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ART | CRITIQUES
David Mach
Straight Up !
19 sept. - 08 nov. 2003
Paris. Galerie Jérôme de Noirmont
Sculptures faites du détournement d’objets industriels destinés à la consommation de masse. Des alliances magiques entre monstres imaginaires d’un monde moderne, et animaux symboliques ou connotés dans l’enfance, véhiculent une dimension diabolique et fictionnelle.


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David-Mach-<em>Grizzly-Little-Fucker<-em>-2002-Ours-en-peluche-aspirateur-de-poche-et-mixer-56-x-77-x-44-cm-©-David-Mach-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont

David-Mach-<em>Standing-Woman<-em>-Assemblage-de-cintres-en-m-eacute;tal-©-David-Mach-Courtesy-Galerie-Jerome-de-Noirmont

  
Par Clémentine Aubry

David Mach opère en effet une « transfiguration du banal » sur un mode plus ludique que philosophique, et un ton bien moins dénonciateur qu’humoristique.

Standing Man et Standing Woman, font autant référence à la statuaire antique qu’à Adam et Eve. Les courbes de leur allure à la fois imposante et gracieuse suggèrent bientôt leur véritable nature : ces quasi-coosses sont édifiés au moyen d’un assemblage de cintres façonnés et puis tressés à la manière d’un orfèvre. De l’objet initial, on ne distingue que les crochets, parfaitement alignés en surface des silhouettes, qui les font se hérisser et les enveloppent une sorte d’aura.
Sur le même principe, Reclining Woman montre une femme légèrement plus grande que nature lascivement étendue sur un canapé en cuir lustré par l’usage. L’objet domestique singulier, censé traverser les époques et les modes, capitule ainsi sous le poids apparent de l’excès de produits manufacturés, quotidiennement utilisés et pourtant si peu remarquables.

La force des sculptures de David Mach réside en effet dans le détournement d’objets issus de la production industrielle et destinés à la consommation de masse, qui deviennent une matière première transformable et assujettie au produit fini qu’est la sculpture.
On se rappelle notamment, des travaux précédents de David Mach, les vagues de piles de magazines imbriquées qui emportaient des objets du quotidien, voitures, meubles, ustensiles électroménagers, dans un de raz-de-marée figé.

Dans la même veine, sont présentées les nouvelles pièces de la série Animal Matchheads. Le bestiaire des têtes d’animaux rares constituées par l’assemblage et le collage d’allumettes à têtes multicolores, exposées à la manière de trophées de chasse, accueille maintenant un tigre, un ours, un panda, et s’enrichit de nouveaux coloris de bandes dessinées dans une sorte de naturalisme pop.

La série des Grizzly Little Fucker (2002) constitue une nouvelle approche des objets quotidiens inusités dans la sculpture. Ces oursons en peluche auxquels on a greffé des mâchoires aux canines dénudées, petits animaux inoffensifs et enfantins, brandissent des deux pattes, l’air féroce et victorieux, mixeurs, lampe torche ou perceuse, et maintiennent sous leur pied les victimes d’un prétendu massacre, canards ou chatons, gisant sur un socle de gazon fleuri.

À l’instar de ces créatures hilarantes qui évoquent néanmoins l’enfance et sa violence, les associations narratives entre rêve et symbole, fantasme et réalité, se poursuivent avec les Gargoyles (gargouilles) bicéphales, créatures fantastiques du Moyen ge, mi-homme mi-animal qui fascinent l’artiste. Elles sont agrippées aux murs de la galerie et surgissant d’un recoin, semblent prêtes à s’envoler à nouveau, transportant sur leur dos un bidon en fer destiné à recueillir substances dangereuses, ou bien encore une lance à incendie.

Ces alliances magiques entre monstres imaginaires d’un monde moderne, et animaux symboliques ou connotés dans l’enfance, véhiculent une dimension diabolique et fictionnelle. Dans A Nasty Piece of Work, le nain de jardin perché sur des tronçons d’arbre et brandissant lui aussi une scie tournante a les yeux révulsés et un rictus de folie cruelle barre son visage traditionnellement rougeaud et bienveillant.

Enfin, Paris Plage est une série de collages qui ont été spécialement conçus pour l’exposition, à la suite de la deuxième édition de l’opération cet été. Trois scènes imaginaires sont présentées au format tableau : une course de formule 1 sur la Place de l’Étoile, le panorama d’une colonie naturiste sur les bords de Seine en face de la tour Eiffel, enfin une plage de cocotiers parcourue par des chameaux et grouillant de candidats à la baignade, au pied de la Pyramide du Louvre.
Au-delà de la fascination de l’artiste pour cette plage à domicile, tout se joue ici autour d’une confrontation entre tourisme et culture de masse. Les fragments de photographies de magazines pixellisées plongent le regardant dans un jeu de piste sociétal et culturel vertigineux et vers une question mondiale : à l’heure du nivellement planétaire des us et coutumes et de l’amalgame culturel permanent, comment choisir ses loisirs ?
Ainsi, les images sont traitées suivant le principe du collage, mais l’impression globale est celle de gravures minutieuses, aux nombreux personnages et attitudes. Des « ingrédients » du monde moderne, chaussures de marque et romans best sellers, sont glissés ça et là, mais les images font aussi appel à l’histoire de l’art. On y voit des femmes nues adoptant des poses d’odalisque, et un Paris monumental sur fond de ciels impressionnistes.
La série Paris plage relève bien elle aussi

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