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ART | CRITIQUES
Marylène Negro
Marylène Negro, Eux/Them
08 déc. 2001 - 19 janv. 2002
Paris. Galerie Jennifer Flay (ex)
Des photographies de mannequins de magasins inversent les rôles entre regardés et regardeurs: ce sont les choses qui regardent les hommes, et qui les transforment en choses. Mais peut-être s’agit-il là de la conditions ordinaire du regard contemporain?


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Par Eva Robillard-Krivda
L’œuvre de Marylène Negro est traversée par la question de l’enfermement. C’est ainsi que les vidéos Ours et Girafes, et les photographies de mannequins de magasins, présentés ici créent un malaise. En effet, ces "êtres" emprisonnés dans des cages ou des vitrines semblent s’en libérer par le regard qu’ils portent sur l’extérieur. "Eux" dont la condition est d’être regardés, deviennent, dans la galerie, les regardeurs. Cette inversion des rôles engendre n face à face pesant où leurs yeux froids et distants sondent et transpercent le spectateur.

Dès lors, la frontalité du contact oculaire amplifie, chez ces mannequins, la fixité de leurs traits, la dureté de leur "chair", la froideur de leur "peau", révélant ainsi des visages dépourvus d’expressions. Leurs yeux peints perdent alors la faculté de regarder et n’existent plus que comme vide. Plus rien d’humain ne demeure dans ces visages qui se réduisent chacun à un "paysage lunaire, avec ses pores, ses méplats, ses mats, ses brillants, ses blancheurs et ses trous", soit à un pur système "surface-trous" tel que le définissent Gilles Deleuze et Félix Guattari dans leur ouvrage Mille plateaux.

Cependant, en dépit de leur inhumanité, quelque chose pousse le spectateur à les scruter, à les comparer pour les distinguer. Curieuse situation où l’on se surprend à ne chercher que des signes particuliers, simulacres d’identité. Néanmoins, ce principe de différenciation permet de cataloguer ces êtres selon leur type, leurs marques, leurs cicatrices, seuls témoignages d’une certaine forme d’"existence". Le spectateur se trouve alors impliqué dans un récit, fiction de visages, qui lui raconte son histoire, celle qu’il projette sur ces surfaces devenues écrans.

La superficialité de l’échange silencieux qui s’établit entre le spectateur et le mannequin, ou l’animal, est à la mesure de nombreux rapports humains. Le spectateur ne communique qu’avec lui-même, ces visages ne lui renvoyant que son propre reflet. Marylène Negro ne propose ici qu’un subterfuge à l’enfermement de l’homme, à l’image de ses sujets qui demeurent prisonniers de leur cage ou de leur vitrine.


Œuvre(s)
Ours. Vidéo. 57’41’’.
Girafes. Vidéo. 58’15’’.
Untitled. Série Eux, 2000. 60 photographies couleur. 30 x 40 cm.

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