Par Pierre-Évariste Douaire
Oswaldo Gonzalez présentait déjà l’an passé des œuvres pleines d’humour et de malice. C’est donc un grand plaisir de le revoir cette année à l’exposition de la
Jeune création.
L’artiste vénézuélien poursuit ses travaux tout en proposant de nouvelles pistes. Il pratique un art qui s’inscrit dans un champ artistique élargi entre photo, action, vidéo et sculpture. Chez lui, l’art et la vie se confondent. Ses actions se déroulent dans la rue et les jar
ins, elles sont aussi joyeuses que surprenantes. Mais ces propositions naïves dissimulent des risques, des chutes. En se mettant en scène notre artiste devient un antihéros.
Les œuvres fonctionnent comme des propositions. Ce sont des tests absurdes et malicieux lancés au bon sens et aux conventions. La poésie et l’imagination sont les relais de ces velléités utopistes.
Oswaldo Gonzalez nous conte des mini-récits qui sont autant de légendes urbaines. Placé en-dessous des photographies, ces légendes racontent comment se sont passées les actions qu’il nous raconte. Les rêves de l’artiste se heurtent violemment aux règles de l’urbanisme, du code de la route, ou de la bienséance. Pas d’hagiographie mais un culte de l’antihéros. Notre conteur-plasticien sort toujours vaincu de ses démarches artistiques. Malgré les difficultés, il n’abandonne jamais, et tant pis si les gens ne comprennent vraiment rien à l’art contemporain !
Le terrain de jeu de l’artiste c’est la ville, et plus généralement le quotidien le plus proche mais pas forcément le plus banal, car il regorge de perpétuels promesses. Gonzalez change les panneaux de signalisation d’entrée et de sortie du parking de son immeuble, il inverse également des containers, change les feux de signalisation. La confusion qu’il provoque annonce aussi un monde en devenir, une imagination en marche, même si le bout de la course se révélera être une impasse. L’échec n’est jamais évité, il est même palpable dès le début et sert de « runing gag ». Les projets naïfs de Gonzalez se soldent par des passages devant les autorités. La justice le traîne en procès, les co-popriétaires de sa résidence l’expulse de son logement. Décidément, les gens ne comprennent rien à l’art contemporain !
Ces petites farces sont légères et amusantes, mais elles révèlent aussi la difficulté pour l’artiste de créer, de faire accepter son œuvre à ses contemporains. Le lien qu’il tente de tisser entre l’art et la vie n’est ni facile ni évident. Derrière la dérision des propositions, vouées dès le départ à l’échec, se cache des interrogations plus vastes sur le rôle de l’artiste. L’artiste n’est plus prométhéen ni christique, il est ridicule, il se complaît dans « l’idiotie » (Jean-Yves Jouannais).
La tâche de l’artiste est d’être voué aux gémonies, à l’opprobre populaire, il ne peut que se heurter à l’incompréhension de ses contemporains. Il ne peut envisager qu’un travail répétitif comme dans
Pelouse interdite (2001) où il consigne scrupuleusement toutes les choses, les objets qui se trouvent sur un parterre végétal. La photo-légende fonctionne sur le principe des notes de bas de page. De nombreux chiffres constellent la photo. Ils renvoient à des définitions fournies en index : papier gras, champignon retourné, etc. L’artiste ne peut que consigner l’insignifiance du réel.
En 2003, Oswaldo Gonzalez poursuit ses investigations artistiques dans le domaine sportif. Cette fois-ci il tente d’améliorer les performances des athlètes. Il place des punaises ça et là pour obtenir de la part des participants des hauteurs de saut plus conséquents. Mais vous connaissez la morale de cette histoire ! La chute est toujours au rendez-vous.
Légendes accompagnant les photos ci-contre :
Sans titre (Ours) ...Un de mes premiers travaux consistait à modifier les codes visuels auxquels nous sommes quotidiennement confrontés. Pour ce faire je me suis servi de lexotique couple dours blancs du parc Zoologique dont le blanc est à lorigine de leur célébrité. Mon travail consistait à teindre en bleu un des deux individus de cette espèce en extinction, afin dajouter un peu de gaîté à leur terne existence. La conséquence de mon intervention a été que le couple a commencé à se déchirer en raison de la couler de leur fourrure, lindividu blanc ne se reconnaissant plus dans le bleu et vice-versa; ce qui a entraîné par la suite lisolement total de chacun, aggravant ainsi le fragile équilibre de cette espèce en captivité. Trois mois plus tard lindividu blanc décédait de chagrin, déçu de ne pas pouvoir perpétuer lespèce. Une semaine après lindividu bleu décédait à son tour, car sans espoir de se reproduire; à quoi bon vivre. Quant à moi, sachant que jétais le responsable de cette intervention je décidai dannoncer à la direction de létablissement que jétais le responsable, en leur expliquant quil sagissait dune œuvre dart. La suite moins heureuse a été que jai été accusé de lextinction de lespèce. Décidément, les ours blancs et la direction du parc zoologique ne comprennent rien à lart contemporain...
Sans titre (Chantier) 1. Pavés. 2. Caillou. 3. Tas de feuilles. 4. Panneau de chantier interdit. 5. Poutrelle métallique. 6. Barrière. 7. Feu arrière dune moto. 8. Brique. 9. Joint des pavés. 10. Macadam. 11. Ticket de métro. 12. Feuille de platane. 13. Poteau du panneau de sens interdit. 14. Chaîne sur le mur. 15. Mégot de cigarette. 16. Cadenas. 17. Plaque dégout. 18. Branche séchée. 19. Morceaux de carton. 20. Chewing-gum. 21. Pipi de chien. 22. Tiges sèches. 23. Taches au sol. 24. Ciment. 25. Mouchoir en papier. 26. Trottoir. 27. Paquet de Gauloises. 28. Tache de peinture. 29. Traces dun graffiti. 30. Tache dhumidité. 31. Tronc darbre.
Sans titre