Par Marcelline Delbecq
L’exposition " Monstres et Spectres " de Jan Kopp, qui inaugure la réouverture de la galerie Maisonneuve dans un nouvel espace, présente deux nouvelles pièces qui s’éloignent des œuvres-événements que l’artiste a précédemment élaborées dans des contextes artistiques ou urbains déterminés.
Deux œuvres qui interrogent, à travers l’utilisation de l’image en mouvement, la perception, la transmission et la déformation de l’information.
Divisé en deux parti
s plongées dans l’obscurité, l’espace offre d’abord
Monstres (rep), vidéo diffusée en boucle dans un "black cube" agrémenté d’un unique tabouret.
Monstres (rep) : un étrange banquet auquel le spectateur assiste, sans toutefois y être véritablement convié.
Dix protagonistes partagent un dîner aux chandelles, tous assis face au spectateur, devant une longue table décorée. Ils prennent tour à tour la parole, entre deux éclats de rire ou gorgées de vin rouge, pour déclamer une phrase grandiose bien quincompréhensible.
Les personnages sont filmés en trios par une caméra qui glisse lentement dun groupe à un autre dans une linéarité discontinue, chaque fois ponctuée par un gong cristallin qui semble annoncer quil est temps de passer à la suite. Chaque scène ne livre rien de la précédente, ni de celle qui va suivre. L’utilisation très pointue des techniques d’accélération, de ralentissement, de lecture inverse de l’image et du son transforment le dîner en une réunion de personnages enfermés dans leur solitude malgré la présence dun groupe, oscillant entre apathie et euphorie, ennui et drame, dégoût et sarcasme.
Létrangeté de
Monstres (rep) tient non seulement au fait que le spectateur est tenu à lécart de ce qui se passe — les convives ne lui adressent pas un seul regard —, mais également au fait quil soit spectateur dun événement indécryptable, dans lequel tout est mis en œuvre pour interloquer quant à ce qui est dit et fait.
Spectres, installation composée dune vidéo diffusée sur moniteur et de vingt et une sculptures de terre cuite, explore la question de la communication de linformation à travers sa déformation.
Les sculptures sont disposées au sol telles des reliquats tridimensionnels de formes entrevues à lécran. Les coupures de presse, diffusées par plages de couleurs primaires, font leffet dun stromboscope silencieux et inépuisable, malgré des intermèdes de noir total.
Les bribes dinformation, devinées à travers les images dévénements médiatiques surexposés, interrogent, dune part, la validité de limage dans une actualité qui se sature elle-même, et, dautre part, la potentialité dun souvenir intact dès lors que loeil absorbe chaque jour une quantité de flux lumineux innombrables.
Le seul souvenir devient alors non plus celui dun contenu mais dune forme, offrande archaïque et statique posée au sol, moulages à la main de ce que loeil na pas eu le temps denregistrer.
Œuvre(s)Jan Kopp,
Monstres (rep.), 2003. DVD, couleur, son. 60.
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