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ART | CRITIQUES
Walead Beshty, Louis Cameron ...
Buy American
07 févr. - 06 mars 2004
Paris. Galerie Chez Valentin
De l’art "Made in USA" comme médiateur : l’exposition de huit artistes américains cherche à nous réconcilier avec une Amérique différente et à nous convaincre par dérision d’"acheter américain". Ce manifeste plastique obtient d’autant plus facilement notre adhésion que les œuvres présentées se montrent signifiantes dans leurs compositions formelles et critiques à l’égard des dérives et excès de la société de consommation.


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Joe-Scanlan-<em>False-Spring<-em>-2000-Courtesy-Galerie-Chez-Valentin

Joe-Scanlan-<em>Self-Portrait-(Pay-Dirt)<-em>-2003-Photo-Courtesy-Galerie-Chez-Valentin

Joe-Scanlan-<em>Self-Portrait-(Pay-Dirt)<-em>-2003-Photo-Courtesy-Galerie-Chez-Valentin

Joe-Scanlan-<em>False-Spring<-em>-2000-Courtesy-Galerie-Chez-Valentin

  
Par Gérard Selbach

Monter une exposition de huit artistes américains autour de la bannière étoilée de 2,20 m sur 10 m semble naturel après le 11 septembre quand on sait qu’aux Etats-Unis le célèbre "Stars and Stripes", symbole de l’empire triomphant, orne la porte de bien des maisons et décore même les bureaux dans un élan de patriotisme exacerbé. Mais, dans la galerie Chez Valentin, le drapeau (Chutes) relooé par Joe Scanlan, l’artiste-curateur, prend des allures subversives et parodiques par l’emploi de chutes de tissu et la multiplication du nombre d’étoiles et de bandes blanches et rouges, et renvoie ainsi au souhait à peine voilé de la chute de la Maison Bush et d’un empire américain va-t-en guerre.

Cette dissidence, très symbolique d’un rejet des valeurs politico-économiques incarnées par le président et son entourage, donne le ton à la thématique de l’exposition du plasticien qui veut en faire un manifeste contre une "certaine" image de l’Amérique et pour un appel à la réconciliation des Français avec l’"autre" Amérique, incarnée par les artistes présentés, d’où le titre ambivalent Buy American. S’il tourne en dérision le slogan utilisé il y a vingt ans pour lutter contre la concurrence des voitures japonaises, et toujours actuel puisqu’il était au cœur d’un débat au Congrès en 2003, Joe Scanlan se sent porteur d’une mission possible, sorte de héros pourfendeur de l’axe du mal-consommer et du mercantilisme et défenseur d’une contre-culture artistique alterconsommatrice.

L’un des intérêts - et non des moindres - de cette installation collective est la stratégie narrative mise en scène, les murs et le sol de la galerie servant de storyboard. Joe Scanlan réussit à relier huit artistes et trente-neuf œuvres indépendantes, hétérogènes par leurs vocabulaires formels, et déconnectées au moment de leur création, en un discours qui construit du sens. Il parvient à ordonner les éléments figuratifs en une séquence organisée, en une série chronologique qui permet de les embrasser en un tout signifiant comme autant d’épisodes d’une progression dramatique. Plus que de simples reflets autobiographiques de la "réalité", ces œuvres apparaissent donc comme des composants structurant une interprétation collective négative de la société marchande.

Le parcours de visite commence par les dix photographies de Walead Beshty, intitulées Phenomenology of Shopping. Celles-ci plantent le décor et la problématique de l’univers commercial. Le photographe décline l’expérience d’achat dans dix lieux de perdition du shopper, allant de Party America, Filene’s et J. Crew pour s’achever à FAO Schwartz ("The Ultimate Toy Store" sur Fifth Avenue), qui font perdre la tête à l’acheteur, au sens propre et figuré. Dans chacun des clichés, la victime fascinée plonge la tête dans les vêtements et s’immerge dans les marchandises : une description directe et concrète de l’expérience vécue, une quête de l’essence même du comportement d’achat pour faire prendre conscience de l’exploitation commerciale et amener le client à cesser de "faire l’autruche". En cela, "la phénoménologie est révélation du monde, c’est réapprendre à voir le monde", disait Maurice Merleau-Ponty dans sa Phénoménologie de la perception.

D’autres facettes de l’expérience de consommation se trouvent également dans les citrons, concombres et autres pains de Martha Friedman. Ses figurations réalistes, en polyuréthane peint, jettent la confusion et l’illusion et mêlent visuellement l’ambiguïté entre original et copie, vrai et faux, fruit, légumes et références sexuelles, à l’instar des artistes du pop art qui choisissaient leurs sujets, "accessibles au plus grand nombre", parmi les denrées et les aliments emblématiques de la société de consommation.
Le clin d’œil à l’art pop est repris par Louis Cameron dans ses puzzles conçus à partir des emballages d’un paquet de poudre à laver Tide et du paquet de cigarettes Newport. Toutefois sa réinterprétation des Caisses de Brillo d’Andy Warhol est totale et conduit l’artiste à calculer le pourcentage de couleurs rouge et jaune, dans le cas de la boîte de Tide, à peindre le même pourcentage de morceaux de puzzle, enfin à remonter les pièces au hasard, de manière non préméditée. L’œuvre se crée lors de l’assemblage, le résultat restant imprévisible : une manifestation donc inverse du pop art.

De ces emballages, Hirsch Perlman en fait aussi le thème d’une série de dix photographies en noir et blanc, prises sur une durée de plusieurs jours (93?), chacune soigneusement numérotée en une sorte de documentaire : du Day 1.1. au

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