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ART | CRITIQUES
Loris Gréaud, Gary Hill
Loris Gréaud - Gary Hill
05 juin - 24 juil. 2004
Paris. Galerie GB Agency
Deux expositions se tiennent parallèlement dans l’espace de la galerie : le rez-de-chaussée, réaménagé occasionnellement en espace de projection, accueille une programmation de vidéos de Gary Hill. Au sous-sol est présentée « Ending Introduction », installation de Loris Géraud. L’œuvre d’un artiste vidéaste consacré côtoie ainsi la première exposition personnelle d’un jeune artiste.


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Loris-Gr-eacute;aud-<em>Spores-Speakers<-em>-2003-Installation-sonore-Dimensions-variables-Courtesy-galerie-GB-Agency

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Loris-Gr-eacute;aud-<em>Stretch<-em>-2004-Installation-architecturale-profils-en-aluminium-raccords-en-aluminium-film-plastique-noir-opaque-Dimensions-variables-Courtesy-galerie-GB-Agency

  
Par Pierre Juhasz

Deux expositions se tiennent parallèlement dans l’espace de la galerie : le rez-de-chaussée, réaménagé occasionnellement en espace de projection, accueille une programmation de vidéos de Gary Hill. Au sous-sol est présentée « Ending Introduction », installation de Loris Géraud. L’œuvre d’un artiste vidéaste consacré côtoie ainsi la première exposition personnell d’un jeune artiste.

Les vidéos mono-bandes de Gary Hill traversent, en une vingtaine de titres, une vingtaine d’années de création et montrent comment cet artiste majeur a contribué à faire du médium vidéographique un paradigme de la création contemporaine. Interrogeant les différents registres sémiotiques, l’image, le texte, le son, exploitant les particularités offertes par l’image électronique, Gary Hill se sert de la technologie pour convoquer le corps — d’autant plus que la technologie a tendance à l’absenter —, pour convoquer la voix, le langage, pour interroger les différentes formes d’expression et ce qui se joue entre elles, entre texte et texture, entre visibilité et lisibilité, entre signe et figure.

Travaillant l’image électronique comme un matériau à part entière, jouant des interférences entre matérialité et immatérialité, brisant l’image avec la voix, faisant image avec la voix, comme c’est le cas dans Full Circle réalisé en 1978, les recherches de Gary Hill explorent diverses formes de langage — balbutiements, allitérations ou palindromes (Ura Aru, 1985-86) — jusqu’à son rejet par le corps, comme c’est le cas dans Solstice d’Hiver (1990). Gary Hill déclarait dans un entretien en 1998 : « Je pense que je suis personnellement attiré par la physicalité, par une approche que l’on qualifierait de « ici et maintenant ».
Il ne s’agit pas simplement du « ici et maintenant » tel qu’on l’entend mais de cette médiation avec le monde physique différente de la pensée décrite. Elle a davantage à voir avec le territoire du sens, avec la physicalité de la pensée elle-même, cette pensée qui est transmise par la voix, par le grain de la voix. Je veux relier les diverses textures afin de les briser de telle manière qu’elles interviennent dans notre façon de voir l’image, afin de réveiller les possibilités de l’image (…) ». Ce sont ces possibilités de l’image, ce questionnement sur la physicalité de la pensée et la portée polysémiotique de l’œuvre à l’ère du multimédia, que nous montre cette programmation de vidéos simples et fortes, sans mise en espace particulière, sinon un espace de projection convivial dans l’espace de la galerie.

Quelques marches plus bas, l’espace s’ouvre sur « Ending Introduction » de Loris Gréaud.
Quatre pièces hétérogènes sont en interaction et elles composent la première exposition personnelle de l’artiste : une bande vidéo intitulée Projection dont les images de volutes de fumée alternent avec les éclairs violents de Rorschach System, dispositif de cinq projecteurs halogènes activés périodiquement, Spores Speakers pièces en suspension qui s’apparentent à des spots lumineux arborescents, en fait, des enceintes acoustiques, diffusent un flux sonore qui teinte l’espace d’un climat particulier et  « Stretch », installation architecturale pénétrable, composée d’une structure en aluminium sur laquelle est tendu un mince film plastique noir opaque.

Chacune de ces pièces possède une relative autonomie — elles sont conçues comme indépendantes — mais au sein de cette présentation, elles se contaminent les unes les autres pour créer une ambiance singulière, pour proposer au spectateur une singulière expérience de l’espace. Si l’image double, en miroir, projetée à même le mur de la galerie, donne à voir dans sa lenteur une fumée dansante en de mobiles et multiples arabesques, l’œil n’a pas pour autant le temps de se poser, de s’apaiser, puisqu’une lumière aveuglante issue de Rorschach System soudain l’éblouit et vient inonder l’espace en effaçant, par son intensité, le film projeté sur le mur. L’image part littéralement en fumée pendant que des phosphènes traversent le regard. Puis, de façon cyclique, les lumières s’éteignent, l’image redevient visible. L’interférence de ces deux pièces réside jusque dans leurs titres : le dispositif de lumière aveuglante — en somme, une Projection, titre du film — porte le nom de Rorschach et c’est l’image symétrique des indécidables figures mouvantes qui rappelle le test du même nom.

L’interférence est bien le phénomène qui traverse l’ensemble de l’exposition. De façon centrale,

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