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ART | CRITIQUES

Première vue.
11 sept. - 18 sept. 2003
Paris. Passage de Retz
Vingt-six jeunes artistes, tous étudiants à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, exposent pour la première fois dans l’écrin du Passage de Retz. Ils disposent d’une semaine pour se faire remarquer, étonner ou intriguer. Pari réussi avec plus ou moins de bonheur.


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INFOS PRATIQUES

Vincent-Bullat-<i>Sans-titre<-I>-2003-Feutre-crayon-papier-gratte-30-x-30-cm-Copyright-Vincent-Bullat

Daniel-G-Cramer-<i>Sans-titre<-I>-(serie-des-Forets)-2002-2003-Photo-sur-aluminium-98-x-98-cm-Cpoyright-Daniel-G-Cramer

Judith-Kurtag-<i>Phtographie-extraite-de-la-video-Les-Veilleurs-2002-Copyright-Judith-Kurtag

Maguelonne-Pessaque-<i>Sans-titre<-I>-2003-Acrylique-sur-carton-Dimensions-variables-Copyright-Maguelonne-Pessaque

Isabelle-Ferreira-<i>Chariot<-i>-2003-Mulots-en-brique-planches-de-latte-roulettes-115-x-122-x-78-cm-Copyright-Isabelle-ferreira

  
Par Clément Dirié

Un fait logique mais rare apparaît lors d’un simple tour d’horizon des œuvres : la fraîcheur réelle des travaux exposés. À distance d’un esprit de sérieux et d’enfermement.

Certes, cette fraîcheur, cette relative spontanéité des projets, est la marque d’un apprentissage des médiums, tous représentés ici, et des techniques. Il s’agit pour ces artistes d’expérimenter les possibilités de l’art, et partant du réel et du spectateur.

Tout semble ici fait por se confronter, se montrer au visiteur. Depuis l’installation inaugurale d’Argentinelee, Fragility, des dizaines d’assiettes jonchent le sol et forment l’unique accès à un écran tactile où le spectateur peut habiller et déshabiller un «chevalier» dont les fragments de l’armure sont tout aussi fragiles que ces centaines de tessons brisés. Produisant un bruit fou, cette installation résonne dans tout l’espace et lui confère une atmosphère de vie.

C’est également du vivant qui, paradoxalement, foisonne dans l’accrochage de Wen-Chi Lin, Le Suicide au féminin, mode d’emploi. L’artiste présente différents modes de suicide liés à l’univers féminin. Il en détourne, avec poésie et humour, les objets et situations.

Avec Parc de Versailles, le fleuve, Isabelle Cornaro utilise ses cheveux au service d’une œuvre fine et naturelle et les mêle au papier. S’effectue alors la rencontre avec une intimité douce et suggérée, l’artiste se confondant réellement avec son œuvre.

Plus loin, Isabelle Ferreira détourne aussi l’usage du matériel qu’elle utilise. Avec ses briques, elle réalise Chariot, une architecture instable, vide et comme friable. Ailleurs, des cartons investissent le plafond et la verticale des murs.

Une sensation d’éphémère, logiquement renforcée par la durée de l’exposition, se déploie dans presque toutes les œuvres. Les travaux de Laurent Mareschal — en particulier Le Tapis — sont emblématiques de cette orientation. De même qu’ils utilisent aussi le détournement d’usage — le tapis est fait d’épices et d’humus —, ses travaux témoignent d’une beauté passagère, précise et précieuse.

Seule Judit Kurtag affiche une certaine inquiétude. Dans Polyglotte grâce à Babel, l’un des seuls travaux à être en noir et blanc, une bouche est filmée qui ne prononce pas des mots sonores, qui laisse s’échapper d’elle des mots imprimés sur l’écran. Les sous-titres ont pris la première place, comme un kidnappage de la parole et de la vie.

Le second degré et la réflexion sur les médiums font également l’objet de la performance d’Anahita Bathaie, artiste d’origine iranienne. Elle projette quotidiennement ses anciennes performances pour les critiquer en direct, et s’interroger sur leur valeur, leur portée, leur facilité.

L’immense intérêt de cette exposition collective est de montrer les tentatives et les essais par lesquels on devient artiste capable de faire œuvre singulière, de rester soi dans un processus de formation pratique et intellectuelle.

Artistes
26 jeunes artistes, diplômés des Beaux-Arts de Paris ou encore étudiants, de onze nationalités différentes :
Argentinelee
Anahita Bathaie
Vincent Bullat
Wen Chi-Lin
Gabrielle Chiari
Isabelle Cornaro
Akari Endo
Haris Epaminonda
Isabelle Ferreira
Daniel G. Cramer
Judit Kurtag
Simon Jaffrot
Philippe Laleu
Laurent Mareschal
Sachiko Morita
Mélodie Mousset
Tami Notsani
Régis Perray
Maguelonne Pessaque
Mathieu Rouget
Julia Staniszewska
Helena Schmidt
Nicolas Tourre
Thu Van Tran
Chen-Yu Wang
Shay Zilberman

Œuvre(s)
— Wen-Chi Lin, Le Suicide au féminin, mode d’emploi, 2002. Textes imprimés.
— Vincent Bullat, Sans titre, 2003. Feutre, crayon, papier gratté. 30 x 30 cm.
— Daniel G. Cramer, Sans titre (série des Forêts), 2002-2003. Photo sur aluminium. 98 x 98 cm.
— Philippe Laleu, Private Location, 2002. Diptyque : photo sur toile. 87 x 60 cm, 87 x 33 cm.
— Maguelonne Pessaque, Sans titre, 2003. Acrylique sur carton. Dimensions variables.
— Mathieu Rouget, Pour maman, 2002. Dessin filmé.
— Laurent Mareschal, Le Tapis, 2003. Épices et humus.
— Argentinelee, Fragility, 2003. Techniques mixtes, 2000 assiettes et écran tactile.
— Isabelle Ferreira, Chariot, 2003. Mulots en brique, planches de latté, roulettes.
— Isabelle Cornaro, Parc de Versailles, le fleuve, 2002. Cheveux et papiers assemblés.
— Judit Kurtag, Polyglotte grâce à Babel, 2003. Vidéo. 3’30.
— Judit Kurtag, Les Veilleurs, 2002. Vidéo.
— Chen-Yu Wang, Coloriage, 2003. Installation vidéo.
— Shay Zilberman, Happy Ends, 2003. Installation lumineuse. 300 x 150 cm.

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