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ART | CRITIQUES
Kendell Geers
Kannibale
18 oct. - 12 déc. 2007
Paris. Galerie Yvon Lambert
Kendell Geers investit l’espace de la galerie Yvon Lambert en déclinant de manière implicite le Cannibalisme. Moins pour symboliser et métaphoriser la violence des sociétés, que pour soutenir des propositions plastiques énigmatiques qui nous interrogent.


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60-b-acirc;tons-de-police-275-x-275-cm-Courtesy-galerie-Yvon-Lambert-Credits-Kendell-Geers

Kendall-Geers-<em>Numb-Skull<-em>-2007-<br->
N-eacute;on-247-x-190-cm-Courtesy-galerie-Yvon-Lambert-Credits-Kendell-Geers

Kendall-Geers-<em>Cadavre-exquis<-em>-2007-<br->
Peinture-pulv-eacute;ris-eacute;e-sur-la-Victoire-de-Samothrace-Hauteur-320-cm-Courtesy-galerie-Yvon-Lambert-Credits-Kendell-Geers

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Peinture-pulv-eacute;ris-eacute;e-sur-le-cr-acirc;ne-d-rsquo;un-morse-100-x-60-x-50-cm-Courtesy-galerie-Yvon-Lambert-Credits-Kendell-Geers

Kendall-Geers-Vue-d-rsquo;exposition-laquo;Kannibale-raquo;-galerie-Yvon-Lambert-2007-Courtesy-galerie-Yvon-Lambert-Credits-Kendell-Geers

  
Par Isabelle Soubaigné

Une immense croix constituée de morceaux de miroirs se détache sur le mur noir qui nous fait face. Le matériau est découpé selon des formes particulières qui ne semblent pas aléatoires. Les fragments réfléchissent notre image et nous capturent au coeur de l’oeuvre. Juxtaposés les uns aux autres, ils dessinent les lettres d’une langue inconnue, étrangère peut-être? Les parois alentour se refl&egrve;tent aussi et nous donne le début d’une réponse. Une succession de peintures au pochoir laissent apparaître le verbe “Fuck” de manière plus ou moins lisible.

Dans l’interview diffusée à l’entrée de la galerie, Kendell Geers explique que c’est pour lui le dernier mot qui suscite encore des réactions auprès des gens. Il l’utilise donc, non pas pour nous provoquer mais pour établir une relation entre les spectateurs et ses oeuvres. On ne peut pour autant se soustraire à la violence du terme qui se propage à la surface de ces multiples supports.
Kendell Geers, l’associe à des reproductions en noir et blanc de tableaux d’autres artistes, Nu bleu de Matisse, Le Cri et La Madone de Munch, à des images érotiques, à des icônes révolutionnaire, le Che, ou bien encore plus triviales, le lapin de Play Boy.

Tronquée, agrandie jusqu’à en perdre de vue le sens premier, inscrite dans une phrase ou cadrée en pleine page, l’injure prend une toute autre dimension. Son rôle est de souligner “l’attaque” opérée par l’artiste contre la cruauté et l’agressivité de notre environnement.

Sexe, culture, politique et religion sont ici traités de la même manière. Ces images sont semblables à des coups de poings, tant dans leur simplicité plastique que dans la violence de leur contenu. Des éclaboussures noires jaillissent des crânes de certains protagonistes. La nudité blanchâtre des corps de femmes laissés en réserve sur le papier devient vulgaire et dérangeante.

Pour lui, «l’attraction/répulsion du tabou sexuel n’est pas très différente de la scène d’un crime ou d’un accident de voiture sur l’autoroute; si fort qu’on cherche à le nier, il s’impose à nous et d’une certaine manière, affirme notre existence en ce sens que nous sommes extérieurs au sujet». Ici les orbites vides d’un personnage nous renvoie l’image brutale de la mort. Là, un policier armé d’une matraque est prêt à nous affliger un coup pour un outrage que nous n’avons pas commis. Toutes ces réalisations nous targuent de réagir. Fuite, résistance, peur ou fascination, les sentiments se mêlent pour n’en former plus qu’un.

Deux crânes d’animaux sont présentés dans la même pièce. Peints en noir, les deux éléments sont recouverts du même mot (“Fuck”) répété indéfiniment sans qu’on puisse l’identifier tout de suite.
La première tête, peut-être celle d’un éléphant de mer, est accrochée au mur comme un trophée. L’autre, celle d’un hippopotame est posée à même le sol. Les dents, sont restées intactes, majestueuses.
Un sentiment de puissance se dégage de ces squelettes malgré leur vulnérabilité mortuaire. Véritable pièce de muséum d’histoire naturelle, ces ossements semblent appartenir à une autre culture.

Le cannibalisme prend ici un sens fort. Pour Kendeel Geers, il est synonyme de domination (en particulier de colonialisme), d’excès de pouvoir et d’appropriation sauvage de ce qui nous est étranger. Il s’inspire du Manifeste du poète brésilien Oswald de Andrade pour qui «seul le cannibalisme nous unit. Socialement, Économiquement, Philosophiquement. C’est une puissante métaphore de l’incorporation culturelle des valeurs de ce qui ne m’appartient pas, ainsi qu’une vision radicale de violences extrêmes».
Ces restes d’animaux sont là pour nous rappeler une de nos facultés humaines, faire nôtre tout ce qui nous entoure. La réplique de La Victoire de Samothrace, qui trône non loin de là reprend le même discours. La sculpture originale a déjà subit un préjudice. Extraite de son pays, de son contexte, elle orne une salle du Louvre depuis 1884. La copie utilisée par Kendeel Geers est un écho, une mise en abîme de cet acte de"pillage culturel”.

Autres supports, même thème. La grande verrière accueille des tours en fils de fer “rasoir”, symboles de “l’Architecture cannibale”. Le matériau, identique à celui qui est utilisé en Irak ou dans la baie de Guantanamo porte en lui toute la contradiction d’une protection poussée à l’extrême. Fabriqué en Afrique du Sud, pays d’origine de Kendeel Geers, ce système de défense est le plus mortel qui soit. Ces excroissances coupantes en forme de losange forme un piège dont il est impossible de

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