Par Katrin Gattinger
Sous le titre générique
Home, la Galerie Vallois réunit des œuvres de quinze artistes d’horizons et de pays divers. Si effectivement le terme anglais « home » désigne davantage le foyer ou le bercail que la maison, l’exposition ne cherche pas à reconstituer un foyer où le visiteur serait accueilli comme un hôte et y découvrait un intérieur intime. Ce sont plutôt des parcelles et des objets
Les créateurs :
Arman
Atelier van Lieshout
Gilles Barbier
Loris Cecchini
Jean-François Fourtou
Nedko Solakov
Alain Bublex
Alain Jacquet
Richard Jackson
Julien Berthier
Ilya & Emilia Kabakov
Martin Kersels
Keith Tyson
Virginie Yassef
Laurie Simm
Le lieu d'art :
Galerie G.-Philippe & Nathalie Vallois
Les interviews :
Jean-Daniel Compain
Georges-Philippe Vallois (galeriste)
Alain Bublex
Yann Delacour
Gilles Barbier
Les autres expos liées aux artistes :
Il était une fois
Les Nouveaux Réalistes
Rainbow Girls
Loris Cecchini
My Own Cinema et Jeff Mills
Centre Pompidou: Dionysiac
Attention à la marche
Burlesques contemporains
Nedko Solakov et Matthew Antezzo
Accidents
The Sum of all possible paths
La Position du tireur couché
Under the Snow
Fantômes, parachutes, dragons, projectiles
Empty Walls - Just Doors
Gilles Barbier
La Montagne que nous cherchons est dans la serre
Mutatis, mutandis
Alloy
J’aime l’Amérique
Richard Jackson
Vite, une échelle !
Stardust ou la dernière frontière
Dérive
Collector
Œuvres Encombrantes
Welcome Home
La Poursuite
Photo Mystère
Ne pas jouer avec des choses mortes
Maitresses du Nouveau Réalisme
La jolie fille et le mauvais garçon
Des constructeurs éclectiques, 2e volet
Le cockpit, le vaisseau, ce que l’on voit depuis le hublot
Hélène Jourdan-Gassin, Regard sur une collection
Landscope
Biennale d'art contemporain de Rennes. Valeurs Croisées
Nocturne
Imago Mundi
Slave City
Argument de la diagonale
Some Magical Clangs
Hotel California
La seconde est partie la première
... et pour quelques dollars de plus
Mieux vaut être un virus que tomber malade
Printemps de septembre. Là où je vais, je suis déjà
Souvenirs de la vie moderne
Anatomie, les peaux du dessin
Trahison
Je reviendrai
La Fête est permanente
e plusieurs maisons qui ont été importés dans l’espace rue de Seine, comme si chaque artiste déposait là une partie ou une vision de son chez soi.
En s’intéressant moins à l’idée de stabilité et de repère de la maison de famille en la traitant sous l’angle d’une architecture solide et inébranlable, l’exposition met l’accent sur les aspects mobiliers et donc les objets détachables du logis. Ce dépôt peut alors fonctionner comme une porte ouverte sur la maison de l’artiste comme c’est le cas avec
From my home de Nedko Solakov, un détail photographique agrandi de son tapis oriental étrangement peuplé.
Les meubles et autres objets ménagers de
Home ne sont guère ordinaires. Ils renversent les fonctionnalités, exaltent leur mémoire et s’animent.
La proposition de Richard Jackson sème le trouble en ce qui concerne le statut des objets. La place d’un tableau dans un décor intérieur est souvent celle située au-dessus du canapé. Or le canapé détermine ici le tableau à l’huile qui lui est associé : en renversant le divan sur le côté de manière à ce qu’il frôle la peinture fraîche, il est utilisé telle une spatule de peintre et réalise le geste artistique. Une véritable interaction prend ainsi place entre le siège et la peinture, qu’on ne pourrait plus dissocier, à cause de l’empreinte qui y est inscrite.
Si Richard Jackson invente un nouvel emploi pour le sofa, d’autres artistes annulent la fonctionnalité des objets. C’est le cas des poignées américaines fixées sur les murs de la galerie et n’ouvrant donc aucune porte de Virginie Youssef, ou encore des WC et lavabos de l’atelier van Lieshout n’ayant pas de tuyauterie, aucune évacuation pour être mis en service. Dans le même lieu, mais sur le mur d’en face, est fixé un ensemble de tuyaux, de robinets, de conduits … les uns liés aux autres comme une canalisation en circuit fermé. La rigidité métallique est remplacée par la souplesse du caoutchouc. Tous les détails d’un conduit d’eau sont parfaitement reproduits par la technique du moulage, mais pourtant, cette œuvre murale de Loris Cecchini évoque l’organique de par sa mollesse.
Ces éléments d’habitation perdent leur utilité et donc leur sens inhérent, une fois qu’ils sont déplacés et débranchés de leur contexte. En éliminant la fonction, la forme apparaît plus clairement. On peut alors constater, comme le fait Vilém Flusser, que le design investit la brèche et qu’il jette un pont entre la technique et l’art parce qu’il manifeste leur rapport intime.
Utiliser les objets de la maison pour une autre fonction que pour laquelle ils ont été prévus, est une pratique très courante chez les enfants. Jean Fourtou en fait une belle démonstration avec la cabane qu’il a construite dans la galerie. En « édifiant » une petite construction avec des tables, des matelas repliés, un grand carton renversé, un escabeau et des draps, rideaux et autres tissus tendus, il réalise le seul véritable intérieur de l’exposition.
Pour ce faire, il utilise même un réduis, habituellement fermé, de la galerie, qui lui sert de pièce supplémentaire, car cette habitation miniature, dans laquelle on ne pourrait entrer qu’à quatre pattes, comporte plusieurs chambres remplies de coussins et de peluches.
Se détournant des connotations fonctionnelles des objets, certains artistes ont introduit dans l’exposition une dimension plus ludique. Ils plongent le visiteur dans un monde merveilleux et fantastique où les objets sont habités par des esprits et d’autres identités : Gilles Barbier présente une commode qui roule des yeux grâce à un moteur certes invisible, mais qui couine et grince comme un
Poltergeist, et Nedko Solakov présente un de ses miroirs interpellant discrètement le visiteur. Les motifs du tapis perse, dont un détail est reproduit à l’échelle par la photographie et qui se présente comme une carte géographique, hébergent des paysages secrets où de petits personnages dessinés à l’encre évoluent et s’aiment.
Nedko Solakov ouvre alors au visiteur le monde de l’enfance où chaque élément, chaque détail aussi insignifiant qu’il soit, peut être le prétexte et l’amorce d’une histoire fantastique et imaginée.
Keith Tyson possède cette capacité à être attentif aux toutes petites particularités et de les faire agir comme point de départ