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ART | CRITIQUES
Guillaume Leblon
Rupture de correspondances
17 nov. - 22 déc. 2007
Paris. Galerie Jocelyn Wolff
Dans l’exposition de Guillaume Leblon à la galerie Jocelyn Wolff, aucune œuvre achevée, aucune démonstration, aucun aboutissement de projet. Plutôt la mise en lumière d’un état de suspension, l’état de la création elle-même. La source tellurique de l’œuvre.


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Par Stéphanie Katz

Dans l’espace austère, des éléments imprécis semblent avoir été déposés, presque abandonnés. Ici des chutes de verres découpées en lamelles, qui évoquent la baie dont elles seraient les restes inutilisés. Ailleurs, une improbable pièce de bois blond et lisse qui hésite entre le banc nordique, la table de salon, un landau inutilisable ou un jouet d’enfant aux proportions démsurées.
ce à la porte, l’ébauche d’un puits construit de briquettes de glaise propose dès l’entrée une mise en scène insaisissable au visiteur: évocation du désert, de l’œil de Caïn ou des contes pour enfants. Jusqu’ici, peu d’éléments repérables et articulables.
Ce n’est qu’après un certain temps d’adaptation que le regard s’aperçoit qu’un des murs de la galerie est recouvert d’un «papier peint» qui duplique les imperfections d’un autre mur, celui très probablement d’un atelier.

La cohérence se met lentement en place: nous serions justement au cœur du laboratoire, sur la scène des incertitudes, flottant au-dessus d’un lieu indéterminé dans lequel les choses se font hésitantes, mêlant les usages et les inutilités, s’offrant à la contemplation autant qu’à la manipulation.
Aucune œuvre achevée donc, aucune démonstration, aucun aboutissement de projet. Plutôt la mise en lumière d’un état de suspension, l’état de la création elle-même.

C’est alors qu’il est temps de se pencher en direction du moniteur qui diffuse un film, brève boucle de quelques minutes se déroulant quasi-silencieusement à ras du sol, à la manière d’une légende sous l’atelier-laboratoire.
A y regarder de près, le film semble raconter une histoire des origines, des origines de l’œuvre. A la faveur de ce qui semble bien être une performance, le sol de l’atelier a été intégralement couvert d’une épaisse couche de glaise humide. Englouti sous un argile immémorial, le sol de cet atelier n’est plus celui d’un territoire à vivre, offert au déplacement ou au repli.
Le corps acéphal d’un artiste cadré des pieds aux épaules est là pour mettre en évidence la pénibilité du déplacement, l’aspiration de la pesanteur par la glue du sol, et la gène que procure le contraste entre une boue primordiale et les murs blancs d’un bâti initial, faisant figure de l’aube de la civilisation.

Au gré de leurs déplacements laborieux, le corps et les mains de l’artiste tentent de construire une négociation entre la dimension tellurique du site et les éléments de civilisation qui lui échappe.
Une sphère, évoquant tout à la fois une planète, un crâne, une perfection mathématique ou un ballon ludique, est roulée dans la boue, enduite du jus terreux, caressée comme pour inventer la rencontre entre la dimension archaïque de la création et sa part de maîtrise cultivée.
Progressivement, un monde du dessus émerge, monde de culture et de lumière qui se détache du sol des origines pour s’élever en structures et constructions. Tout un monde de formes, de limpidités et d’élaborations qui tranchent singulièrement avec la glaise d’où elles proviennent, glaise qui fournit le terreau originel.

Un film en forme de métaphore donc. Un film qui fonctionne comme la solution à l’énigme mise en place par l’installation dans la galerie. Il serait question de plonger au cœur du processus de la création, processus qui procède d’un heurt entre archaïsme et conception fragile, brutalité et délicatesse, nature et culture. Un film qui donne à voir la source tellurique de l’œuvre.

Œuvre(s)
Guillaume Leblon
Puits, 2007. 34 cm high, 105 cm de diamètre.
Meuble, 2007. 185 x 95 x 51 cm.
Frame of a window, 2007. Verre. 250 cm long.

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