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ART | CRITIQUES
Gilles Barbier
Barbier ou la mémoire
19 janv. - 25 févr. 2007
Paris. Galerie G.-Philippe & Nathalie Vallois
Il y a du «ressassement» dans l’œuvre de Gilles Barbier, un ressassement qu’il se plaît à mettre en scène et à revendiquer. Son œuvre se tisse au fil du temps, son propos se construit…


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Gilles-Barbier-<em>Le-Cockpit<-em>-(d-eacute;tail)-2007-Technique-mixte-309-h-x-465-x-225-cm-Courtesy-Galerie-G-P-N-Vallois

Gilles-Barbier-<em>Two-Worm-Holes<-em>-2007-Gouache-sur-papier-140-x-250-cm-Courtesy-Galerie-GP-N-Vallois

  
Par Léa Bismuth

Il y a du «ressassement» dans l’œuvre de Gilles Barbier, un ressassement qu’il se plaît à mettre en scène et à revendiquer. Son œuvre se tisse au fil du temps, son propos se construit. Ainsi, les mêmes objets et les mêmes thèmes accompagnent les expositions de cet artiste nominé pour le prix Marcel Duchamp en 2005.

Et justement dans cette exposition, on retrouve cet univers énigmatiqueet burlesque où les œuvres semblent s’opposer et ne rien avoir à faire les unes avec les autres.
C’est dans cette perspective que l’ensemble des sculptures de cire qui frappe le regard dès l’arrivée, présentant quatre personnages les pieds collés au plafond et portant banderoles immaculées, fait face à un tableau dominé par une écriture graphique, des figures géométriques et de petits personnages.
Gilles Barbier explique qu’il aime consteller son travail de tout un tas de «parasites» qui sont autant de «narrateurs» et d’«outsiders» visant à créer des situations de blocage de l’image et de l’œuvre en général. Ces «parasites» sont aussi un clin d’œil à une des passions fondatrices de Barbier: la bande dessinée.

Dans la pièce principale, on découvre une grande sculpture intitulée le «Cockpit», mais qui ressemble davantage à une sorte de rafiot fait de bric et de broc, rafiot à la fois futuriste et décadent. Sur ce rafiot, des sacs de «beans» (haricots), des bidons et des peaux de bananes côtoient paradoxalement des formes géométriques très élaborées qui rappellent les schémas moléculaires.
Encore une fois, les opposés s’attirent, les discours s’échangent, le langage manque à dire ce qui nous est proposé. Sur ce rafiot, on retrouve des petites bulles de BD, des bulles cette fois interrogatives : Ludwig ? Sigmund ? Karl ? Giorgio ?. Peut-être que les survivants du naufrage s’interpellent mutuellement ; ils auraient alors des prénoms pour le moins évocateurs…

Les éléments présents dans la sculpture font écho aux tableaux présentés sur les murs. Le «cockpit» n’est plus qu’en deux dimensions, tout comme les «beans» ou les bananes. D’autres éléments rappellent les thèmes chers à Barbier tels que l’obésité, les vers de terre, les bulles de langage.

Enfin, la série des tableaux «Melting» — traduisons «fondus» — se décline : Melting Crowd, Melting Town, Melting Memories, Melting Words, Melting Labyrinth. La foule, la ville, les souvenirs et même les mots sont représentés comme pris dans un processus de fonte, de lent délitement, laissant une forte impression de perte et de disparition. Barbier nous dit peut-être que toute saisie et impossible, que toute signification est toujours prise dans un réseau (rhizome deleuzien ?) beaucoup plus complexe comme en témoigne les télescopages d’images et de thèmes à l’intérieur de ses œuvres.

Une exposition qui empêche tout discours et qui dit que tout discours est un marécage.

Œuvre(s)
Gilles Barbier
La Révolution à l’envers, 2007. Technique mixte, cire, cheveux, vêtements, bois. 310 h x 210 x 170 cm.
Le Cockpit, 2007. Technique mixte. 309 h x 465 x 225 cm.
Two Worm Holes, 2007. Gouache sur papier. 140 x 250 cm.

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