Par Philippe Coubetergues
Tout l’intérêt de ce projet repose sur le fait que la rue n’est pas vue comme un lieu d’exposition mais comme un lieu d’intervention. Intervenir consiste, ici, à prendre part à la vie de la rue dans l’intention d’influer sur son inéluctable déroulement. Il s’agissait pour les artistes de répondre à cette invitation en concevant pour cet espace spécifique une œuvre répondant à cette exigence. L’idée serait moins de s’y montrer (y exposer son œuvre) que d’en mont
er quelque chose (de la rue) par le simple fait d’une inscription adéquate. Ils ont pour la plupart satisfait cette attente en produisant des œuvres originales qui méritent qu’on aille y jeter un œil.
Et tant qu’à faire, il faudrait y jeter le plus exercé des deux; car ces interventions dans leur ensemble peuvent passer parfaitement inaperçues. Judicieusement les organisateurs du parcours ont déposé à portée d’œuvre une marque jaune et noire facilement reconnaissable qui, tout en faisant incomplètement office de cartel, signale au badaud que quelque chose est à voir dans une immédiate proximité ou presque.
Les œuvres qui retiennent alors l’attention ne sont pas celles qui se font le plus remarquer. Citons par exemple les
Impostures gourmandes de Gilles Pennaneac’h, qui consistent en un ensemble de petites déviations pâtissières sous couvert de calembours (telles les
Meuh-ringues qui sont paraît-il un succès) réalisées en collaboration avec le boulanger Charlot au numéro 20 de la rue.
Citons les «bouches de lavages» de Carmela Uranga qu’elle intitule
Contre-courant: l’artiste, après avoir rencontré les balayeurs de la rue s’est proposée de fabriquer à son tour ces «poupées», pièces d’étoffe épaisse et roulée permettant de canaliser l’eau des caniveaux dans une direction souhaitée.
Citons le travail de Renaud Auguste-Dormeuil qui réalise, pour le 72 bis de la rue, un
Projet de panopticon pour satellite qui pourrait tout aussi bien (si l’on n’y prenait garde) passer pour un ingénieux système d’éclairage naturel de boutique située en rez-de-chaussée.
On remarquera dans la vitrine d’un prothésiste dentaire au numéro 50 de la rue, la série de molaires démesurées du Dr François Courbe intitulée
J’attends la petite souris qui ne doit pas être confondue avec un ensemble d’inquiétants prototypes de démonstrations.
Enfin, aux multiples compositions diversement arrangées des mêmes affichettes que l’on retrouve d’une vitrine à l’autre, signalant ça et là le paiement possible par carte bleue ou l’acceptation des chèques restaurant, François Paire a choisi d’ajouter le plus souvent possible son autocollant
Idol.
A l’origine: la photographie d’un trognon de pomme sculpté par les dents de l’artiste sauf à l’endroit du sticker. La photo est elle-même transformée en sticker de vitrine, lequel fonctionne alors comme le symbole déposé d’une revendication dérisoire; celle d’une pratique poétique et plastique qui, au même titre que d’autres plus prosaïques ne se privant pas de dévorer amplement notre espace quotidien, fait subrepticement valoir son droit d’exister au même rang. Et ce n’est que justice.
Lieu > Rue Jean-Pierre Timbaud Kilomètre 0
«L’Autre café»
62, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris
T. 01 42 77 38 15
T. 06 63 59 27 71
Œuvre(s)
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