Par Nathalie Delbard
Annoncée lors de la précédente intervention de James Thornhill à la galerie Jennifer Flay, lexposition « Nursery World » regroupe comme prévu diverses œuvres choisies par lartiste, qui se mêlent habilement à certaines de ses propres pièces restées sur place. Cette fois encore, James Thornhill semble vouloir imprimer la sensation dun
en cours, marquant simultanément la continuité et la mobilité dun événement à un autre, dune œuvre
à une autre, dun artiste à lautre.
Reprenant dès lentrée son principe daccrochage frontal, lartiste choisit daccueillir à nouveau le spectateur par une enseigne lumineuse, les signes du logo JFLAY* étant remplacés en toute logique par ceux de
Nursery World, titre officiel de l?exposition.
De même, on peut également reconnaître, desservant la seconde salle, la palissade déjà présentée le mois dernier, à ceci près quelle est repeinte en blanc, pour offrir une nouvelle appréhension de lespace, plus lumineux et sans doute moins inquiétant.
Enfin, toujours installées au sol, les lettres du projet
Please God Make Tomorrow Better paraissent elles aussi avoir subi de légères modifications: partiellement déplacées dans un coin, aucune ne sallume désormais, la phrase devenant parfaitement illisible.
En somme, cest au sein dœuvres déjà familières, imperceptiblement modifiées ou permutées, que sintègrent et se greffent les productions inédites de tous les artistes conviés, prenant en quelque sorte le train en marche.
Du coup, cest la sensation dune configuration expérimentale, ouvrant aux combinaisons et aux rencontres plus ou moins heureuses, qui se dégage rapidement de lensemble. Suivant diverses tonalités, sculptures, peintures, vidéos ou photos se côtoient, et cest avec une certaine souplesse, mais aussi une grande cohérence, que chaque pièce trouve sa place, générant progressivement, par échos interposés, toute la densité de lexposition. Oscillant notamment entre une sorte de douceur amère et une violence plus mordante, «Nursery World» décline donc les propositions.
Dans la pièce annexe, desservie par la palissade fraîchement repeinte, deux photographies noir et blanc, lune montrant quatre jeunes et beaux cow-boys endormis dans le foin, lautre un enfant songeur devant son violon, se répondent dun mur à lautre en laissant un goût à la fois suave et nostalgique (Olive Martin), tandis que deux petites peintures haut perchées — deux crânes sur fonds blanc et rouge — complètent laccrochage de leur présence macabre (Richard Wright). Au sol, une vidéo, quon ne découvre quune fois descendu, boucle linstallation en nous proposant la ballade nocturne dun drôle de personnage pneumatique noir (Michelle Naismith).
Dans la salle principale, outre une carte du monde imprimée à lenvers (Douglas Gibb) et un juke-box en carton décoré d?ampoules et d?une tête de bélier (Mick Peter), cest une vidéo (des plus douloureuses à regarder) qui retient l?attention, lartiste David Sherry se cousant des semelles de bois directement sous la plante des pieds, et faisant part de ses sensations au fur et à mesure de sa performance sanglante, inspirée de rituels ancestraux.
Enfin, symptôme presque caricatural mais pourtant émouvant, un rosier de bronze aux pétales rouges, posé sur son socle et protégé d?une vitre (Graham Fagan), conclut le parcours :
Where the Heart Is — cest son titre — en dit finalement long sur l?objet de cette exposition, qui place le monde de l?enfance du côté du cœur, mais un cœur plutôt lourd et piquant.
Au bout du compte, même si James Thornhill a décroché les palissades qui obstruaient lentrée de la galerie pour laisser lartiste Michelle Naismith coller sa multitude létoiles argentées sur la porte, cest une exposition quelque peu grinçante qui se dévoile petit à petit derrière la légèreté des paillettes.
Œuvre(s)Michel Jacquet et James Thornhill
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Nurseryworld, 2003. Affiche d?exposition.
Michelle Naismith
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V. G. (very good), 2000. Étoiles argentées autocollantes. Dimensions variables.
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Palais de Justice (I Choose Also Black), 2002. DVD, coussins noirs en vinyl.
Mick Peter
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You Bear the Stigma on Your Mug, 2001. Bois, enduit, argile, peinture et ampoules.
David Sherry
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Stitches, 2001. Vidéo couleur, son, 11.
Daniel Dewar, Claude, Patrice Gaillard
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Sans titre, 2003. Chaussures de sport monochromes.
Graham Fagan
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Where the heart is, 2002. Moulage en bronze rose, plexiglas et socle.
Douglas Gibb
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Tragedy, 2000. Poster laser ink-jet.
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Portrait in a darkened room (David Sherry), 2003.
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P.I.A.D.R (Lucy McKenzie), 2003.
Olive Martin
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Planche 9BM, 2003.
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Planche 1, 2003.
Hayley Tompkins
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Untitled magazine page, 2000.
Richard Wright
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Sans titre, 1994.
Douglas Park avec Nico Dockx et Kris Delacourt
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Swan Macinary/Nursery World, 2003. Texte, CD-Rom audio.
Mark Aerial Waller
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Paris, Franprix. DV CAM couleurs, son, 12.
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