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ART | CRITIQUES
Hubert Duprat
Hubert Duprat
08 janv. - 05 févr. 2005
Paris. Galerie Art: Concept
Exploitant une veine d’hématite noirâtre pour en couvrir la surface interne de cinq énormes veines blanches et lisses, Hubert Duprat propose un travail d’une matérialité frontale où se mêlent art mastic et technique lapidaire, matériaux modernes et substances terrestres, vision organique et image primitive.


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Par Gérard Selbach

Artiste discret, Hubert Duprat ne réalise qu’une à deux œuvres par an, préférant son atelier du sud de la France, son huit clos créatif, à l’agitation de la scène parisienne. Et puis il lui faut un temps d’investigation et d’exploration. Il lui faut également un temps pour concrétiser l’idée, mettre au point de nouvelles techniques de fabrication, inventer même de nouvelles machines ettoujours affiner et peaufiner comme dans le cas de l’œuvre proposée par la Galerie Art : Concept : Sans titre (2003-2005).

Ce sont cinq tubes de deux mètres de long environ et de 15 cm de diamètre, réalisés en mastic de carrosserie blanc, à la surface douce et lisse, qui s’empilent et s’enchevêtrent. L’intérieur de chaque conduit est entièrement recouvert de galets arrondis et polis d’hématite noirâtre, rangés de façon régulière. En tout, quelque 380 kg de palets de minerai de fer en tapissent la surface.

Le plasticien a commencé son travail minutieux de montage par l’intérieur, puis a retourné l’ensemble pour finir l’assemblage et la pose du mastic extérieur. La singularité de la proposition reflète ce temps d’incubation, d’intériorisation, d’acquisition d’un nouveau savoir-faire avant de parvenir à la fabrication. L’œuvre renvoie aussi à la démarche de l’artiste sur sa dialectique permanente entre la nature et l’humain, sur son dialogue entre le réalisme et l’abstraction, l’intérieur et l’extérieur. Elle incarne sa quête d’une harmonie esthétique et d’une réconciliation entre des dimensions antithétiques.

Hubert Duprat poursuit son jeu de camouflage et sa recherche sur le thème du caché-montré, mais inversé cette fois par rapport à Coupé-Cloué (1991-1992) où les troncs d’arbres de cinq mètres de long étaient plantés de 70 000 clous de laiton, ou à A la fois, la racine et le fruit (1997-1998) où les branches étaient recouvertes de plaquettes d’os. L’artiste ne nous montrait que l’extérieur ; il jouait avec la lumière sur les matériaux de couverture.

Dans l’œuvre présente, à l’immédiateté de sa proposition, à la radicalité du « donner à voir », il affirme sa volonté de dissimuler en partie, de dérober à la vue un pan de réalité qui est soustrait partiellement au regard, mais que nous savons être bien là.
Cette fois-ci, la lumière pénètre les entrailles. Notre regard peut fouiller l’ombre, scruter la profondeur mystérieuse des conduits. Notre curiosité nous pousse à nous pencher pour percevoir le tréfonds bosselé d’hématites de ces sortes de terriers. Il nous prend l’obscure envie de passer la main sur la surface veloutée et mate de ces grosses tubulures, de glisser la main à l’intérieur pour en palper la structure, pour en découvrir la richesse cachée et en recomposer mentalement sa réalité.

Nous ne pouvons réduire l’œuvre à sa seule étantité, car elle nous conduit au cœur de l’imagination matérielle et à l’essence de la vision esthétique du plasticien. Elle révèle aussi une évolution dans sa création interventionniste. Alors qu’il montrait conjointement la présence de la main de l’homme et sa volonté d’imiter la nature dans sa proposition réaliste du fourreau protecteur en matières précieuses du trichoptère (Larve aquatique de trichoptère avec son étui, 1980-1998), l’artiste se tourne ici vers une épuration abstraite des formes, vers une importance grandissante du médium pour ce qu’il est, et vers une exploration plus fouillée et complexe du visible et de l’invisible, de l’intériorité et de l’extériorité. Il semble ici intérioriser l’externalité de la matière.

L’étude sémantique des titres que Duprat attribue à ses œuvres, est révélatrice d’un déplacement créatif vers l’art conceptuel qu’il a vécu au fil des ans. S’il aime mêler règne animal et matières précieuses, règne végétal et matières animales, il le fait savoir et le détaille en une sorte de tautologie dans sa première expérience naturaliste : Larve aquatique de trichoptère avec son étui (1980-1998).
Puis il décrit le mode opératoire, le processus de déconstruction et de reconstruction des fragments de roche dans Cassé-Collé (1991-1992) ou la coupe des troncs d’arbres plantés de clous de laiton dans Coupé-cloué (1991-1992).
Ce sont ensuite la matière et le lieu qui préoccupent l’artiste : un bouquet de corail relié par de la mie de pain dans Corail/Costa Brava (1997-1998) et un vase composé de plaquettes d’ambre de

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