Par Clément Dirié
Un fait logique mais rare apparaît lors d’un simple tour d’horizon des œuvres : la fraîcheur réelle des travaux exposés. À distance d’un esprit de sérieux et d’enfermement.
Certes, cette fraîcheur, cette relative spontanéité des projets, est la marque d’un apprentissage des médiums, tous représentés ici, et des techniques. Il s’agit pour ces artistes d’expérimenter les possibilités de l’art, et partant du réel et du spectateur.
Tout semble ici fait po
r se confronter, se montrer au visiteur. Depuis l’installation inaugurale d’Argentinelee,
Fragility, des dizaines d’assiettes jonchent le sol et forment l’unique accès à un écran tactile où le spectateur peut habiller et déshabiller un «chevalier» dont les fragments de l’armure sont tout aussi fragiles que ces centaines de tessons brisés. Produisant un bruit fou, cette installation résonne dans tout l’espace et lui confère une atmosphère de vie.
C’est également du vivant qui, paradoxalement, foisonne dans l’accrochage de Wen-Chi Lin,
Le Suicide au féminin, mode d’emploi. L’artiste présente différents modes de suicide liés à l’univers féminin. Il en détourne, avec poésie et humour, les objets et situations.
Avec
Parc de Versailles,
le fleuve, Isabelle Cornaro utilise ses cheveux au service d’une œuvre fine et naturelle et les mêle au papier. S’effectue alors la rencontre avec une intimité douce et suggérée, l’artiste se confondant réellement avec son œuvre.
Plus loin, Isabelle Ferreira détourne aussi l’usage du matériel qu’elle utilise. Avec ses briques, elle réalise
Chariot, une architecture instable, vide et comme friable. Ailleurs, des cartons investissent le plafond et la verticale des murs.
Une sensation d’éphémère, logiquement renforcée par la durée de l’exposition, se déploie dans presque toutes les œuvres. Les travaux de Laurent Mareschal — en particulier
Le Tapis — sont emblématiques de cette orientation. De même qu’ils utilisent aussi le détournement d’usage — le tapis est fait d’épices et d’humus —, ses travaux témoignent d’une beauté passagère, précise et précieuse.
Seule Judit Kurtag affiche une certaine inquiétude. Dans
Polyglotte grâce à Babel, l’un des seuls travaux à être en noir et blanc, une bouche est filmée qui ne prononce pas des mots sonores, qui laisse s’échapper d’elle des mots imprimés sur l’écran. Les sous-titres ont pris la première place, comme un kidnappage de la parole et de la vie.
Le second degré et la réflexion sur les médiums font également l’objet de la performance d’Anahita Bathaie, artiste d’origine iranienne. Elle projette quotidiennement ses anciennes performances pour les critiquer en direct, et s’interroger sur leur valeur, leur portée, leur facilité.
L’immense intérêt de cette exposition collective est de montrer les tentatives et les essais par lesquels on devient artiste capable de faire œuvre singulière, de rester soi dans un processus de formation pratique et intellectuelle.
Artistes 26 jeunes artistes, diplômés des Beaux-Arts de Paris ou encore étudiants, de onze nationalités différentes :
Argentinelee Anahita Bathaie Vincent Bullat Wen Chi-Lin Gabrielle Chiari Isabelle Cornaro Akari Endo Haris Epaminonda Isabelle Ferreira Daniel G. Cramer Judit Kurtag Simon Jaffrot Philippe Laleu Laurent Mareschal Sachiko Morita Mélodie Mousset Tami Notsani Régis Perray Maguelonne Pessaque Mathieu Rouget Julia Staniszewska Helena Schmidt Nicolas Tourre Thu Van Tran Chen-Yu Wang Shay Zilberman Œuvre(s)— Wen-Chi Lin,
Le Suicide au féminin, mode d’emploi, 2002. Textes imprimés.
— Vincent Bullat,
Sans titre, 2003. Feutre, crayon, papier gratté. 30 x 30 cm.
— Daniel G. Cramer,
Sans titre (série des Forêts), 2002-2003. Photo sur aluminium. 98 x 98 cm.
— Philippe Laleu,
Private Location, 2002. Diptyque : photo sur toile. 87 x 60 cm, 87 x 33 cm.
— Maguelonne Pessaque,
Sans titre, 2003. Acrylique sur carton. Dimensions variables.
— Mathieu Rouget,
Pour maman, 2002. Dessin filmé.
— Laurent Mareschal,
Le Tapis, 2003. Épices et humus.
— Argentinelee,
Fragility, 2003. Techniques mixtes, 2000 assiettes et écran tactile.
— Isabelle Ferreira,
Chariot, 2003. Mulots en brique, planches de latté, roulettes.
— Isabelle Cornaro,
Parc de Versailles, le fleuve, 2002. Cheveux et papiers assemblés.
— Judit Kurtag,
Polyglotte grâce à Babel, 2003. Vidéo. 330.
— Judit Kurtag,
Les Veilleurs, 2002. Vidéo.
— Chen-Yu Wang,
Coloriage, 2003. Installation vidéo.
— Shay Zilberman,
Happy Ends, 2003. Installation lumineuse. 300 x 150 cm.
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