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ART | CRITIQUES
Adel Abdessemed, Atelier van Lieshout...
Sculpture
29 oct. - 11 déc. 2004
Paris. Galerie Anne de Villepoix
De la sculpture pour être en prise avec le monde. Une exposition collective où les œuvres interrogent l’homme d’aujourd’hui dans son rapport à l’espace, à son corps et à l’histoire. 


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Par Marie-Jeanne Caprasse

A l’entrée, un volcan en polystyrène bleuté diffuse la BO sirupeuse d’un vieux film hollywoodien relatant l’explosion du volcan du Krakatoa. Voilà le mélange détonnant qui constitue l’œuvre de Christoph Draeger. Il poursuit son travail de reconstitution des catastrophes dans le monde, jouant ici du contraste entre le romantisme de cette musique de style hollywoodien et la tragédie des faits.

Plusieurs oelig;uvres de Barthélémy Toguo sont dispersées dans le lieu. Que ce soit dans ses sculptures ou ses performances, l’artiste d’origine camerounaise explore un registre politique. II parle de l’exil et de l’immigration, en mettant l’accent sur les représentations des pays riches et des pays pauvres. Ainsi, ses énormes tampons estampent des constats tels que We Are All in Exil ou Women Men Exodus. Et ses Beauties on the Sand ont des fesses comme des ballons de football.

Quand l’architecture parle du passé et du présent, Carlos Garaicoa s’appuie sur des témoignages de l’espace urbain pour évoquer la violence des hommes. Deux installations se font face, elles se composent d’une maquette de maison en bois intégrée dans un petit tiroir. Une photo collée à même le socle fait référence à un bâtiment réel mais bien différent de ces maquettes idéales puisque leur construction a été abandonnée en cours de route. A l’arrière-plan, un profil de l’espace intérieur de la maison est délicatement dessiné à l’aide de fil bleu et d’épingles plantées dans le mur.

Autre pensée de l’architecture et de l’espace chez Hans Schabus qui présente ici la maquette d’une installation réalisée cette année au FRAC Lorraine. Un travail sur les connexions entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment l’a amené à construire une maquette en carton où il fusionne tous les volumes. Ainsi, il obtient une forme presque organique, faite de couloirs qui se croisent, suspendus, comme en apesanteur dans l’espace. Transitions, passages et réseaux font également l’objet de deux tableaux regroupant des plans et des photographies accompagnant la sculpture.

Recentrage sur le corps humain avec Erwin Wurm. Souvent confronté à un objet de la vie quotidienne, de manière incongrue, ce corps est pris en photographie. Ou alors il est remplacé par l’objet comme lorsque l’artiste habille les socles avec manteaux et chemise. Le décalage fait souvent sourire mais il fait aussi penser à la beauté surréaliste telle que Lautréamont l’a si bien décrite, « c’est beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ».

Allusion directe au sexel, deux œuvres se côtoient : l’une de l’atelier Van Lieshout et l’autre de Wang Du. La première représente deux personnages de forme pictographique, sans âme ni identité sexuelle, figés dans la position du fist fucking. Quand les formes anodines du quotidien brouillent les cartes des codes de bonne conduite… Wand Du, lui, a réalisé un tapis aux motifs explicites : numéros de téléphones portables et pictogrammes érotiques regroupés sous la bannière d’une « largest selection of adult pic ». Voilà un Tapis volant qui reflète une réalité virtuelle contemporaine, un monde d’images et de codes transmis par les ondes, tellement banalisé qu’il en perd toute notion de sensualité.

Deux sculptures de Satch Hoyt de la série « Le DonKingDom/In the Corner » incarnent des boxeurs en action construits à l’aide d’une multitude de petits gants de boxe. Elles évoquent la condition des noirs en Amérique : beaucoup de souffrance et de sueur accumulées, avec une référence directe à Don King, grand entraîneur de boxe devenu riche grâce à l’exploitation des rêves de gloire des noirs américains.

Fin d’exposition toute en légèreté avec une série d’œuvres de Franck Scurti issues de la série « Works for Rats ». Des énormes morceaux de fromage à trous en polyuréthane trônent sur un socle en bois à l’aspect grignoté. Le camaïeu de blanc est très esthétique et la vision humoristique de cet objet cher au rats fonctionne comme un clin d’œil à la thématique de l’exposition. A nos chères œuvres d’art qui trônent sur ces socles… 

Œuvre(s)
— Adel Abdessemed, Fire Space, 2004. Chariot métallique recouvert de peinture phosphorescente et bûches de bois calcinées. 120 x 100 x 50 cm.

— Christoph Draeger, A Million Times More Powerful than the H-Bomb (Krakatoa), 2004. Polystyrène, Turntable, disque de vinyle, amplificateur, l h-p. 180 x 180 x 90 cm.

— Wang Du, Tapis volant, largest Selection of Adult Picture Messages, 2002-2003. Tissage manuel, laine

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