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ART | CRITIQUES
Carlos Kusnir
Carlos Kusnir
27 nov. 2004 - 08 janv. 2005
Paris. Galerie Chez Valentin
Un vernaculaire pictural très « nature » pour sept tableaux montés sur des tasseaux instables et de guingois, des décors peints sur bois, représentant de l’écume de mer et des murs en trompe-pas-l’œil que la présence goguenarde de quelque volatile hors-cadre perturbe et déséquilibre. Un imaginaire débridé et facétieux, une peinture en toute liberté d’expression humoristique…


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Carlos-Kusnir-<em>Sans-titre<-em>-2004-Acrylique-sur-bois-153-x-110-cm-Courtesy-galerie-Chez-Valentin

Carlos-Kusnir-<em>Sans-titre<-em>-2004-Acrylique-sur-bois-172-x-204-cm-Courtesy-galerie-Chez-Valentin

Carlos-Kusnir-vue-de-l-rsquo;exposition-2004-Courtesy-galerie-Chez-Valentin

  
Par Gérard Selbach

Un mur de pierres bistres, peintes en trompe-pas-l’œil sur un panneau de bois que déséquilibre un pigeon hors-cadre, posé sur le coin. Un autre mur, couleur rouille, sur lequel un cormoran noir se sèche, le bec relevé, également hors-cadre comme le pigeon. Plusieurs tableaux illustrant une topographie maritime transformée en une image d’écume de mer, en une déferlante de mousse blanche que des oiseaux cherchent &agrve; éviter en sautant hors du cadre.

Pas de fausses apparences, c’est du décor de théâtre, et cela se voit : les panneaux de bois sont décollés des murs et posés sur des tasseaux. Les montages sont instables, les installations branlantes et l’équilibre est précaire. Pour justifier ce choix, Carlos Kusnir a affirmé : « Mes œuvres ne sont pas faites pour être écrasées ou collées contre lui ».
Il est manifeste qu’il refuse l’attache au solide, l’ancrage aux matériaux, le clouage aux cimaises, en saltimbanque qu’il est. La raison en est, peut-être, son identité culturelle migrante, une inspiration métissée d’Argentin, d’Ukrainien et de Juif, chez un artiste travaillant à Paris.
Nous l’imaginons être à l’image de ses oiseaux hors-cadre, migrateurs peut-être, qu’il n’a pas voulu encadrer, ce qui aurait été les mettre en cage. Il fallait leur laisser une chance de s’envoler. Sont-ils d’autres lui-même, un artiste aimant la liberté de penser et de peindre, ne tenant pas dans les cadres, les codes, les catégories et les normes ?

L’ensemble de ses installations crée le vernaculaire d’un peintre qui fait sérieusement son travail, mais tout en ne se prenant pas au sérieux. Est-ce une trace d’humour latino ? On l’imagine éclatant de rire en peignant le pied du tasseau plongé dans un baquet d’eau et dans un bocal de verre, ou en rajoutant, à côté du panneau illustrant de l’écume blanche, un petit tableau représentant une sorte de chardon planté dans un pot de terre cuite. Faut-il que nous cherchions, pour cette présence, une raison qui n’en a peut-être pas ou une histoire que le tableau ne raconte pas ?

Carlos Kusnir décline, dans ses tableaux, une conception picturale d’une nature facétieuse, un comique de situation et une incongruité d’installation, mais aussi un jeu qui devient jeu esthétique.

Œuvre(s)
Carlos Kusnir— Sans titre, 2004. Acrylique sur bois. 153 x 205 cm.
— Sans titre, 2004. Acrylique sur bois. 153 x 110 cm.
— Sans titre, 2004. Acrylique sur bois. 172 x 204 cm.

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