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ART | CRITIQUES
Pavel Braila, David Shrigley
Pavel Braila & David Shrigley
11 déc. 2004 - 29 janv. 2005
Paris. Galerie Yvon Lambert
Les œuvres de Pavel Braila témoignent d’une évolution sociale lente et laborieuse vers une culture plus occidentale. Si cette vision critique apparaît de manière plus ou moins distanciée dans les premières salles, elle se transforme en une actualité plus personnelle et plus cynique dans les productions de David Shrigley.


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David-Shrigley-<em>Sans-titre<-em>-2004-Dessin-Courtesy-galerie-Yvon-Lambert-David-Shrigley

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Par Isabelle Soubaigné

C’est dans un silence ponctué de bruits métalliques que le visiteur est invité à s’asseoir. Un banc fait face à une image de grande taille aux dominantes verdâtres. La gare de Ungheni s’affaire : on change les essieux des trains. Lourd processus mécanique, permutation inéluctable entre l’Est et l’Ouest. La frontière laisse apparaître de nouvelles normes, matérielles mais aussi politiques.
Shoes for Europe : passage d’un état à un autre, déplacement géographique mais aussi changement de condition humaine. La durée du film se superpose à l’attente des passagers inscrits malgré eux dans un système répétitif de transition. Intermédiaire suranné, métaphore de la différence. Cette vidéo clandestine affiche le constat d’une société à deux vitesses.

33 Revolutions Per Minute or Music on Bonnes : place à la contrefaçon. Les rêves des jeunes soviétiques s’exposent sous forme de symboles : les noms de marques et de stars de la pop maladroitement reproduits remplacent ces effigies inaccessibles à une partie de la population. Dans un coin de la pièce un tourne disque silencieux n’offre ses quelques notes de musique que de manière individuelle. Un casque nous relie à une machine anthropomorphe, thorax radiographié portant l’empreinte d’un 33 tours. Désir profond de changement, de métamorphose.

On replonge à nouveau dans l’obscurité. La performance filmée de Pavel Braila Recalling Events nous parle du passé. L’artiste allongé sur un tableau noir inscrit et efface aussitôt dans un mouvement circulaire les souvenirs furtifs q ui lui viennent à l’esprit. Rythmées par les bruits de la craie qui s’entrechoque séchement sur la surface, les traces éphémères de son intervention marquent le temps qui s’écoule. Le corps est accessoire de mesure et les vêtements abandonnés, dépouilles de l’action terminée, deviennent les palimpsestes de sa mémoire.
Retour brutal et cru en pleine lumière. David Shrigley nous livre ses confessions intimes sous forme de chroniques. Les traits incisifs de ses dessins et ses pages de textes manuscrits nous plongent dans un univers empreint d’humour noir et de sarcasmes. Faute, crime, sentiment de culpabilité, envie et injustice s’exposent comme des caricatures.

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