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ART | CRITIQUES
Antal Lakner
Antal Lakner, Habit de gravitation double
15 janv. - 19 févr. 2005
Paris. Galerie Frank Elbaz
Antal Lakner traite avec ironie des bouleversements que provoquent les machines de haute technologie dans la relation de l’homme à son environnement et à son propre corps. Car, de l’outil à la machine, c’est un autre corps qui est en jeu.


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Antal-Lakner-<i>Habit-de-gravitation-double<-i>-2004-Dessin-Courtesy-galerie-Frank

Antal-Lakner-<i>Habit-de-gravitation-double<-i>-2004-Dessin-Courtesy-galerie-Frank

Antal-Lakner-<i>Habit-de-gravitation-double<-i>-2004-Photo-Courtesy-galerie-Frank

Antal-Lakner-<i>Home-Transporter-Poster<-i>-Lambdaprint-sur-aludibond-70-x-160-cm-Courtesy-galerie-Frank

Antal-Lakner-<i>Wallmaster-Plakat-Poster<-i>-Lambda-print-sur-aludibond-70-x-160-cm-Courtesy-galerie-Frank

Antal-Lakner-<i>Iners-Passive-Dress-habit-de-gravitation-double<-i>-2004-Combinaison-Courtesy-galerie-Frank

  
Par Marguerite Pilven

L’artiste hongrois Antal Lakner expose ses Outils de travail passifs, qu’on a déjà pu voir et tester lors de la Biennale de Venise en 2001. Il pointe avec ironie les bouleversements provoqués par les machines de haute technologie dans la relation de l’homme à son environnement et surtout à son propre corps.
Si l’outil est le prolongement du corps, mobilisant à la fois l’activité physique et intellectuelle, la machine, par son dispositif mécanique ne sollcite guère les efforts musculaires.

Les Outils de travail passifs s’inscrivent dans le prolongement dans ce constat. D’aspect très simple et dépouillé, leur forme géométrique peut se définir comme le squelette d’une activité laborieuse mise à nue, réduite à son plus simple appareil. Le Home Transporter reprend la structure d’une brouette prolongée par un tapis roulant permettant de marcher sans se déplacer, tandis que le Wallmaster s’apparente à un portique sur lequel un rouleau a été fixé qu’on déplace de haut en bas comme pour blanchir un mur.

On trouve également le Forest Master, outil composé d’une scie traversant un cylindre métallique et qu’on actionne d’avant en arrière, comme on le ferait pour couper une bûche. L’appareil de fitness trouve donc toujours son schéma dans un outil de production déjà existant et télescope ainsi en un seul objet deux modes de dépense : l’une productive et l’autre récréative, destinée à augmenter la masse musculaire. Ces gadgets futuristes pourraient finalement être les accessoires d’un film d’anticipation parodique…

Mais c’est avant tout sur la réalité physique du corps que Lakner veut diriger l’attention du spectateur, ce qu’il met en place avec son Passiv Dress, combinaison ressemblant à celle d’un astronaute, et faisant ressentir à l’individu qui la porte deux fois plus fortement la force de gravitation. La sensation inédite provoquée par le vêtement vise à faire prendre conscience du constant travail d’équilibre fourni par notre corps pour le maintien de sa station verticale.

Des préoccupations d’ordre scientifique et neurologique motivent également cette fabrication d’objets destinés à être appréciés avec le corps plutôt qu’avec les yeux. Alors que les informations sensibles qui passent par l’œil ne sont enregistrées que très partiellement par le cerveau, les stimulations d’ordre tactiles ou olfactives (qui conduisirent il y a quelques années l’artiste à réaliser à Berlin une installation avec de la fumée de cigare) affectent en revanche le corps de manière beaucoup plus directe et puissante. Cette volonté d’impact sur les sensations corporelles motive nombre de projets conduits par l’artiste.

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