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ART | CRITIQUES
Bruno Rousseaud
Bruno Rousseaud
24 avr. - 29 mai 2004
Paris. Galerie Almine Rech
Depuis quelques années, Bruno Rousseaud prend la voiture et ses codes comme médium et source de son inspiration. Il expose six pare-brise en verre miroir sur lesquels apparaissent des inscriptions signifiant la puissance et la domination de l’homme installé au volant.


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Par Emmanuel Posnic

Qui peut encore croire que la voiture n’est qu’un véhicule de déplacement ? Aujourd’hui, sujet de l’affection de son propriétaire et prolongement intime de sa personnalité, la voiture, en quelque sorte, fait partie des murs. De foires et salons promotionnels aux engins à jamais légendaires, de concours d’élégance en customisation agressive, la voiture est même devenue un objet de culte. Bruno Rousseaud enconvient. Depuis quelques années, la voiture est plus que le moteur de son travail, elle est avant tout son médium et la source de son inspiration.

Dans l’exposition que l’artiste propose chez Almine Rech, il en utilise les codes jusqu’à la saturation. Et en détourne avec humour le sens et la fonction. Sur les murs, six pare-brise en verre miroir sur lesquels apparaissent des inscriptions noires en caractère gothique signifiant la puissance et la domination de l’homme installé au volant.
Le titre, Characters (2004) pour personnages : les pare-brise peignent, en combinant à chaque fois deux adjectifs, des comportements, des personnalités, des vérités. Ou des vanités, des secrets d’alcôve : au centre de la salle, My Little Underground (2004) concrétise en quelque sorte ces déclarations. Sur cette structure métallique qui reprend l’ossature primitive de la voiture, une housse de cuir noir percée de clous façon rite sado-maso. La voiture serait donc chez Rousseaud la partenaire intime et secrète. Mieux, la maîtresse, dans tous les sens du terme. Non seulement elle expose sa face féminine, mais elle est également un puissant objet de désir.

A côté, posées simplement au sol, deux petites structures en aluminium sur lesquelles sont imprimées des traces de pneus. Ces deux installations fonctionnent comme de véritables pontons, des réhausseurs pour élever, "starifier", si cela était encore nécessaire, l’automobile. Mais aussi son conducteur, comme ce que le titre pourrait suggérer (I Believe in Me, 2004).

Au mur opposé, les phares de voitures encastrés de Car’s Nervous Breakdown (2003) confirment cet état de fait. Les phares allumés éclairent seuls toute la salle, starifiant toujours, glorifiant même dans cette lumière blanche de show hollywoodien, le presque consacré propriétaire et sa voiture. Les voici tous les deux inséparables. L’époque du tuning et de la customisation aura rendu plus ambigu encore les rapports qu’ils entretiennent.

Bruno Rousseaud nous le rapporte à travers un propos tout autant acide que lucide : tandis que la voiture représente un désir pervers de domination, elle renvoie cette image factice et surnaturelle de l’être humain invincible, puissant héros de l’asphalte.

La série des Characters, peut-être le socle emblématique de cette exposition, en est l’exemple le plus évident. Tout en libérant des mots forts nés d’une communication un peu brutale et maladroite, le pare-brise nous transforme, par le biais de sa surface réfléchissante, en Narcisse ébahi qui n’a d’autres effets que de nous interroger sur le sens de notre rapport aux objets.

Le questionnement de Rousseaud ne s’arrête pas là, la dérision de son propos non plus. Car à bien y regarder, il nous soumet cette ultime interrogation : à considérer la voiture comme potentiellement humaine, la sensualité qui s’en dégage peut-elle faire passer le pare-brise pour une zone érogène encore à explorer ?

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