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ART | CRITIQUES
Jonathan Monk
Apples and Pears and Other Fruits of the Forest
14 déc. 2007 - 19 janv. 2008
Paris. Galerie Yvon Lambert
C’est sous le signe de l’appropriation, et en référence à Marcel Duchamp, que se décline l’exposition de Jonathan Monk Apples and Pears and Others Fruits of the Forest. L’artiste est à l’origine du projet mais n’en est pas l’auteur au sens strict du terme. Il pose une idée et laisse à d’autres le soin de la décliner à sa place.


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Par Isabelle Soubaigné

C’est sous le signe de l’appropriation que se décline l’exposition de Jonathan Monk Apples and Pears and Others Fruits of the Forest. Le tableau de Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier, son rêve de rencontre avec l’artiste et le descriptif simple des œuvres présentées servent de point de départ au voyage auquel il nous convie.

Nous sommes les interprètes singuliers d’un environnemnt en perpétuelle transformation, sous l’œil omniprésent du créateur. Les changements qui s’opèrent jour après jour laissent entrer l’altérité au cœur de la galerie, mais dépassent aussi les murs de son enceinte pour se diffuser tout doucement dans les rues de la ville.

Plusieurs planches de bois sont disposées ça et là dans l’espace. Les différentes versions de Eye Pictures, supports d’une multitude d’orbites grandes ouvertes, sont des postes d’observation pour l’artiste. Les yeux peints par un ami de Jonathan Monk remplacent les nœuds des panneaux manufacturés. Leur nombre est aléatoire. Il dépend de la qualité du matériau. L’artiste accepte de faire entrer une part d’inconnu au cœur de son œuvre et délègue l’acte de mise en forme.

Cette première série d’œuvres pourrait résumer, à elle seule, l’ensemble de l’exposition. L’artiste est à l’origine du projet mais n’en est pas l’auteur au sens strict du terme. Il pose une idée comme postulat et laisse d’autres personnes la décliner à sa place.
Jonathan Monk devient voyeur, examinant les faits et gestes des personnes qui se trouvent dans la galerie. Ce dispositif rappelle l’œuvre de Duchamp, Étant donnés..., dans laquelle les visiteurs pouvaient observer à travers deux trous opérés dans une vieille porte, la réplique du buste nu d’une femme étendue sur une couche de branchages.
Ici, c’est à notre tour d’être, malgré nous, enfermés dans l’espace fabriqué par l’artiste. Humour, autodérision et pastiche sont de rigueur. Nous pouvons poursuivre notre déambulation mais l’œil de Jonathan Monk est partout.

Dans un coin de la pièce, on aperçoit six toiles qui ne nous sont pas totalement inconnues. Ces copies du tableau de Gerhard Richter, Ema, Nude on Staircase, font appel à différentes références. La première, la plus flagrante, est celle empruntée à l’œuvre même de l’artiste allemand. Une femme nue descend un escalier et nous fait face. La touche brossée et l’aspect flou, caractéristiques particulières de certaines productions de Gerhard Richter, sont conservées.

Mais une fois encore, Jonathan Monk n’est que le commanditaire de ces reproductions. Effectuées en Chine, à l’aide d’un document JPEG, les toiles lui ont été restituées une fois terminées. Ironie du sort: les exécutants de cette commande, pour qui l’auteur original est un parfait inconnu, ont cru bon de ne pas les peindre floues. Les rendant plus nettes, ils pensaient satisfaire leur client et pallier un défaut du modèle informatique qui leur avait été fourni. Jonathan Monk a dû faire retoucher les toiles afin d’obtenir le résultat souhaité et des copies les plus proches des œuvres originales.
Mais le thème du tableau est aussi le point de départ de l’exposition, et avant tout, une citation directement empruntée au Nu descendant un escalier de Marcel Duchamp.
Seules trois ampoules de couleur accrochées sur le corps de la femme au niveau des seins et du pubis constituent l’intervention minimale de Jonathan Monk. Ce n’en est pas moins une appropriation.
Comme a pu le faire Marcel Duchamp avec ces ready-made quelques années auparavant, Jonathan Monk repense entièrement la définition même du geste artistique. L’œuvre n’est plus considérée comme le fruit d’un travail, l’essentiel n’étant plus de réaliser mais de choisir.
Cette mise en abîme de références ouvre un autre champ poétique, donne une nouvelle vie à l’œuvre originale et la ramène à notre époque après différents bons dans le temps.

Le mouvement incarné dans le personnage l’est aussi dans l’intention de Jonathan Monk qui fait voyager ces “icônes” à travers l’histoire de l’art. Les hommages à Duchamp se multiplient. Une vidéo d’un homme et d’une femme nus, qui descendent l’escalier d’une boîte de nuit déserte, est projetée dans un coin sous la grande verrière. Nudes Descending The Stairs, entre en écho avec la pièce précédente. L’action est réelle et se répète sans cesse, en boucle. Jonathan Monk apporte une autre dimension à la référence initiale. Le tableau cubo-futuriste de Duchamp est à nouveau analysé, déstructuré et manipulé afin d’en donner une version contemporaine, une nouvelle

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