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ART | CRITIQUES
Agnès Thurnauer
Les circonstances ne sont pas atténuantes
10 janv. - 09 mars 2003
Paris. Palais de Tokyo
Une exposition basée sur la figure de l’échange : entre les tableaux, entre peintures et documents, entre les formes picturales et l’écriture, entre l’artiste et le spectateur.


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Agn-egrave;s-Thurnauer-<em>Occupation-sous-occupation<-em>-2002-Acrylique-gommettes-colle-et-punaises-sur-toile-maroufl-eacute;e-116-x-150-cm-©-Philippe-Chancel-Courtesy-Palais-de-Tokyo

Vue-de-l-rsquo;atelier-d-rsquo;Agn-egrave;s-Thurnauer-©-Philippe-Chancel-Courtesy-Palais-de-Tokyo

Agn-egrave;s-Thurnauer-<em>Il-y-a-une-rivi-egrave;re-dans-la-peinture-qui-coule-infiniment-vers-nous<-em>-2001-Acrylique-marker-ruban-adh-eacute;sif-et-papier-coll-eacute;-sur-toile-maroufl-eacute;e-188-x-280-cm-©-Philippe-Chancel-Courtesy-Palais-de-Tokyo

Agn-egrave;s-Thurnauer-<em>-Agrave;-l-rsquo;-eacute;coute<-em>-2002-Acrylique-marker-ruban-adh-eacute;sif-et-papier-coll-eacute;-sur-toile-maroufl-eacute;e-182-x-235-cm-©-Philippe-Chancel-Courtesy-Palais-de-Tokyo

Agn-egrave;s-Thurnauer-<em>P-eacute;riph-eacute;rie<-em>-2002-Acrylique-et-papier-coll-eacute;-sur-toile-maroufl-eacute;e-138-x-228-cm-©-Philippe-Chancel-Courtesy-Palais-de-Tokyo

  
Par Clément Dirié

Mine de rien, le Palais de Tokyo prend peut-être de nouvelles directions. Avec Agnès Thurnauer, c’est la peinture, traditionnellement à la marge des propositions du lieu, qui occupe tout le premier étage.

Plus qu’une simple galerie de peintures, l’exposition est entièrement basée sur la figure de l’échange : échanges entre les tableaux accrochés aux murs et ceux posés horizontalementà hauteur de buste; échanges entre la peinture et les documents installés sur le rebord d’escalier; échanges entre les formes picturales et l’écriture; échanges, bien sûr, entre l’artiste et le spectateur.

Mais il ne s’agit pas ici d’intéractivité. Le spectateur ne construit rien, à part sa propre réflexion. En revanche, Agnès Thurnauer montre et démontre sa propre construction, le comment de sa création. Et ceci, grâce à ce cabinet de curiosités — reflet de l’atelier de l’artiste — qu’elle place en regard, au regard des œuvres.
Cet étalage d’intimité artistique dit beaucoup sur les chemins de la création, sur la façon dont l’artiste se nourrit et s’inspire — les passages « importants » d’extraits théoriques sont didactiquement soulignés par l’artiste elle-même —, sur le work in progress permanent.

Les reproductions de peintres flamands ainsi que les textes de Deleuze ou de Lyotard sont des clés pour comprendre un fonctionnement, un intérêt particulier pour le monde et sa sensation. Un article du Monde, « Sida : le pire reste à venir » (22 août 2002), est ainsi à mettre en relation avec la toile Le Nombre de morts du sida. Du rapprochement naît aussi l’évidence du travail artistique, presque poétique, de l’artiste, du processus de transfiguration formelle et sensuelle.

Un tableau s’intitule justement The Message is the Medium : ce qui véhicule et ce qui est véhiculé. Le thème de l’échange se retrouve même dans le sujet des tableaux.
Pour Don’t Stop Thinking Baby. Don’t Stop, Agnès Thurnauer a demandé la participation de l’équipe du Palais de Tokyo. À eux la part d’écriture, à elle le dessin d’ensemble.
On retrouve ici la convergence indubitable entre l’œuvre et l’écriture — à la fois forme et signe. Agnès Thurnauer a recours à toutes sortes de langages et de matériaux : les gommettes, les punaises, l’alphabet, les lignes, les couleurs qu’elle mélangent avec bonheur, sans impression de saturation. Elle aime en effet le blanc, et celui-ci le lui rend bien.

Cet échange se fait-il par perméabilité ou permutabilité ? La question se pose pour cet échange comme pour tous les autres. À l’image de ce jeu de mots relevé par l’artiste : « Est-ce qu’on peut avoir une place sans avoir de statue ? Est-ce qu’on peut avoir une place sans avoir de statut ? »

Mine de rien, encore une fois, Agnès Thurnauer interroge avec pertinence le travail du peintre aujourd’hui. Sa façon d’envisager le cadre, défini a posteriori, après l’achèvement d’une quantité d’œuvres, témoigne à cet égard d’un esprit d’ouverture et d’échange.

L’œuvre d’Agnès Thurnauer est ironique. Ironie présente dans le titre même de l’exposition — « Les circonstances ne sont pas atténuantes » — et de la vidéo éponyme où l’artiste, dans un terrain en construction, se tient debout face à une pelleteuse en action; ironie dans un possible rapprochement thématique avec la présentation actuelle de Paul Virilio à la Fondation Cartier — « Ce qui arrive »; ironie surtout, au sens interrogatif du terme, dans toutes les toiles aériennes qui disent la synthèse à laquelle tout artiste tend entre formation et création.

Œuvre(s)
Agnès Thurnauer
Porto Alegre, 2002. Acrylique, marker, ruban adhésif et papier collé sur toile marouflée. 198 x 240 cm.
Il y a une rivière dans la peinture qui coule infiniment vers nous, 2001. Acrylique, marker, ruban adhésif et papier collé sur toile marouflée. 188 x 280 cm.
Parcourabilité, 2002. Acrylique, marker, ruban adhésif et encre sur toile marouflée. 77 x 92 cm.
Le Nombre de morts du Sida, 2002. Acrylique et gommettes sur toile marouflée. 100 x 150 cm.
Rêve (pour D.A.), 2001. Acrylique, marker, ruban adhésif et papier collé sur toile marouflée. 188 x 280 cm.
Seules les conversations restent, 2001. Acrylique, marker, ruban adhésif et papier collé sur toile marouflée. 188 x 280 cm.
Occupation sous occupation, 2002. Acrylique, gommettes, colle et punaises sur

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