Par Marie-Jeanne Caprasse
Dès l’entrée, le regard est comme happé vers le fond de la pièce par
Le Baiser de Mars de Myriam Mechita. Un étrange moulage d’antilope recouvert de quelques 30 000 perles de rocaille. Les masses rouge, jaune, orange et gris clair pourraient faire croire à une bête écorchée. Pourtant, ces dessins n’ont rien d’anatomique, ils figurent sur le corps de l’animal une image de résonance magn&eac
te;tique de la planète mars. De là naît la fascination. Au-delà du travail d’orfèvre qu’a demandé l’ornementation du corps, la métamorphose de cette belle antilope nous fait voyager dans l’étrange, le territoire fantasmé de la planète mars.
Sur le mur du fond, vingt petits dessins aux couleurs délicates et vibrantes sont punaisés. Ils sont l’œuvre de Ruth Barabash, une artiste d’une trentaine d’années qui a grandi en Israël. A l’aide d’outils très simples : la gouache et le papier, elle transpose l’univers de la guerre dans un monde parallèle, un peu flou, celui de l’enfance. Trois acteurs prennent place : le cheval, la petite fille et la carabine. Le graphisme est presque enfantin. Les dessins forment un vaste puzzle de la mémoire. L’histoire est morcelée, la chronologie inexistante, avec deux images fortes, lorsque l’humain apparaît sous les traits d’une petite fille : une fois dans la position du chasseur, l’arme en main, et l’autre dans celle de la victime, trois fusils braqués sur son corps étendu.
A gauche, une grande gouache sur papier de Damien Cabanes joue également avec la fluidité et la transparence. Le blanc du papier domine et deux silhouettes de maison dans la verdure semblent flotter dans l’espace du tableau. Le trait est large, souple et rapide. Les formes sont floues et pourtant si évocatrices d’une réalité vécue, comme une exhalation de cet
Aveyron été 2001.
Dans un coin, une télévision semble laissée à l’abandon. Son écran est entièrement recouvert de petites billes de polystyrène.
On de Philippe Poupet fige une fois pour toutes dans la cire, l’image donnée par le petit écran. Elle vibre, elle grésille mais ne laisse rien transparaître. L’objet est inerte, la neige en a pris possession.
Sur le sol, reposent deux petits sacs aux formes molles figées dans la céramique. Ils portent les doux noms de
Marcel E. sur lopin et
Pétard. Auparavant, Gabrielle Wambaugh a travaillé des matériaux plus fluides comme les sacs en plastique. Mais actuellement en résidence à Den Bosch aux Pays-Bas, elle se concentre sur la notion de recouvrement. Par l’utilisation de deux émaux, elle réalise des céramiques à l’aspect lisse et aux couleurs pleines. Sa réflexion est toujours centrée sur la notion de territoire, concevant le sac comme un " Mobil Home " : une partie d’un monde personnel que l’on transporte partout avec soi.
Mais revenons sur nos pas où deux peintures abstraites se côtoient. La première, de facture traditionnelle, à l’huile, est de Paul Pagk. Son travail se concentre sur l’organisation des formes, des lignes et des couleurs. En résulte, ici, un tableau construit par aplats de couleurs et rythmé par quelques lignes. Equilibré et serein, il se livre de manière immédiate, sans autoriser l’œil à dépasser ce premier plan.
Changement de perspective avec
Points et Croix, où Didier Mencoboni envisage la profondeur et la dynamique des formes. Le regard plonge et circule dans cette multitude de points et de lignes organisée selon un motif répété : une forme carrée, délimitée par les lignes qui se croisent, avec en son centre, un point coloré. Les changements de couleur, d’un point ou d’un morceau de ligne à l’autre, rompent la répétition du motif et engendrent un nouvel équilibre fait de légèreté et de respiration.
Deux petits tableaux à l’huile de Kotscha Reist sont également à découvrir :
Shoe et
Buro landschaft. Sur la base de photographies, le peintre simplifie les formes pour aboutir au signe, à une forme qui signifie l’objet ou le paysage. Sa palette, faite de teintes cassées vert pâle et beige, et sa facture toute en transparence, évoquent la mélancolie ou la nostalgie.
Avec
What Wind Blows Beneath The Fire (Ce que le vent souffle sous le feu) de l’artiste britannique d’origine indienne Siobhan Liddell, l’expérience du tableau se veut plus mouvante. Sur un grand panneau blanc, émerge de la surface un paysage de montagne fait de collages de papier blanc. Blanc sur blanc… et pourtant, une lumière colorée se diffuse subtilement. Lorsque l’œil explore le tableau, il détecte progressivement d’où émane cette couleur. Ce sont les rectos des petits morceaux de papier découpé qui, se décollant en partie, font apparaître dans leur ombre des teintes jaune, fuchsia ou orangé. Et nous voilà émerveillé devant un phénomène optique