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ART | CRITIQUES
Bruno Perramant
Si je t’oublie Paris
14 sept. - 06 nov. 2004
Paris. Galerie InSitu
Loin de tout aveuglement, la peinture de Bruno Perramant nous invite à traverser un jeu de références pour entrer dans un dédale de questions posées à la visibilité, au regard, à la culture, au monde aujourd’hui, comme autant de traces d’un regard actuel et singulier de peintre, cultivé à l’aune de la peinture.


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Par Pierre Juhasz

 Deux ans après l’exposition intitulée « Les Demoiselles », Bruno Perramant présente ses toiles récentes, sous un titre où résonne une double référence : le roman de Faulkner intitulé Si je t’oublie Jérusalem et la source du titre : le Psaume 137 de l’Ancien Testament, « Si je t’oublie Jérusalem, que ma main m’oublie aussi, Que ma langue reste collée &grave; mon Palais ».

Ici, la terre promise et la terre d’exil est Paris. L’œuvre, comme ce fut le cas pour « Les Demoiselles » dont la source n’était autre que Les Demoiselles d’Avignon de Picasso, est traversée par des références et des allusions issues d’une culture savante ou côtoyant quelquefois, par goût de l’éclectisme, un registre plus prosaïque. L’ensemble de ces toiles résulte du séjour parisien de l’artiste et la plupart sont des vues saisies de la fenêtre de l’atelier, glanées au fil des jours, mais sans pour autant que ne se manifeste une dimension autobiographique. Les tableaux témoignent plutôt d’un regard porté sur la ville à travers quelques-uns de ses micro événements, comme un feu d’artifice, un éclairage sur un monument ou un couple qui s’enlace, couché dans l’herbe, quelques images glanées, comme Prises de vue, ou Enregistrement — une série comme « Love Story # 2 », où apparaît le couple, introduit une durée par la chronologie des postures des deux personnages et donc un embryon de narration — sur lesquels l’artiste arrête son regard et le constitue en art.

Certaines peintures comportent un sous-titre qui infiltre le tableau, comme le fait de façon plus abstraite le titre lui-même. Image de film ou plutôt de vidéo, l’écriture y est peinte tremblotante et labile comme l’est la texture d’une mauvaise image télévisuelle, image à partir de laquelle travaille le peintre, comme à d’autres occasions, il se sert de la photographie. Ainsi, peut-on lire issues de sources diverses, en décalage avec la représentation qui se donne à voir : « La vie est dégueulasse » ou « Car en réalité, il titre les ficelles », dans l’œuvre intitulée Voix # 37 (st Paul) ou encore, le mot « Sun » apparaissant en filigrane dans l’espace représenté de Sun # 4, — éclat d’un hypothétique soleil ou slogan publicitaire qui traverserait l’intime image du couple ?

Le lisible contamine le visible au même titre que l’image électronique infuse le regard et contamine la peinture. Images, tableaux ou peintures ? Les trois dénominations et les conceptions qu’elles désignent se croisent dans chacune des toiles ou entre les toiles successives, pour féconder la représentation par la picturalité. Car in fine, c’est bien de peinture qu’il s’agit, de sa jubilation, de son pouvoir, aussi de sa fragilité aujourd’hui, dans notre monde aveuglé d’images.

Parmi les scènes nocturnes, récurrentes, plusieurs peintures représentent des feux d’artifice. Sur fond noir opaque, des taches de lumière éclatent dans leur picturalité, comme autant de phosphènes floconneux, comme autant de points d’interrogation que la peinture adresse à la représentation.
Voilà ce qui semble vibrer au fond de ces toiles : faire briller de tous ses feux l’artifice de la représentation à travers le travail de la peinture comme on parle, en d’autres lieux, du travail du rêve ou de celui du deuil. Peinture noire, halos blancs. Pulsion scopique. La représentation est réduite à sa plus simple expression : des taches de pures lumières dans la noire peinture de la nuit comme hantée en son ombre par des réminiscences qu’elles soient le scintillement de La Nuit étoilée de Van Gogh ou l’opacité du noir traversé par une discrète transparence de Porte-fenêtre à Collioure, de Matisse.

Ailleurs, c’est Le Jardin des Délices de Jérôme Bosch que revisite l’artiste, ou encore l’iconographie chrétienne ou chinoise, les héros de la bande dessinée ou encore une certaine imagerie érotique, comme en témoigne l’exposition monographique que lui consacre le musée de La Haye à travers cent cinquante œuvres réalisées au cours de ces dix dernières années.

Loin de tout aveuglement, la peinture de Bruno Perramant nous invite à traverser un jeu de références pour entrer dans un dédale de questions posées à la visibilité, au regard, à la culture, au monde aujourd’hui, comme autant de traces d’un regard actuel et singulier de peintre, cultivé à l’aune de la peinture.

Œuvre(s)
Bruno Perramant
Fireworks #3, 2004. Huile sur toile. 120 x 120 cm.
Si je t’oublie Paris #1, 2003. Huile sur toile. 97 x 130 x 3 cm.
Fireworks

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