ART | CRITIQUES
Djamel TatahDjamel Tatah 20 avr. - 15 juin 2002
Paris. Galerie Durand-Dessert (ex)
Entre positifs et négatifs, les tableaux jumeaux de Djamel Tatah jouent avec l’espace de la toile, mais ils cherchent surtout à flirter avec la bordure du cadre. Déplacé, repoussé, l’espace devient hors limite, inframince.
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Par Pierre-Évariste Douaire Un jeu subtil organise lespace des toiles de Djamel Tatah. Ses compositions sont les déclinaisons dun thème, dun sujet. Sa peinture est un jeu de piste, un jeu de signes. A laide dun vocabulaire et dune grammaire formels réduits, il parvient à travailler encore et encore son ouvrage. Il multiplie les vis-à-vis et les effets miroir. Les diptyques lui servent de chambre de résonance pour nous présenter un personnage qui est s n propre écho, son propre reflet. Les personnages se font face comme à travers un miroir. Ces tableaux jumeaux, ces tableaux entre positifs et négatifs prennent plaisir à jouer avec lespace de la toile, mais ils cherchent surtout à flirter avec la bordure du cadre. Lespace est ici déplacé, il est repoussé, il devient hors limite, inframince. Si les tableaux sont une déclinaison, voire une gémellité, ils ont toujours comme enjeu la place du personnage. Quil soit placé au centre, allongé au sol, ou entassé en cercle (voir le triptyque bleu), le sujet a tendance à sortir du châssis. Sans parler de malaise, le personnage, même s’il est placé et cadré, semble hors cadre, hors champ, hors de lui. Dans la neutralité du monochrome qui lhabille, il y a toujours un vague à lâme qui pointe, une indécision, une indétermination. Malgré sa présence, malgré la place centrale et unique quil occupe, le sujet semble plus esquissé que peint. De légers rehauts orangés viennent lécher ses membres. Dune masse indistincte, ramassée, seul le tracé orangé vient dessiner les bras et les jambes. Tel un mannequin de cire, il est placé en exergue, à la marge de la toile. La déclinaison, et lindétermination des personnages produisent calme et sérénité. Léconomie des moyens picturaux, labsence de virtuosité, produit des tableaux précieux et rares. Débarrassé de tout artifice la contemplation nécessite une attention soutenue, presque un recueillement. Immédiatement visualisable les compositions ne se laissent pourtant pas appréhender avec la même rapidité. Entre répétition et déclinaison le spectateur peut se laisser abuser. Il faut alors revenir sur ses pas pour juger chaque travail. La simplicité du tracé, comme lemploi du monochrome, font émerger une peinture sans fioriture, une peinture allégée de toute anecdote mais qui ne renonce pas à la profondeur. A travers la planéité des grands formats (en général autour de deux, trois mètres carré), par lemploi dune palette limitée (les fonds sont orange, rouge, bleu ou vert), par la présence dun même personnage (qui peut-être féminin ou masculin suivant ses cheveux longs ou courts), une atmosphère neutre, indifférente se dégage de lensemble. Djamel Tatah expose depuis dix ans, il y a chez lui la volonté dun travail très personnel et intemporel, autant quil y a un air du temps qui se dégage. En peinture on pense à Hockney avec cette recherche épurée et géométrique. Mais sest surtout la littérature qui offre la liaison la plus contemporaine. Que ce soit Ellis ou Houëllebec en France, une écriture clinique parcourt autant cette littérature de lindifférence que cette peinture du tracé qui divulgue autant quelle dissimule. Tout donner mais tout mesurer. Il se dégage alors un manque, un inachèvement. Il est difficile dappréhender ces personnages. Un sentiment dincomplétude apparaît non dans lexécution mais dans la réception et la compréhension. Les corps se confondent autant dans la pose que dans le châssis. Le dessin se transforme en peinture, le personnage se résume à une tonalité. Face à ces mannequins, à ces clones, la précision se conjugue avec lélégance et le suggéré. Œuvre(s)19 tableaux sans titre, de 1999 à 2001. Huile et cire sur toile. Dimensions variables.
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