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ART | CRITIQUES
Bruno Perramant
Nouveaux Spectres
09 sept. - 18 oct. 2008
Paris. Galerie InSitu
Ancien pensionnaire de la Villa Médicis depuis peu, Bruno Perramant nous dévoile ses nouveaux spectres. Entre l’ombre et la lumière, entre le réel, l’imaginaire, et le fallacieux, cette exposition ne laissera pas le spectateur dormir tranquille.


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Bruno-Perramant-<em>Nouveaux-Spectres<-em>-2008-Huile-sur-toile-Triptyque-1-193-x-130-cm-Courtesy-galerie-in-Situ-©-Bruno-Perramant

Bruno-Perramant-<em>Apocalypse-n-deg;2-le-livre<-em>-2008-Huile-sur-toile-80-x-100-cm-Courtesy-galerie-in-Situ-©-Bruno-Perramant

Bruno-Perramant-<em>Grotte<-em>-2007-Huile-sur-toile-80-x-100-cm-Courtesy-galerie-in-Situ-©-Bruno-Perramant

Bruno-Perramant-<em>Fant-ocirc;me-portrait<-em>-2008-Huile-sur-toile-60-x-50-cm-Courtesy-galerie-in-Situ-©-Bruno-Perramant

  
Par Aurélie Bousquet

Après le séjour de Bruno Perramant à la Villa Médicis, la galerie In Situ nous permet de découvrir les dernières réalisations de l’artiste. Cette exposition, dont le titre est emprunté à un poème de Rimbaud, «Ville» (Illuminations, 1873-1875), nous dévoile une partie des toiles déjà présentées à Rome, en avril dernier.
br /> L’exposition parisienne nous emmène dans un autre espace et un autre temps; le spectateur, tel un fantôme, se meut au gré de ses envies dans la galerie, baignée d’un blanc pourtant banal mais, ici et maintenant, si étrange.

Après une descente dans la salle d’exposition, le spectateur découvre un accrochage cohérent, rendant l’espace presque mouvant. Une circulation se fait entre les toiles, amenée par ce que certains nommeront narration, d’autres, intelligence plastique.

Les informations guident nos pensées, parfois même les brouillent. Peut-être est-ce pour cela que le spectateur sachant que l’artiste a séjourné à Rome sera frappé par les symboles religieux, telle la croix couchée que forme Joyce’s Pharmacy, ou les trois évocations au Pape Innocent X.
Il est possible que nos connaissances nous induisent en erreur, que parfois nous prenions des ombres pour la réalité. Il n’est donc sans doute pas innocent de la part de l’artiste de nommer le triptyque central — étonnamment coloré — Le Sophiste.
Face à celui-ci, le spectateur a d’ailleurs sur sa gauche, Grotte : ce qui lui fait se demander s’il n’est pas dans la caverne de Platon. Bien qu’absentes de la galerie, les ombres sont partout. Mais alors à qui se fier? Que voit-on? Ou plus exactement que nous montre-t-on? Que nous cache-t-on? Et qu’y a-t-il derrière ces draps, derrière ces emballages?

Bruno Perramant nous dit bien que c’est à une réalité parcellisée que nous avons accès. Notre œil et notre pensée ne captent que des fragments du monde ou de son image.

La vidéo montrée à l’étage, dans une petite salle obscure, à laquelle on accède par un étroit escalier en colimaçon, est riche d’enseignements. Intitulée La part du feu, la vidéo évoque Étant donnés : 1. La chute d'eau, 2. L'éclairage au gaz (1946-1966) de Marcel Duchamp. Mais ici, plus de paysage, plus de femme nue, juste des mots. Des fragments qui surgissent de l’obscurité, et sur lesquels nous n’avons aucun contrôle. Ils nous échappent. La part du feu aide ainsi le spectateur à appréhender la Grotte, le panneau gauche de Nouveaux Spectres, Joyce’s Pharmacy, mais aussi Fantôme portrait, lors de son retour à la lumière.

L’artiste explique que «c’est de la traversée du temps à travers la peinture qu’on découvre ici les restes, à chaque fois nouveaux. Nouveaux Spectres ou travail d’exorcisme nécessaire des images qui nous sont données».

En tant qu’artiste et séjournant à Rome, ville historiquement riche sur le plan artistique, Bruno Perramant doit se situer par rapport aux autres artistes et à leurs fantômes planant toujours parmi nous. En tant que peintre du XXIe siècle, c’est par l’image qu’il a accès au travail et à la pensée de ses prédécesseurs, mais c’est aussi par elle qu’il dépassera ce lourd héritage.

Face au panneau central du Sophiste et de Nouveaux Spectres, face à Apocalypse n°2 et n°3, les quatre chevaux, ce sont bien des toiles de Bruno Perramant que nous regardons. Mais derrière elles, se tient la peinture de Velázquez, Portrait du Pape Innocent X, de 1650 — œuvre réalisée par l’espagnol lors d’un de ses séjours en Italie, mais aussi l’Étude d’après le portrait du Pape Innocent X de Velázquez, de Francis Bacon, datant de 1953.
Pourtant, cette figure grisâtre, inexpressive et presque molle est-elle encore celle d’un pape ? Elle n’a désormais plus le regard perçant de celle de Velázquez, ni la bouche largement ouverte de celle de Bacon. Est-elle à bout de force ou attend-elle quelque chose, ou quelqu’un ?
C’est sur plusieurs couches et en écho que se construisent les œuvres de Bruno Perramant, et plus généralement, les images contemporaines et notre vision du monde.

Cette étrange exposition aux histoires mystérieuses, placée sous le signe du passage, de l’illusion, du montré et du caché, pose donc au visiteur plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

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