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ART | CRITIQUES
Donald Baechler
Sculptures
27 nov. 2004 - 05 janv. 2005
Paris. Galerie Thaddaeus Ropac
Sculptures de figures humaines et d’objets triviaux : toutes en bronze, elles paraissent avoir été faites d’une boue épaisse et sombre. Leur surface grumeleuse capture la lumière et leur confère une forte présence.


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Donald-Baechler-<em>Plante<-em>-2004-Bronze-215-9-x-171-4-x-30-5-cm-Courtesy-galerie-Thaddaeus-Ropac

Donald-Baechler-<em>Pied<-em>-2003-2004-Bronze-68-6-x-25-4-x-19-1-cm-Courtesy-galerie-Thaddaeus-Ropac

Donald-Baechler-<em>Arbre-1<-em>-2003-2004-Bronze-211-x-138-5-x-45-cm-Courtesy-galerie-Thaddaeus-Ropac

Donald-Baechler-<em>Personnage-marchant<-em>-2003-2004-Bronze-305-x-220-x-40-cm-Courtesy-galerie-Thaddaeus-Ropac

  
Par Marguerite Pilven

Issu d’une génération qui a hérité de la rigueur minimaliste et conceptuelle des années 1970, Donald Baechler réintègre ce qui devenait tabou, la représentation de la figure humaine et de l’objet trivial, directement prélevés du quotidien.

L’étrangeté de ses sculptures provient plutôt du traitement particulier de leur matière : toutes en bronze, elles paraissent avoi été faites d’une boue épaisse et sombre. Le rendu grumeleux de leur surface fait vibrer de l’intérieur ces formes obscures, absorbant la lumière dans ses aspérités. Cette capture de la lumière par leur surface souligne la matérialité de ces sculptures et leur confère une forte présence.

Autre particularité de ces travaux : leur caractère à deux dimensions. On ne tourne pas autour de ces sculptures, on les regarde d’un côté ou d’un autre, comme les deux faces d’une pièce de monnaie. Leur aplatissement — au regard de la sculpture traditionnelle — comme leur contour accidenté se détachant avec netteté dans l’espace les fait ressembler à des ombres. Le motif de la sculpture est d’abord abordé par le sculpteur dans sa dimension graphique, parcouru et identifié par l’œil du spectateur dans son contour.

Ainsi, l’espacement entre les branches d’un sapin, les doigts d’un pied sculpté à la verticale où les tiges d’un bouquet de fleurs procède d’une alternance étudiée entre les vides et les pleins qui en fait la lisibilité, mais également d’une attention de l’artiste au rythme d’ensemble de l’objet. Bien que ces sculptures aient un caractère très dessiné, les extrémités toujours arrondies de leur forme en préservent le caractère organique.

Ces travaux présentent plusieurs paradoxes. Ils font penser à des ombres bien que leur caractère incarné soit une donnée essentielle, ils sont très graphiques mais donnent l’impression qu’on est maintenu au seuil de l’actualisation de la forme dans la matière. L’absence de tranchant dans les formes les situe du côté des désordres de la matière. Les sculptures imposent une présence sourde, opaque qu’on pourrait qualifier de nocturne. Ces formes accidentées et vibrantes qui retiennent la lumière semblent se situer à l’intersection de plusieurs devenirs possibles, comme figées dans leur mouvement d’extraction de la matière.

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