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ART | CRITIQUES
Ingar Dragset, Michael Elmgreen
Michael Elmgreen & Ingar Dragset. Paries Diaries
11 janv. - 22 févr. 2003
Paris. Galerie Emmanuel Perrotin
Une œuvre en train de se faire consistant à faire écrire un journal intime par cinq jeunes hommes d’une vingtaine d’année — ni écrivains, ni artistes — recrutés par annonces. Une façon d’interroger les lieux de l’art.


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Michael-Elmgreen-Ingar-Dragset-<i>Paries-Diaries<-I>-2003-Vue-de-la-performance-Dimensions-variables-Courtesy-Galerie-Emmanuel-Perrotin

Michael-Elmgreen-Ingar-Dragset-<i>Paries-Diaries<-I>-2003-Vue-de-la-performance-Dimensions-variables-Courtesy-Galerie-Emmanuel-Perrotin

Michael-Elmgreen-Ingar-Dragset-<i>Paries-Diaries<-I>-2003-Vue-de-la-performance-Dimensions-variables-Courtesy-Galerie-Emmanuel-Perrotin

  
Par Pierre-Evariste Douaire

La galerie Emmanuel Perrotin commence l’année comme elle l’a terminée, c’est-à-dire avec une œuvre placée sous le signe de l’expérience. Après la transformation par le collectif Gelatin de la galerie en piscine humaine et sauna public, voici le lieu transformé en atelier d’écriture.

Les artistes danois et norvégien Michael Elmgreen et Ingar Dragset présentent une proposition différente de ce qu’ils ont l’habitude d faire. Intervenant principalement, depuis le milieu des années 1990, sur l’architecture des lieux dédiés à l’art, notamment sur le fameux cube blanc qu’ils ne cessent d’interroger, ils ont décidé pour l’occasion de créer une œuvre en train de se faire. Leur proposition fonctionne comme un work in progress dont ils se contentent d’être les instigateurs. Leur rôle se résume à celui de simples commanditaires. Les questions techniques et pratiques ont été prises en charge par la galerie, avant d’être avalisées par les deux artistes.

Le projet consiste à faire écrire un journal intime par cinq jeunes hommes d’une vingtaine d’année. Le groupe a été formé par annonces, les personnes ne se connaissent pas, ne sont ni écrivains, ni artistes. Pour le vernissage, ils ont été tous réunis, mais ne seront pas toujours au complet. Le spectateur est invité à lire par dessus leur épaule.

À l’intérieur de la galerie, cinq pupitres, cinq chaises, cinq jeunes hommes. Des stylos, des dictionnaires, des thermos, des gobelets, du café, du thé, des clopes, de la fumée. La performance oscille entre sculpture vivante et happening. Entrer seul à l’intérieur et se confronter à cinq ombres grattant des cahiers est intimidant. L’explication en guise d’accueil rassure autant qu’elle laisse perplexe, tant il est difficile d’appréhender l’œuvre.
Il faut se hasarder entre les tables et lire le début des manuscrits. Les couleurs changent, les styles diffèrent autant que les pensées. Avant le vernissage, les phrases étaient interrogatives, elles attendaient l’événement et son flot de visiteurs. Elles traitaient du problème qu’il y avait de voir et d’être vu. Les textes, par l’entremise de ce dispositif anamorphique, reflétaient à la fois les préoccupations du scripteur et l’interaction du spectateur sur lui. Comme un arrêt sur image, la proposition artistique tient lieu d’interrogation.

Puis l’écriture s’est débrouillée pour se concentrer sur la foule qui défile, tant sur la démarche du spectateur que sur le rôle de l’œuvre d’art. L’ensemble prend un aspect très réflexif, dans les deux sens du terme.

Alors qu’au début, les textes fonctionnaient au contraire comme des pistes à suivre. Un peu à l’image des dictaphones, ils enregistraient ce qui se passait devant eux. La page consignait les faits et gestes des spectateurs qui passaient. L’instant a été manuscrit, rédigé, interprété, vécu par nos cinq scrutateurs. Les greffiers du réel ont établi leur prose dans un monde en représentation, dans un monde qui se montre et se met en scène.

La forme change, mais la réflexion de Michael Elmgreen et Ingar Dragset sur les lieux de l’art reste inchangée. Ils interrogent toujours notre rapport à l’espace public en mettant en scène, cette fois-ci, un espace mental multiplié par cinq. La confrontation entre ces lignes d’écriture, généralement tenues secrètes lors de leur gestation, et le sillon tracé par les pas des spectateurs, produit une sorte de retour.
Ce n’est pas seulement l’intérieur et l’extérieur qui est interrogé, c’est aussi notre rapport à l’œuvre qui est posé. Les questions spatiales, temporelles, interprétatives, sont en suspens. L’ombre du spectateur se pose, se calque sur la page d’écriture. Comme dans Present/Continuous Past (1974) de Dan Graham, où le spectateur découvre après plusieurs secondes d’attente son image sur un écran vidéo, le marcheur d’art, le lecteur d’art, pourra découvrir sa trace sur le papier blanc d’un cahier d’écolier. La ligne noire manuscrite fonctionne comme un chemin de traverse que l’on emprunte ou pas.

Œuvre(s)
Paries Diaries est une œuvre qui s’offre comme une proposition. Cinq personnes écrivent durant la durée de l’exposition (un mois) un journal intime. La réunion des cahiers d’écriture sera vendue comme une pièce unique.

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