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ART | CRITIQUES
Gil Heitor Cortesão
The Remote Viewer
24 mai - 26 juil. 2008
Paris. Galerie Suzanne Tarasiève
La galerie Suzanne Tarasiève organise avec une toute récente série d'œuvres de Gil Heitor Cortesão la première exposition personnelle de cet artiste portugais singulier, auteur de peintures sous plexiglas où le temps semble s'être arrêté. 


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Par Magali Lesauvage

On avait découvert les œuvres de Gil Heitor Cortesão l'an passé dans l'exposition collective «A Postcard from The Volcano», organisée par Chris Sharp et Emilie Bannwarth chez Suzanne Tarasiève, notamment le monumental Piscina (2007), pièce fantomatique réalisée dans cette même technique d'huile sous plexiglas.

On retrouve dans les peintures récentes de Gil Heitor Cortesão cette bsession du temps capturé. De même que la plaque de plexiglas enferme la peinture dans une sorte de cadre-boîte, les scènes représentées semblent encloses dans le temps, dans une éternité qui appartient déjà au passé, et dont certains signes les emprisonnent dans une modernité dépassée.

Comme l'indique le titre de l'exposition, le spectateur est mis à distance et la vision est délibérément lointaine. S'inspirant de photographies d'époque, Gil Heitor Cortesão s'intéresse aux décors de l'architecture moderniste, plus ou moins laissés à l'abandon, comme dans cette somptueuse première œuvre de la série The Remote Viewer, représentant une ancienne salle de spectacle dont la scène est une sorte d'effrayant trou béant.

Peignant sur l'envers du support transparent — en commençant donc par le premier plan, pour terminer par le fond —, comme à rebours du temps, Gil Heitor Cortesão retrouve dans sa technique de la peinture quelque chose qui a à voir non seulement avec la photographie, mais aussi avec le cinéma.
Si les dégoulinures de peinture évoquent les injures du temps et l'usure des photographies anciennes dont les composants chimiques se détériorent, la monumentalité des intérieurs, notamment ceux disposés dans un format «16/9e» de cinémascope, fait penser à des vieux décors de studios des années 1950, reproduisant des intérieurs au design impeccable, représentatifs d'une modernité aujourd'hui sinistrée.

Lieux de convivialité, lieux de débats, ces intérieurs sont vidés de toute âme — à l'exception de The Remote Viewer #03, qui représente une sorte de salle des congrès, qu'occupe en son centre, à la place du parterre, un immense et énigmatique rectangle sombre. Le silence qui émane de ces scènes crée le malaise. L'immobilité des compositions renvoie à une mélancolie sourde, à une esthétique de la ruine romantique. La recomposition de la réalité par la peinture, à partir de la photographie, ainsi que sa captation et son visionnage dans une boîte, par écran interposé, évoquent le processus de réinterprétation du réel par le cinéma. Ce constat est redoublé lorsque l'artiste représente des théâtres désaffectés, qui se métamorphosent alors en monumentales vanités.

Œuvre(s)
Gil Heitor Cortesão
The Remote Viewer #01, 2008. Huile sous plexiglas. 135 x 200 cm
The Remote Viewer #02, 2008. Huile sous plexiglas. 135 x 200 cm
The Remote Viewer #03, 2008. Huile sous plexiglas. 120 x 200 cm
The Remote Viewer #04, 2008. Huile sous plexiglas. 72 x 120 cm
The Remote Viewer #05, 2008. Huile sous plexiglas. 72 x 135 cm
The Remote Viewer #06, 2008. Huile sous plexiglas. 72 x 130 cm
The Remote Viewer #07, 2008. Huile sous plexiglas. 72 x 130 cm
The Remote Viewer #08, 2008. Huile sous plexiglas. 72 x 130 cm
The Remote Viewer #09, 2008. Huile sous plexiglas. 37 x 58 cm 

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