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ART | CRITIQUES
Francis Alÿs, Miquel Barceló...
Message personnel
18 mars - 22 avr. 2006
Paris. Galerie Yvon Lambert
Pour les quarante ans de sa galerie, Yvon Lambert nous invite à lire un «Message personnel» qui rassemble des œuvres de tous les artistes ayant déjà côtoyé le lieu. Célébré à Paris et à New-York, cet événement met en scène les témoignages de ceux qui ont marqué l’histoire de cet endroit, construit sur les intuitions de ce collectionneur engagé.


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Vue-de-l-rsquo;exposition-laquo;Message-personnel-raquo;-17-mars-22-avr-2006-agrave;-la-galerie-Yvon-Lambert-Paris-Courtesy-galerie-Yvon-Lambert-Paris

Anselm-Kiefer-<em>Sans-titre<-em>-2006-Technique-mixte-3-5-x-2-80-m-Courtesy-galerie-Yvon-Lambert-Paris

Claude-L-eacute;v-ecirc;que-<em>Richard<-em>-2006-Installation-Courtesy-galerie-Yvon-Lambert-Paris

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Par Isabelle Soubaigné

Tout commence en 1966 lorsqu’Yvon Lambert ouvre sa première galerie parisienne, rue de l’Echaudé. Il la déplace ensuite dans le VIIe arrondissement en 1977, pour enfin investir la grande verrière du vaste espace qui nous ouvre ses portes aujourd’hui, rue Vieille-du-Temple.

Le voyage s’annonce sous la forme d’une rétrospective. L’aquarelle de La Montagne Sainte-Victoire de Paul Cézanne, qui pourait passer inaperçue à l’entrée, campe la démarche d’un peintre, mais peut-être aussi celle de notre hôte.
L’artiste déclarait que «si la sensation de la nature est la base nécessaire de toute conception artistique, si c’est sur elle que se fondent la grandeur et la beauté de l’œuvre future, néanmoins la connaissance des moyens capables d’exprimer notre émotion n’est pas moins essentielle, et ne s’acquiert qu’à travers l’expérience».

Mise en abîme: Yvon Lambert n’a pas hésité à travers les années à présenter des individualités fortes d’un savoir-faire technique et conceptuel. Tous les artistes exposés donnent à voir ici leur vision du monde comme d’une nature au sens large du terme.
L’œuvre d’Anselm Kiefer nous plonge dans la lecture des différents chapitres qui ont jalonné la vie de cet espace nomade en perpétuelle ouverture vers l’ailleurs. Les lourdes pages de cet ouvrage démesuré, recouvertes de terre, de peinture, de feuilles d’or et d’argent sont les miroirs des découvertes artistiques qui l’entourent. Les tournesols qui surgissent de l’ensemble et qui pointent vers le plafond leurs têtes rondes, ressemblent à des périscopes à l’affût d’objets encore non identifiés.

Les clins d’œil se succèdent: portraits d’Yvon Lambert, par Stanley Brouwn ou Cy Twombly et lettres qui lui sont adressées comme autant d’œuvres miniatures. Tous témoignent de l’intérêt qu’ils portent au garant de ce lieu, qui leur a offert un jour l’opportunité d’habiter son espace. On déambule au milieu de toutes ces images sans aucun autre fil conducteur que l’anniversaire consacré à une activité de plus de quarante ans. Les œuvres nous tiennent alors un discours que l’on peut lire de différentes manières. Darkness Falls on Wolkowyja 74, 38-613 Polanszyk, Poland de Jason Dodge, agencement d’ampoules et de bougies, nous rappelle de manière lointaine celles que l’on peut souffler sur un gâteau lors d’une célébration. Laissées là sur le sol, elles marquent aussi l’idée du temps qui passe et d’un lieu déserté. Interprétation incongrue due à une contextualisation particulière, ou extension d’un propos qui n’est pas si étranger à cette histoire?
Les installations énigmatiques de cet artiste, objets et images familiers, combinent différents moments, intimes et historiques. En utilisant une «grammaire de l’abandon», il cherche à mettre en avant et en question les «représentations collectives qui convertissent les propositions formelles du capitalisme en nature universelle».
La galerie n’a-t-elle pas la même fonction? Prendre à partie le visiteur, le faire réfléchir sur ce qu’il regarde, sur ce qu’il expérimente. Elle livre des œuvres au spectateur et l’incite, seul, à en retirer une interprétation plus singulière.

Des pièces plongées dans l’obscurité se dessinent, accueillant ici l’installation Richard de Claude Levêque, ou bien la vidéo de Francesco Vezzoli A Love Trilogy : Self Portrait with Marisa Berenson as Édith Piaf. Inscrites dans le lieu comme de petites alcôves, elles se font discrètes.
Efforts particuliers d’une rencontre fortuite: elles nous attirent par un jeu de lumière ou une bande sonore qui résonne et imprègne les cimaises. Elles nous confortent dans l’idée d’un art mis en commun qui peut et qui doit aussi se donner à voir dans les retranchements et le calme d’un environnement isolé.

La Galerie Yvon Lambert, à l’abri dans sa cour intérieure, laisse entrer un large public qu’elle transforme en protagoniste d’une représentation sans cesse en devenir. La vitrine circulaire renfermant Les Mondes de Mircea Cantor nous laisse imaginer enfin, en parallèle, que la grande verrière de la pièce principale de ce lieu d’exposition, n’est autre qu’un réceptacle ouvert. Celui d’une société qui s’interroge et qui se laisse décortiquer pour susciter des réactions multiples et enrichies par une interaction commune.

English translation : Margot Ross
Traducciòn española : Santiago Borja

Œuvre(s)
Anselm Kiefer
Sans titre, 2006. Technique mixte. 3,5 x 2,80 m.

Cy Twombly
Nimphidia, 1982. Huile et craie grasse sur papier.
Portrait of

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