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ART | CRITIQUES
Chiho Aoshima
Chiho Aoshima
01 mars - 19 avr. 2003
Paris. Galerie Emmanuel Perrotin
Une exposition Manga : les murs de la galerie sont tapissés de deux fresques printanières; un ensemble ludique dans lequel les personnages féminins sont stylisés aussi bien que magnifiés. Entre plaisir de voir et dénonciation de l’aspect convenu d’un art de l’entairtenement.


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Chiho-Aoshima-<em>Sanran<-em>-2003-Photo-couleurs-diasec-dibond-sur-aluminium-50-30-x-93-cm-©-Galerie-Emmanuel-Perrotin-et-Chiho-Aoshima-Kaikai-Kiki-2003-All-rights-reserved

Chiho-Aoshima-<em>Hashira-1<-em>-2003-Photo-couleurs-diasec-dibond-sur-aluminium-©-Galerie-Emmanuel-Perrotin-et-Chiho-Aoshima-Kaikai-Kiki-2003-All-rights-reserved

Chiho-Aoshima-<em>Genkan<-em>-2003-Photo-couleurs-diasec-dibond-sur-aluminium-75-x-50-cm-©-Galerie-Emmanuel-Perrotin-et-Chiho-Aoshima-Kaikai-Kiki-2003-All-rights-reserved

  
Par Pierre-Evariste Douaire

Après avoir participé à une exposition collective proposée par Takashi Murakami, la jeune équipe du maître des fleurs aux larges sourires et des champignons aux gros yeux, revient en solo. Près de six mois séparent le one-woman-show de Chiho Aoshima de l’exposition de cette vague japonaise issue du monde de la bande dessinée et du film d’animation.

Pour l’occasion, la galerie a été m&eacte;tamorphosée. Les murs sont littéralement recouverts d’un papier peint spécialement conçu pour l’événement. Les piliers de la galerie ne sont pas oubliés, et tout converge pour transformer le si décrié cube blanc (deux de ses détracteurs, Dragset & Elmgreen, faisaient l’objet de l’exposition précédente) en paysage autant féerique que fantastique. Entre les flammes de l’enfer et un paysage champêtre, le spectateur est plongé dans un environnement digne d’un parc d’attractions.

L’intérêt des œuvres accrochées comme leur critique se résument dans ce constat. Bien que d’une facture différente de celle de Murakami, les mêmes objections se lèvent pour dénoncer un travail léché jusqu’à la perfection graphique, mais qui n’en reste pas moins autant commercial que marketing.
L’expérience entre ce genre d’exposition (d’ailleurs très réussie, il faut le souligner) et une ballade à Disney Land s’avère très proche : dans les deux cas les décors sont parfaits, le hasard n’a pas sa place, tout est bien préparé, huilé, mais tout est d’avance digéré. Dans les deux cas le système fonctionne, dans les deux cas il y a d’abord un effet de fraîcheur qui est communiqué par des formes coulées, accueillantes, belles et colorées, mais ensuite un doute émerge de cette trop parfaite mécanique de la distraction.

Ce qui gêne, précisément, vient de ce que l’on a apprécié précédemment. Paradoxalement, une part de nous rejette l’aspect trop facile, trop simpliste. Le plaisir est immédiat, assez fort, mais il s’estompe également rapidement : c’est un plaisir sucré. Derrière cette immédiateté, on sent une précision proche de celle obtenue par une rigueur des trois-huit. Les modes de production comme d’exposition (ici un papier peint imprimé spécialement pour l’occasion) sont plus proches du taylorisme et du marketing que de la kunstwollen !

Après ces avertissements, il faut reconnaître que l’environnement est réussi. La galerie est divisée en deux panneaux, en deux fonds se faisant face. Cinq photographies sont accrochées par dessus les fresques. Les trois piliers du lieu n’échappent pas au tapissage et s’enflamment dans un tourbillon qui sent le souffre.

L’ensemble est fluide comme la fresque de Mountain : au centre un personnage féminin aux cheveux verts, avec des grands yeux en forme d’étoiles, et des bulles aux couleurs changeantes en guise de pupilles, pleure. Ses larmes ruissellent et forment des rivières qui viennent irriguer une large plaine. De cette douleur fleurit une végétation souriante et luxuriante.

Le dessin est pris dans cette ondulation souriante et mouvante, même les flammes de l’enfer sont aquatiques. Les chevelures pourraient être des serpents à l’image de l’ideuse Méduse, mais tout au contraire elles flottent en apesanteur comme dans Sanran. Cette Ondine perdue dans les profondeurs de l’océan se débat au milieu de coraux souples et d’un poulpe aux tentacules spaghettis.

Faut-il s’offusquer du plaisir que l’on peut prendre, est-il nécessaire de prendre des pincettes pour apprécier comme il se doit ce genre de production ? Ou bien faut-il être sévère et dénoncer cet art de l’entairtenement comme opportuniste et passager ?  

Œuvre(s)
Chiho Aoshima
Haruna, 2003. Photo couleurs diasec dibond sur aluminium.
Karim, 2003. Photo couleurs diasec dibond sur aluminium. 96,30 x 85 cm.
Sadako, 2003. Photo couleurs diasec dibond sur aluminium. 85 x 63 cm.
Sanran, 2003. Photo couleurs diasec dibond sur aluminium. 50,30 x 93 cm.
Gomi, 2003. Photo couleurs diasec dibond sur aluminium. 72 x 53,40 cm.
Genkan, 2003. Photo couleurs diasec dibond sur aluminium. 75 x 50 cm.
Hashira 1, 2003. Format mural sur papier adhésif synthétique, inkjet. 318 x 127 cm.
Hashira 2, 2003. Format mural sur papier adhésif synthétique, inkjet. 318 x 127 cm.
Hashira 3, 2003. Format mural sur papier adhésif synthétique, inkjet. 318 x 127 cm.
Mountain, 2003. Format mural sur papier adhésif synthétique, inkjet. 350 x 600 cm.  

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