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ART | CRITIQUES
Takashi Murakami
Kawaii/ Vacances d’été
27 juin - 27 oct. 2002
Paris. Fondation Cartier
Takashi Murakami, maître d’œuvre d’un One man Show et d’une présentation de l’avant-scène artistique japonaise. Des personnages de dessins-animés, des poupées et des petites figurines pour enfants: une tentative pour concilier culture de masse et grand art.


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Par Pierre-Évariste Douaire

La fondation Cartier a donné carte blanche à Takashi Murakami pour réaliser deux expositions. La première est un One man Show, la deuxième, se tenant au sous-sol et intitulée Coloriage, présente une avant-scène artistique japonaise.

L’univers de Murakami se trouve cristalisé dans ces deux plateaux. La pléthore d’artistes qu’il a retenus permet de comprendre son oeuvre et de lrsquo;installer dans une histoire et une géographie typiquement japonaises. Coloriage accueille un grand nombre de personnages issus des dessins-animés, des poupées et petites figurines pour enfants. Cette double exposition tente le pari de considérer la culture de masse comme étant aussi prestigieuse que le grand art.

L’ensemble est très séduisant. Les grandes fleurs de Murakami en acrylique, comme les sculptures-champignons géantes, ou comme les toiles tapissées d’yeux sont un paradis pour les enfants. Le supermarché du bas représente le rêve de n’importe quel gamin. Il est rempli de jouets passés ou présents. Lors de la visite, ce sont les tout petits qui sont les plus contents et les plus émerveillés. Comme dans un parc d’attraction, leurs héros sont réunis. Les couleurs, les dimensions, le nombre d’objets présentés favorisent le succès d’une telle démonstration.

Le propos de Murakami est d’ancrer ses propres personnages, ses propres créations, au regard de l’univers manga. Il présente à la fois ses maîtres et ses disciples. Il rend hommage autant qu’il se présente comme chef de file d’une nouvelle génération de dessinateurs et de peintres. Le but est de promouvoir cette culture destinée aux enfants, de la légétimer et de lui donner ses lettres de noblesse. Ce passage de la culture populaire à la grande culture, ce passage entre le low et le high est ce qui pose probème face à toutes ces productions. La seconde question concerne toutes ces oeuvres qui sont prises entre l’amusement et les médias de masse.

Les oeuvres d’art ont toujours permis de prendre du recul par rapport au sujet qu’elles traitaient. Ici, malgré tout le bien que l’on pense des oeuvres, il arrive un moment où l’on s’interroge. Quelle différence existe-t-il entre les vignettes représentant les héros de dessins animés et une toile géante représentant ce même personnage ? Le Pop Art posait déjà ce dilemme. Il y répondait en mettant l’accent sur le recyclage. Le processus central était celui de la réactivation. Les planches de BD étaient agrandies, redécoupées, elles changeaient de statut.
A l’inverse, les oeuvres présentées ici changent uniquement de lieu, elles sont juste déplacées. Le geste n’est pas anodin, mais il n’est pas suffisant pour avoir du sens. Mais surtout, les promoteurs de ce geste sont également les créateurs de ces figurines commerciales. On assiste plus au culte d’une imagerie populaire, auquel il est difficile de résister tant elle prend une forme séduisante, qu’à un vrai engagement artistique.

Sans trancher, sans juger, cette double interrogation ne se limite pas aux artistes japonais présentés ici, mais concerne une grande partie de la scène artistique contemporaine. L’atelier de Murakami ressemble à l’entreprise artistique qu’a constituée Jef Koons. Aidé d’une pléiade d’assistants il manufacture des objets artistiques. Que penser de ces oeuvres ? Que penser de ces types de pratiques, de ces stratégies commerciales ?

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