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ART | CRITIQUES
Gérard Garouste
Gérard Garouste. La Bourgogne, la famille et l’eau tiède
12 janv. - 26 févr. 2008
Paris. Galerie Daniel Templon
Dans cette exposition de Gérard Garouste, on découvre de vraies peintures, et un vrai peintre, doté d’une virtuosité formelle et picturale qui fait bien souvent penser à Chagall… 


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-nbsp;-nbsp;-nbsp;-Courtesy-Galerie-Daniel-Templon-©-Gerard-Garouste

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-nbsp;-Courtesy-Galerie-Daniel-Templon-©-Gerard-Garouste

  
Par Léa Bismuth

Cette exposition est un gigantesque autoportrait où Gérard Garouste se met en scène et se dévoile dans des peintures narratives et symboliques. On y croise des ânes, des joueurs de flûte venus d’une autre époque, des objets allégoriques…

Dans son Autoportrait en âne, l’artiste se représente sous les traits d’un âne diabolique : seul son visage est humain, c’est un visag de fou, un visage lubrique dont le rire suscite l’angoisse. Tel un satyre, l’âne exhibe sa langue pointue et semble sur le point de violer une nymphe.
Cet autoportrait de 2007 fait partie d’une série d’œuvres où Gérard Garouste se représente en faisant parallèlement le portrait du comédien Denis Lavant. Cette série accompagne le travail de dramaturge de Garouste qui a écrit une pièce de théâtre : Le Classique et l’Indien (au théâtre du Rond Point du 29 janvier au 28 février 2008) où l’artiste et le comédien font ensemble une performance visant à mettre en scène les relations rabelaisiennes entre l’image et le mot.

Des personnages récurrents jalonnent l’exposition, celui du jeune joueur de flûte sous les traits de Denis Lavant, ou encore celui du sourcier souriant d’un air étrange sous les traits du peintre. Ce sont autant de personnages d’un drame qui se joue là, sur les murs, d’un drame menaçant de folie celui qui l’approche d’un peu trop près…
L’exposition côtoie justement la folie, et son acolyte, la fée suicide. Le motif du puits évoque certainement une mort terrible et l’épreuve de l’obscurité de même que le revolver, la violence du geste imposant le silence.

L’histoire que les toiles nous raconte est une histoire des origines, l’histoire de l’humanité qui se déroule dans l’histoire d’un individu en une sorte de mise en abyme baroque. La palette de l’artiste évoque cette histoire ténébreuse en des tonalités pour le moins denses et souvent oppressantes, en des rouges furieux, des marrons et violets menaçants d’exploser en orage, des bleus crépusculaires.
De même, Gérard Garouste violente ses figures : les membres des personnages se tordent et se contorsionnent, obéissant à une déformation gigantesque où l’humain va de pair avec l’animal, où les membres du corps s’allongent et se ramifient. Ici, une croupe féminine s’épanouit en une paire de pattes munies de sabots (Secret de famille), là un corps noueux se réduit à une tête et des membres cassés (Chien méchant).

L’inversion devient métaphore picturale : dans les toiles de Gérard Garouste, l’être humain à la tête en bas et défie Dieu en bafouant le principe de transcendance. L’artiste perce le secret de l’organisation sclérosante du monde et lui demande de s’agenouiller.

Catalogue de l’exposition :
Gérard Garouste. La Bourgogne, la famille et l’eau tiède. Textes de Gérard Garouste, propos recueillis par Hortense Lyon, éd. Galerie Daniel Templon, 2008, 64 pages couleur bilingue anglais-français. 

Œuvre(s)
Gérard Garouste
Alma, 2005. Huile sur toile. 270 x 320 cm
Passage (autoportrait), 2005. Huile sur toile. 260 x 205 cm
L’étudiant et l’autre lui-même, 2006. Huile sur toile. 200 x 260 cm
Le puits, 2007. Huile sur toile. 114 x 195 cm
Secret de famille, 2006. Huile sur toile. 200 x 260 cm
Caved, 2007. Huile sur toile. 195 x 160 cm
Logique, 2007. Huile sur toile (triptyque). 195 x 97 cm chaque
Isaïe d’Issenheim, 2007. Huile sur toile (diptyque). 260 x 200 cm chaque
Le coup de l’étrier, 2007. Huile sur toile. 270 x 320 cm
La source, 2007. 46 x 38 cm
Autoportrait en âne, 2007. Huile sur toile. 46 x 33 cm
Le sourcier, 2007. Huile sur toile. 195 x 160 cm
Chartres, 2007. Huile sur toile. 270 x 320 cm
Casso, 2007. Huile sur toile. 195 x 160 cm 

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VOS RÉACTIONS
1 réaction


Jean-Claude Santier
Gérard Garouste dégage dans ses oeuvres une telle lumière fascinante.
Cette exposition me semble être, même si elle n'est peut-être pas la plus grandiose, celle qui nous montre Gérard Garouste tel qu'il a bien voulu nous montrer son cheminement dans la vie.

C'est un type merveilleux, qui ne se positionne jamais en"sachant" mais en "apprenant" avec une rare humilité qui force le respect. Avec lui, on se sent bien, il se situe dans une posture où il ne domine personne, et pourtant c'est une référence picturale, un artiste rare, sur qui les médias n'en font pas des tonnes....
Aimons le vivant avant que la mort ne lui trouve du talent comme nos grands peintres, parfois ruiné pendant leurs vies et qui se retrouvent en pleine lumière dans nos grandes expositions.
Dans son oeuvre que je prétends bien connaître, la trace,le fil conducteur , est omniprésent. Cette dernière exposition montre son trajet initiatique et nous permet de voir la façon même qu'il restitue en sa peinture de sa vie en Bourgogne.

Ne restons pas à ce premier degré d'analyse de la grille de la compréhension, Garouste est plus complexe dans ses oeuvres qu'il peut en avoir l'air à des profanes.
En effet, c'est l'âme au plus profond de ses tourments qui nous est jeté au visage, avec cette lumière dont nos yeux ne peuvent en supporter l'éclat.
Cet expressionnisme modernes s'affiche comme un jeu, pour nous ouvrir les yeux sur nos propres devenirs sur nos propres passés. Il est ici sous entendu car Garouste est très fin: pas de passé,pas d'avenir.

Cette profession de foi qui va bien avec cet homme bon, généreux, honnête, et tellement soucieux de son prochain et de ses contemporains, ne serait ce que par cette association qu'il anime "La Mesangère" et a fondé, en dit long sur sa démarche intellectuelle, de cet homme dont je remercie Dieu de l'avoir placé sur mon chemin, car dans une vie, il est rare de pouvoir rencontré deux personnes si riches intellectuellement, si rares dans le talent, si pédagogues dans ses oeuvres, et les voir, les revoir, se dire qu'ils sont toujours là nous fait à nouveau espérer, nous remet le coeur en marche, quand on commence à douter des hommes et de la tournure que prend notre société où le politique devient peoplisation, et où les repères manquent, car Gérard travaille plus pour gagner plus mais pour son association, pas pour être le plus riche de son cimetière.
07 févr. 2008





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