladie grave, il loue, en offrande, un cercueil qui sera mis devant l’église et le curé rend la bénédiction. Mais ça, c’était dans les années cinquante. Maintenant, ils ne font plus ça. Moi, j’étais là-bas pour une exposition sur l’art et la mort au musée de Pontevedra, près de Vigo.

Et qu’y as-tu exposé ?
Rien. Ça coïncidait à deux jours près avec l’exposition, j’ai fait ça comme performance. J’ai présenté la vidéo pour la première fois six ans après, à la galerie Analix, à Genève, en 1995, avec la photo. Par contre, elle a été publiée dans des catalogues. Je ne fais pas l’action pour l’exposer. Parfois je donne le document à publier, mais j’aime bien avoir le recul et exposer après.

Sur cette vidéo, on te voyait sortir du cercueil ?
Non. On voit toute la procession et la messe. Après on nous voit entrer dans le cimetière, mais il y avait tant de monde que la personne qui filmait ne pouvait plus passer. Souvent je ne contrôle pas la fin de mes actions. A l’ONU, j’ai dû improviser une fin ; j’aime me mettre en danger et devoir trouver une solution le plus vite possible. Là, j’ai passé tout l’après-midi à écouter, puis après trois heures j’ai fini par prendre la parole, j’ai dit que ce sont toujours les gros pays qui mènent le bal, qui jouent aux paternalistes devant les petits pays qu’ils appellent « en voie de développement » comme s’ils n’étaient pas développés…ils leur font un grand sourire pour les faire taire, et après, rien ne se passe. Ensuite les autres m’ont suivi, ont pris du courage. A ma gauche j’avais l’Inde, à ma droite Iran, Irak, Japon, Italie. Puis il y a eu une pause. J’ai vu des policiers faire des signes vers moi, alors je suis parti. Mais ce n’est pas évident de sortir du palais des Nations Unies à Genève, qui est immense ; j’ai tourné en rond avant de sortir. Dix minutes après j’étais chez moi, tranquille, et c’est là que je me suis rendu compte de ce que j’avais fait. C’est comme dans la vie, il faut être toujours en alerte, pour ne pas se faire écraser par une voiture etc. Et en même temps, chaque fois, c’est une expérience.

Ont-ils su, à l’ONU, que tu étais Gianni Motti et non le représentant indonésien ?
Ils ont dû le savoir après. Ils reçoivent tout ce qui est en rapport avec l’ONU. Il y avait la presse, les journaux, la télé.

Existe-t-il un enregistrement de la séance ?
Non, mais il y a des scriptes qui font un rapport. Dedans, elles parlent du délégué indonésien ; c’est moi.

La photo qui est à la galerie Jousse, c’est une photo de presse ?
Non ; j’avais un petit Olympus sur moi, alors quand ils ont laissé entrer les photographes, j’en ai profité pour demander au délégué de l’Argentine de prendre une photo-souvenir. Ça l’a fait rire, il a dû penser que c’était pour ma femme. Par contre j’ai des photos de la presse du monde entier, qu’on m’envoie plus tard. Je ne suis pas au courant de tous les articles de presse qui paraissent sur moi ; souvent, des amis en trouvent par hasard et me les envoient. J’aimerais bien faire un très gros catalogue bien détaillé avec tous ces documents que j’ai emmagasinés, mais ça va prendre un peu de temps. En plus il y a beaucoup de choses en ce moment, entre Zürich, Perpignan, et puis en Allemagne où ils ont brûlé le drapeau…

Quel drapeau ?
C’est une pièce qui s’appelle « Tranquillity Base ». Officiellement c’est la réplique du drapeau qui est sur la lune, mais planté comme ça, ça fait occupation américaine. Un visiteur y a mis le feu en pensant, sûrement, que j’avais fait ça parce que j’adore les américains.

Tu as souvent des problèmes de ce genre ?
Ça arrive.

L’exposition «

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