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ART | CRITIQUES
Sophie Calle, Hassan Khan...
Par le chas d’une aiguille
03 juil. - 13 sept. 2003
Paris. Galerie Chantal Crousel
Exposition collective sous la forme d’une suite de libres variations juxtaposées sans ambages. Thomas Hirschhorn, Fabrice Gygi, Moshe Ninio, Gabriel Orozco, Sophie Calle, etc.


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INFOS PRATIQUES

Absalon-<em>Monsieur-Leloup<-em>-1993-Vitrine-en-bois-blanc-n-eacute;on-2DVD-vid-eacute;o-de-4-minutes-en-boucle-180-x-180-x-120-cm-Photo-paris-artcom-Courtesy-Galerie-Chantal-Crousel

Moshe-Ninio-<em>Sleeping-figure-(preparatory-stage)<-em>-1978-2000-Photographie-noir-et-blanc-105-x-105-cm-Photo-paris-artcom-Courtesy-Galerie-Chantal-Crousel

  
Par Barbara Le Le Maître

Du chas et/ou de l’aiguille, certaines pièces présentées ici auront choisi de retenir la matière — clous, vis, etc., de Thomas Hirschhorn, gant métallique de Fabrice Gygi — ou bien la couleur — gris plombé de Moshe Ninio. Ailleurs, on aura tiré de cet élément liminaire un principe plastique: tracé souple comme un fil et composition ajourée des dessins de Gabriel Orozco; ou encore un protocole de erception, plus ou moins associé au voyeurisme ou à la surveillance et fondé, en l’occurrence, sur l’idée de voir au travers d’une ouverture hypothétique percée dans la paroi domestique: c’est l’espèce d’espionnage d’Absalon, qui emprunte à la fois au peep show et à tous les systèmes ordinaires de surveillance (même observation cellulaire de l’individu). Cela étant, il faut préciser qu’aucun thème ne saurait fédérer tout à fait cette exposition collective, qui consiste bien plutôt en une suite de libres variations, juxtaposées sans ambages.

Pour ce qui concerne les dispositifs de surveillance, justement, l’élaboration la plus forte est certainement celle de Sophie Calle. Cash Machine, l’agression de Pamela Magnuson le 26 août 1983 à 9 heures et 4 minutes et 20 secondes présente une série de quatre portraits photographiques, extraits de la bande enregistrée par une caméra située juste au-dessus d’un distributeur de billets. Quatre clichés correspondant à quatre opérations successives mais trois visages seulement, à l’expression plutôt indécidable, entre lesquels s’intercale une image sombre, un peu floue, abstraite, quasiment illisible. Quelque chose manque, ladite Pamela M. est littéralement éclipsée, en sorte que l’agression prend la forme d’un défaut de représentation, d’une rupture dans le défilé de visages.

Entre autres fictions, le XIXe siècle a nourri le fantasme de l’optogramme, a cru un temps en cette dernière image imprimée sur la rétine du corps mourant et susceptible d’être reproduite par la photographie. On s’imagina en conséquence qu’il était possible d’extraire, de l’œil de n’importe quelle victime, quelque chose comme un tableau du crime ou, mieux, un portrait du criminel en acte. Le fantasme de l’optogramme fut donc celui de l’enregistrement direct du crime par le corps sur lequel il est perpétré, celui de la production d’un document absolument authentique — absolument halluciné, hélas, répondirent plus tard certains hommes de science.

Environ un siècle plus tard, Sophie Calle réactualise cette fiction du crime pris sur le vif et trouve, dans le dispositif de surveillance, matière à la déplacer et à la relancer. L’hypothèse du document authentique est réitérée sauf que, pour lors, ce n’est plus dans l’œil de la victime que s’imprime la scène du crime, mais dans celui, détaché, de la caméra qui l’épie sans relâche... «Optogramme» désormais purement machinique : au corps conçu comme système d’enregistrement objectif, l’artiste substitue l’anthropomorphisme de la caméra.
L’essentiel reste que, dans les deux cas, il n’y a strictement rien à reconnaître: face à l’optogramme du docteur Vernois comme face aux photographies horodatées de Cash Machine, le spectateur est sommé d’imaginer l’attentat à partir de formes incertaines et de traînées blanchâtres. Irréductible écart entre l’empreinte et l’image.

Œuvre(s)

Absalon:
Monsieur Leloup, 1993. Vitrine en bois blanc, néon, 2DVD, vidéo de 4 minutes en boucle. 180 x 180 x 120 cm.

Sophie Calle:
Cash Machine, l’agression de Pamela Magnuson le 26 août 1983 à 9 heures et 4 minutes et 20 secondes, 1991. Quatre photos noir et blanc. 91 x 69 cm chacune.

Alberto Garcia-Alix:
Mi alma de cazador en juego, 2003. Vidéo sonore, 9 minutes.

Fabrice Gygi:
A gentleman’s agreement, 2002.DVD.

Mona Hatoum:
Every door a wall, 2003. Tissu tergal avec image sérigraphiée. 400 x 150 cm.

Thomas Hirschhorn:
Nail-sculpture (red), 2003. Bois, métal, vis, clous, plastique, adhésifs, imprimés, auto-collants. 2,39 x 0,72 x 0,68 m.

Hassan Khan:
Sometime/somewhere else, 2001. Vidéo en couleur et son. 1 minute 45.

Moshe Ninio:
Sleeping figure (preparatory stage), 1978-2000. Photographie noir et blanc. 105 x 105 cm.

Melik Ohanian:
Selected recording # 666. Lambda print. 200 x 124 cm.

Gabriel Orozco:
sans titre, 2003. Trois dessins, mine de plomb

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