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ART | CRITIQUES
Simon Callery
Simon Callery. Paintings
14 sept. - 02 nov. 2002
Paris. Galerie Philippe Casini
Parce que «regarder la peinture est une expérience très différente de celle de nos autres moyens de communication», Simon Callery tente de cerner, entre l’œil et le corps, ce qui en constitue la spécificité.


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Par Barbara Le Maître

Description simple: ce sont des tableaux, pour l’essentiel, huile, détrempe, pastel ou gouache, sur toile ou sur papier. Souvent, le support est monté sur une épaisse structure de bois peint. Le format des tableaux est variable, il participe à l’occasion d’une géométrie irrégulière — rectangle tronqué, rectangle à l’allure de carré imparfait, etc. Superposition de couches minces, la surface picturale n’est jamais lisse, semble striée à l6;instar d’une plaque gravée. Pas de représentation.

D’un point de vue chromatique, des compositions où règne un blanc poreux alternent avec d’autres fondées sur un gris charbonneux plus opaque. Sous le blanc impur de Caesura (2001) ou de Model (2001-2002), transparaissent des zones bleu-cobalt, de fins traits verts. Sur l’anthracite de Forma Fluens (2002), des traînées ocre ou marron clair semblent balayer la surface, comme si quelque chose avait été effacé ou gommé avec l’avant-bras ; juste à côté de ces traces, des empreintes digitales sont apposées, de couleur mauve.
Quelle qu’en soit la dominante chromatique, chacune de ces compositions travaille sur le relief de la matière picturale. Ici, un lacis de lignes courbes, saillantes, grouillantes, génère une sensation de mouvement. Ailleurs, une substance poussiéreuse accumulée suscite une sensation de durée. Peinture en braille?

Pas de représentation. Cela pose un vrai problème: comment écrire sur (ou à propos) de telles œuvres? Face au Carré blanc sur fond blanc, face à tel ou tel monochrome et, pour tout dire, face à n’importe quelle œuvre dont la plasticité ne repose sur aucune entreprise de figuration, nous sommes parfaitement démunis.
«Je me plais à penser que mes tableaux sont très maigres», déclare Simon Callery, un brin provoquant. Ne pas s’imaginer qu’il y aurait quelque chose à deviner au-delà de ce qui se présente. Ne pas affabuler. Que faire, alors, passée la description? Semblables peintures n’offrent aucune prise à l’interprétation et, pour lors, le travail des formes n’a pas à être déchiffré mais surtout éprouvé. Comment rendre compte de cette expérience-là?

L’invention de l’image, écrit Georges Didi-Huberman, correspond «à l’acte de construire, de fixer mentalement un objet-question». Aussi maigres soient-elles, ces peintures n’en constituent pas moins de telles questions mises en œuvre. On en formulera deux, à titre de proposition.

Simon Callery: «Je pense que regarder la peinture est une expérience très différente de celle de nos autres moyens de communication, et je réfléchis beaucoup sur ce qui constitue la spécificité de cette expérience [...] Mes peintures veulent donner tout loisir au spectateur de prendre conscience de ce qu’il éprouve en regardant le tableau, et de l’équation qui existe entre l’œil et le corps».
En insistant sur la dimension corporelle du regard, le peintre désigne l’horizon phénoménologique de son expérience picturale. On peint, on voit avec son corps?
Maurice Merleau-Ponty ne disait pas autrement: «Le peintre apporte son corps [...] Et, en effet on ne voit pas comment un Esprit pourrait peindre. C’est en prêtant son corps au monde que le peintre change le monde en peinture. Pour comprendre ces transsubstantiations, il faut retrouver le corps opérant et actuel, celui qui n’est pas un morceau d’espace, un faisceau de fonctions, qui est un entrelacs de vision et de mouvement [...] Tous les problèmes de la peinture sont là. Ils illustrent l’énigme du corps et elle les justifie [...] Qualité, lumière, couleur, profondeur, qui sont là-bas devant nous, n’y sont que parce qu’elles éveillent un écho dans notre corps, parce qu’ils leur fait accueil».

Une autre question suscitée par chacun de ces tableaux concerne la notion d’image: peut-on encore parler d’image en l’absence de représentation? Que faut-il pour qu’il y ait image? «Le mot d’image est mal famé — c’est encore Merleau-Ponty qui le dit — parce qu’on a cru étourdiment qu’un dessin était un décalque, une copie, une seconde chose...»
Qu’est-ce qu’une image? On ne saurait répondre, disons simplement que, dans cette exposition sans décalque, ni chose seconde, quelque chose de l’image perdure.

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