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ART | CRITIQUES
Mac Adams, Alban Hajdinaj...
Outside The Living Room
29 avr. - 31 mai 2006
Paris. Galerie gb agency
Quelle place est réservée à l’intime? Comment déjouer ou mettre à jour ces liens invisibles qui rapprochent la sphère publique du privé, ou les dissocient radicalement? La gb agency se confronte à ces interrogations contemporaines en déployant, dans un double espace-temps, l’exposition «Outside The Living Room».


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Par Audrey Norcia

Contempler une œuvre d’art, éprouver des sensations allant du plaisir au dégoût en passant par l’incompréhension c’est, en tant que regardeur, accomplir consciemment ou non le passage du public à l’intime (c’est-à-dire de l’œuvre donnée à voir à tous à une impression et une analyse personnelles) mais c’est aussi, et inversement, assimiler une part d’intime (cele de l’artiste) pour la digérer et la rejeter, l’extraire hors de soi. Comme une sorte de processus organique et naturel -applicable à tous les termes satellites de la «société»-, nous agissons et réagissons constamment sous les effets de ces va-et-vient qui nous situent comme être social.
«Outside The Living Room», à la gb agency, illustre sensiblement cette posture ambivalente, entre domaine public et domaine privé, caractéristique de l’espace d’une galerie. Car s’il s’agit bel et bien d’un lieu clos et privé, la galerie n’en est pas moins ouverte sur un public et sur un (des) extérieur(s) véhiculé(s) par le regard de ses artistes. C’est dans cette oscillation, et à partir d’elle, que s’équilibrent et se font écho les deux environnements de l’exposition de la gb agency: la morphologie de l’espace mime avec clarté ce glissement progressif (parfois imperceptible) de la sphère publique à la sphère privée, en nous conduisant d’une pièce spacieuse -propice à la réunion de personnes, et donc ici de productions artistiques (celles de Johanna Billing, Alban Hajdinaj, Pia Rönicke et Wael Shawky), à une autre plus intimiste -aménagée comme un espace domestique et cosy (avec les œuvres de Mac Adams, Robert Breer, Elina Brotherus, Alban Hajdinaj, Roman Ondak et Dominique Petitgand). La première salle plus neutre, au sens où elle accueille bon nombre de voix et de regards nuancés, finit par les fondre dans une atmosphère opaque et lisse; la seconde, puisqu’elle nous invite à partager un «chez soi» dévoile des détails décoratifs, des couleurs et des formes, des bruits et des anecdotes…Pourtant un dialogue s’établit entre elles; leur complémentarité tient dans l’impossibilité à demeurer fixes et indifférentes l’une à l’autre.

Le vaste espace de projection entraîne le visiteur accompagné d’artistes de différentes origines , à repenser ces notions d’intime et de public: à travers la richesse et la polyphonie de ces regards qui tous interrogent la société, le spectateur perçoit la perméabilité des deux sphères.

Ainsi dans Magic and Loss (2005 ; film 16 mm transféré sur dvd ; 16min52), on assiste vraisemblablement à une scène simple qui se déroule lentement: des hommes et des femmes, d’une trentaine d’années, semblent s’être fixé rendez-vous dans l’appartement vide d’un ami (ou d’un proche) afin d’en vider les effets. Banal déménagement? Ou douloureuse mise en cartons des affaires de l’ami disparu? En tout cas, quelque chose nous interpelle: liées par leurs gestes, répétitifs et monotones, comme répondant à un cérémonial strict, ces personnes sont réunies dans un même espace, pourtant aucune communication réelle n’existe entre elles.
Elles sont là ensemble, en étant ailleurs. Hommes, femmes vaquent à leurs occupations, remplissent leur devoir (d’ami ou autre) dans un lieu marqué d’une histoire personnelle mais où rien ne se produit. L’espace est devenu vide, habité d’allées et venues, de meubles démontés, d’objets empaquetés, déplacés…avec pour seule animation des bruits de scotch et de pas. Quelle différence alors entre l’intimité de ce lieu désormais inhabité et la rue? Des ballons accrochés aux fenêtres du premier étage, une bande de petits garçons sortant de cette fête d’anniversaire nous rappellent le sens du lien et de l’amitié.
A l’appartement la tâche est accomplie, tout le monde repart. L’artiste suédoise nous fait partager avec subtilité ses inquiétudes existentielles, sa peur de perdre l’être cher, en l’oubliant, en oubliant de le regarder, de le considérer alors qu’il vit, à ses côtés. Johanna Billing met en garde contre l’isolement, contre l’effrayante capacité des hommes à vivre côté à côte mais jamais ensemble.

Avec Wash and Go (2001 ; vidéo couleur, son ; 2min40), Alban Hajdinaj nous emmène à Tirana, sa ville natale. La vidéo fonctionne comme un slide show en boucle et se décline en deux temps, permettant le passage du privé au public, pressenti par l’intrusion de slogans publicitaires. Nous découvrons d’abord un appartement en désordre: des photographies montées en images courantes de la vie quotidienne se mêlent les unes aux autres (entrée encombrée, canapé-lit défait, vêtements éparpillés, cuvette de

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