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ART | CRITIQUES
Charles Fréger
Portraits photographiques et uniformes
29 mars - 05 mai 2007
Paris. Galerie Les filles du calvaire
Les portraits de Charles Fréger saisissent le regard fragile de jeunes qui commencent à forger leur identité sociale à travers le sport et le travail. Leurs tenues et leurs uniformes constituent une «seconde peau» aussi méticuleusement décrite que les physionomies individuelles.


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Charles-Fr-eacute;ger-<em>Sans-titre<-em>-2004-S-eacute;rie-laquo;Lux-Cavaliers-raquo;-C-print-95-x-76-cm-Courtesy-galerie-Les-Filles-du-Calvaire-Paris-Commande-du-Musee-d-Art-Moderne-Grand-Duc-Jean-Luxembourg

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Charles-Fr-eacute;ger-<em>Sans-titre<-em>-2002-2004-S-eacute;rie-laquo;Lux-Nageurs-raquo;-C-print-59-x-45-cm-Courtesy-galerie-Les-Filles-du-Calvaire-Paris-Commande-du-Musee-d-Art-Moderne-Grand-Duc-Jean-Luxembourg

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Par Nicola Marian Taylor

Majorettes, cavaliers, marins finlandais, légionnaires, bouchers, comédiennes de l’opéra de Beijing, lutteurs de sumo, nageuses, etc., tous sont photographiées par Charles Fréger en tenue de sport ou en uniforme. Encore jeunes, leur regard candide transmet une certaine fragilité propre à cet âge délicat où l’on n’est plus enfant mais pas encore adulte. Leur inscription sociale passe par un sport et un métier dont les tenues et les uniformes constituent une sorte de seconde que l’image décrit aussi précisément qu’elle traduit les physionomies individuelles.

Charles Fréger saisit chaque individu seul, dans des cadrages centrés, souvent frontaux, isolé sur un fond neutre ou dans son environnement. Tous les sujets d’une même série sont photographiés avec le même cadrage, en pied, en buste ou plus serré. Ils sont ainsi transformés en objets d’étude, comparables entre eux, d’autant plus que l’accrochage des images est opéré selon les types d’activité. Chaque corps individuel est ainsi réinséré au sein du corps social et de sa tribu. L’identité individuelle s’estompe dans l’anonymat du groupe et se dissout dans le stéréotype («le lutteur», «le boucher», «la nageuse»).

En revanche, quand on s’approche des images, l’impression bascule. Les figures, pour la plupart solitaires, sont riches des détails du visage et de l’uniforme rendus avec une extrême précision. Les modèles dirigent leur regard vers l’objectif et semble nous regarder, créant ainsi une impression d’intimité. Au-delà du document, on est conduit dans l’univers complexe et singulier du modèle.

On ne regarde plus l’image-type d’«un marin», mais tel jeune homme aux yeux bleus, à la peau pâle et boutonneuse, habillé d’un uniforme. On ne contemple plus le corps anonyme d’ un lutteur» de sumo, mais on entre en rapport avec un jeune garçon aux joues gonflées qui fixe l’objectif avec fierté et appréhension. Bien que les sujets posent, les images sont empreintes du naturel et de la fraîcheur de clichés prise sur le vif.

Cette tension entre forme documentaire et portrait individuel renvoie à la situation de la vie en société, où les individus se construisent à travers leurs actions, entre le désir d’individualisme et la quête d’appartenance, entre la solitude et la solidité du groupe. Ce qui, pour chacun, forge son masque social à travers lequel il s’affiche au monde tout en préservant son individualité.
 

Œuvre(s)
Charles Fréger
— Série Lux, Ballets, 2004. C-print. 78 x 58 cm. Commande du Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean, Luxembourg.
— Série Lux, Cavaliers, 2004. C-print. 95 x 76 cm. Commande du Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean, Luxembourg.
— Série Lux, Nageurs, 2002 - 2004. C-print. 59 x 45 cm. Commande du Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean, Luxembourg.
 

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