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ART | CRITIQUES
Alain Bernardini, Akira Onozuka...
Cuisine & dépendances
16 nov. - 28 déc. 2002
Paris. Galerie Aline Vidal
Des travaux d’artistes à la recherche d’autres manières d’habiter, de se nourrir, de se vêtir : une invitation à une autre manière d’être au monde, poétique et politique.


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Par Anna Guilló

C’est en Amphitryon distingué qu’Aline Vidal invite, pour sa nouvelle exposition, à une bien intéressante popote. En effet, derrière le titre peu original de «Cuisine & dépendances», se cache la présentation d’une série de pratiques plastiques qui, en flirtant de plus ou moins loin avec les arts dits « appliqués » en abolissent les définitions trop précises.

Côté cuisine, Édouard Malbois et Philippe Beaumont-Pagani nous livrent Enivrance, autoproclamé « premier bureau des styles alimentaires mondial fondé en avril 2002 ». Une série d’images de produits alimentaires presque féeriques, et destinés à être proposés aux professionnels de l’agroalimentaire, sont imprimées sur papier-calque délicatement épinglé sur carton plume. Ces formats carrés sont extraits de Vibrations urbaines, première collection en imaginaire alimentaire, à la plastique impeccable servie par une présentation de bon élève.

Idem (côté présentation) pour les plans et maquette d’Édouard François, versant «green-architecture» de l’exposition qui ouvre le chemin avec deux grands pots de fleurs posés à l’extérieur de la galerie ; pots dont on comprend, après dégustation des plans et de la maquette de l’immeuble « Flower Tower » (actuellement en construction à Paris) qu’ils en forment non seulement l’identité mais la structure elle-même. L’ensemble de l’édifice sera en effet dissimulé derrière quatre cents pots en silice dans lesquels seront plantés des bambous blancs.

À cette maquette est confronté un véritable compresseur de chantier qu’Alain Bernardini installe devant quatre silhouettes d’homme dessinées au feutre à-même le mur. Cette station prolongée de stéréotype masculin en uniforme attend, se pose et s’installe comme une frise, devant la machine au repos.
Côté dépendances et mobilier, on remarquera l’intervention in situ de Florence Doléac qui, avec ses deux Passages peints en bleu, perce trois portes en une au sous-sol de la galerie ; libre au spectateur de s’amuser à les ouvrir tour à tour, de la plus petite à la plus grande, selon envie. Libre à lui, également, de regarder le dessin animé qui se trame sous la gaze de la cloche installée par la même artiste au premier étage de la galerie.

Mais l’ensemble est habillé : habillé par la musique de Xavier Boussiron qui a proposé un concert le jour du vernissage (16 novembre), mais aussi habillé par la forte présence de vêtements.
Une longue traîne réalisée par Florence Doléac embrasse telle une cape de mariée Viking la chaise du guitariste ; la ligne de vêtements de travail commandés par la grande marque japonaise « Haku » à Akira Onozuka se présente sobrement sur mannequin en plastique ; enfin, les curieux vêtements protéiformes des sœurs Martin s’accrochent en frise sur le mur.

Et c’est bien de l’intervention [à la mode] desdites sœurs Martin qu’est venue la vraie grande surprise de cette exposition. Trois jeunes femmes portant des bonnets ont ouvert la performance, déambulant tranquillement dans la galerie, s’emparant des vêtements pendus au mur et les enfilant de toutes les manières possibles. Pendant que Marie-France habillait les modèles, opérant des variations de style dans la façon de leur faire porter les vêtements, Patricia, sur fond d’accord de guitare, disait un texte remarquable de finesse et de poésie dans lequel des termes « à la mode » sont examinés à l’aune de leur double-signification, qu’elle soit issue du vocabulaire médiatique ou du vocabulaire technique de la couture :

Prenez garde, garde à vous, gare à la mode !
Une mode destinée à des femmes, à des hommes, à des homme-femmes qui n’ont plus rien à prouver; des êtres libres, ouverts, détachés …
Les héroïnes sont de retour : Barbarella, Twiggy, Ken… Des silhouettes fortes et fragiles; des jambes fines, des seins opulents dissimulés par un blouson de para, un gilet pare-balles, une combinaison kaki… — car la couleur kaki est « l’incontournable », comme le fût jadis le noir — […].


Les mots, la musique et la promenade ont sillonné ce moment comme la navette du métier à tisser lace et entrelace son fil en d’innombrables allers-retours.

Cuisine & dépendances montre des travaux d’artistes variés qui partagent pourtant des aspirations similaires en réfléchissant, notamment, à d’autres manières d’habiter les lieux (écologie, respect de l’homme et de la nature), de se nourrir (l’aliment qui ouvre à la réflexion), de se vêtir (l’habit qui couvre non seulement le corps humain mais aussi le corps

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