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ART | CRITIQUES
Georg Baselitz
Remix
20 févr. - 29 mars 2008
Paris. Galerie Thaddaeus Ropac
Pour les 70 ans de ce grand peintre allemand qu’est Georg Baselitz, la galerie Ropac lui confie tout son espace. L’artiste y dévoile de très grandes toiles et des aquarelles qui sont autant de «remix», de retours sur des œuvres antérieures, en une variation sans cesse recommencée, à l’infini…

 
Georg Baselitz, 30.XI.2007, Ink and watercolour on paper. 67 x 51 cm

Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac. © Georg Baselitz.

Georg Baselitz

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Par Léa Bismuth

La première chose à laquelle on pense en visitant une exposition de Georg Baselitz est son rapport à l’Allemagne et au rôle qu’elle a joué dans l’histoire du XXe siècle, aussi bien pendant la Seconde Guerre mondiale, en mettant en scène un théâtre d’atrocités, que pendant la guerre froide et la partition en Allemagne de l’Ouest et Allemagne de l’Est.
Georg Baselitz est emprunt de cettehistoire, c’est elle qu’il exprime tout en la liant à une écriture très personnelle, à un sens aigu du subjectif et de l’expression.

Cependant, à la différence d’un artiste comme Anselm Kiefer, Georg Baselitz ne cherche pas à intellectualiser son rapport à l’histoire de l’Allemagne : chez lui, il n’y a pas de références explicites à la culture allemande (même si elle hante son œuvre de manière implicite), il n’y a pas une poétisation du monde, mais sa radicale expression. Georg Baselitz, à la différence de Anselm Kiefer, préfère le cri à la métaphore.

En effet, la grande salle de l’exposition présente cinq grandes toiles (de 3 x 2,50 mètres) qui frappent le regard par leur force expressive et la dynamique du geste qui se dégage d’elles. Ces toiles mettent en scène des figures de couples la tête à l’envers.
Ce principe d’inversion est significatif de l’œuvre de Georg Baselitz. Par cette inversion — on pourrait facilement parler d’«inversion des valeurs» en se référant à Nietzsche —, l’artiste impose une vision carnavalesque. Comme l’analyse Bakhtine, la fête populaire qu’est le carnaval est un moment de rupture dans le déroulement social : le haut et le bas s’inversent, les classes sociales se mêlent et la folie peut régner. C’est ce moment de rupture qui est à l’œuvre ici, dans ces tableaux où les corps appariés semblent danser.

Le mouvement des figures est notamment donné par la confrontation stylistique de larges aplats de couleurs frustes et de jets de peinture noire qui construisent les visages. Ces jets de peinture dynamiques et filandreux s’éclatent sur la surface de la toile et obéissent à la gestuelle du «dripping». Ces figures se détachent sur des fonds faits de pois de couleurs ou bien sur des fonds qui rappellent les structures géométriques et rectilignes d’un Mondrian.

C’est cette même technique, alliant larges aplats et finesse nerveuse d’un trait noir, qui est à l’œuvre dans les aquarelles, visibles  dans la galerie d’art graphique: la peinture laisse la place aux teintes pastelles et gorgées d’eau de l’aquarelle et à l’intensité de l’encre de chine.
L’encre révèle les figures en les taillant dans l’espace de la feuille tout en les faisant apparaître. Certaines reprennent la thématique des couples inversés. D’autres donnent à voir des figures solitaires non inversées, outrageusement face à nous, les bras le long du corps, dans une attitude de nudité désarmée ou de Christ implorant le Seigneur… Ces visages et ces corps, en quête d’une réponse impossible, interpellent. Ils sont autant de visions creusées par un même désarroi impudique.

On pense aux corps amaigris d’Egon Schiele.
On pense aux visages minés par la mort et néanmoins souverains d’Antonin Artaud.

Les êtres qui peuplent les toiles de Georg Baselitz frappent dans la vitre imaginaire qui nous sépare d’eux : ils formulent l’informulable et nous forcent à l’entendre.

Publication
— Un catalogue illustré publié par la galerie Ropac, avec un texte d’Eric Darragon et un texte de Richard Leydier

Œuvre(s)
Georg Baselitz
Absprung (Remix), 2007. Oil on canvas. 300 x 250 cm
Moderner Maler (Remix), 2007. Oil on Canvas. 300 x 250 cm
Sujet Populaire Contraire, 2007. Oil on Canvas. 300 x 250 cm
Der Hirte (Remix), 2007. Oil on Canvas. 300 x 250 cm
28.IX.2007, 2007. Ink and Watercolour on Paper. 66 x 51 cm
IX.2007, 2007. Ink and Watercolour on Paper. 67 x 60 cm
15.XII.2007, 2007. Ink and Watercolour on Paper. 70 x 51 cm
— 11.XII.07, 2007. Ink and Watercolour on Paper. 67 x 51 cm
19.XII.07, 2007. Ink and Watercolour on Paper. 66 x 51 cm
Night of the Nightingale IV (Oboznenko), 1998. Oil on canvas. 200 x 162 cm
Donna via Venezia, 2004. Bronze cast and oil paint. 264.5 x 84.4 x 93.5 cm
18.XII.07, 2007. Ink and watercolour paper. 66 x 51 cm
30.XI.2007, Ink and watercolour on paper. 67 x 51 cm
In Kreigstagen - Caspers Kopf, 2007. Oil on canvas. 300 x 250 cm

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VOS RÉACTIONS
1 réaction


Serghei Litvin Manoliu
Remix, ou l'éternel retour du dessin
Chère Léa Bismuth:

Vous dites: "Chez lui, il n’y a pas de références explicites à la culture allemande"
— Or, Baselitz est le plus Allemand des artistes allemands (Penck est "irlandais", Kieffer "français", etc.)

Vous dites: "En effet, la grande salle de l’exposition présente cinq grandes toiles... mettent en scène des figures de couples la tête à l’envers."
— Or, Der Hirte est la tête en haut, et, dans les Sujets Populaires, les couples sont couchés...

Vous dites: "Des fonds qui rappellent les structures géométriques et rectilignes d’un Mondrian"
— Or, il s'agit de swastikas, tout simplement - une acceptation de l'Histoire, de la part d'un Allemand de l'Est né pendant la guerre. La "mondrianisation" est un clin d'oeil...

Et, si votre formule de la "formulation de l'nformulable" (!) n'est qu'une pirouette, en revanche la phrase "On pense aux visages minés par la mort et néanmoins souverains d’Antonin Artaud" est bien jolie!

Vous avez raison, les visages de Baselitz sont souverains.

Je vous invite a continuer ces commentaires sur: http://d0010.org/georg-baselitz-remix/

D'avance, merci

08 mars 2008





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